10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 21:25

Une analyse qui apporte des éléments intéressants même si certains recoupement ne sont pas faits... comme les liens entre dictatures militaires en Amérique Latine avec l'impérialisme auquel le gouvernement US sert de façade principale. Je pense que les sommmet de la hiérarchie de l'extrême-droite sont bien plus soudés et cohérents que ne le laisse paraître cet article. Des organisations comme l'Opus Dei au sujet de laquelle j'ai publié récmment un article, se retrouvent un peu partout où sévit l'extême-droite et l'apparence de l'incohérence vient de ce que la face tournée vers les peuples surfant sur la démagogie de la haine utilise les leviers locaux qui ont des cibles diversifiées en fonctions des régions.,enfonction des cultures ou des religions..

La nature du pouvoir oligarchique qui se nomme lui même Nouvel Ordre Mondial est fasciste, mais le micro-fascisme infitre la droite autant que la gauche. Le fascisme n'est pas une doctrine politique et à peine une idéologie, c'est plutôt l'art pervers de jouer sur le clavier des émotions pour focaliser vers le pire la reprise de ces émotions dans des sentiments (haine, rejet, et élimination physique) du différent, de l'inconnu, de ce qui fait peur. Négation de l'autre dans son altérité même : le soumettre, le transformer ou l'éliminer. On pourrait aller plusavant en disant que le fascisme est avant tout un mode de relation à l'altérité dont l'extrême-droite n'amalheureusement pas le monopole, loin de là. Ce que deleue avait très biencompris quand, avec Gattari, dans "Mille plateaux", ils théorisent le micro-fascisme,celui qui est en chacun de nous etque nous avons d'abord à combattre en nous... ou non, de nouveau on retombe sur le choix éthique.... le fascisme ne se mimite pas à la question du rascisme, il met en cause les fondation même du rapport que chacun seul ou collectivement entretient avec l'altérité (y compris la sienne, il est possible aussi de se sentir étranger à soi-même... un sentiment qui quand il  perdure, se cristallise et se stratifie débouche sur la maladie mentale, il y aurait beaucoup à dire à ce sujet, celui de la perte d'intégrité dans une société schizophrène).

Et là malheureusement il semble bien qu'une bonne partie de la gauche ne recule pas devant l'adoption de ces attitudes microfascistes qui veulent le nivellement de toutes les différences par la confection de citoyens modèles tous formatés dans le même moule...égalité, dans le sens d'une conformisation des identités, normalité et normativité...la liberté de l'indifférencié, marche au pas,petit soldat. La gauche commela droite on toujours ce même postulat implicite : une fois que nous aurons pris le pouvoir, nous ferons un monde où tous seront de gauche pour les uns, de droite pour les autres. Toujours ce retour du postulat d'une vérité unique, la même pour tous. Universalisme, cette démesure prétentieuse et présomptueuse.


  Ce que j'appelle "athéisme théocratique universaliste" est un fascisme de gauche, une manière de refuser à l'autre une autre approche de la réalité, un autre ressenti, un autre vécu.... c'est l'anti-laïcité ou c'est la dérive autoritariste et sectaire de celle-ci. L'autoritarisme qu'il se de gauche ou de droite, l'intégrisme qu'il soit religieux ou athéiste, ne me sont pas plus sympathiques.

Heureusement d'autres courants apparaissent qui en ont finit avec ces dualismes d'un autre âge, relents mal digèrés d'une modernité délétère. Des nouveaux courants chargés d'histoire mais qui regardant vers l'avenir posent la question : "que pouvons-nous vivre ensemble? Que pouvons-nous construire ensemble ? Projet... et recherche de complémentarités créatrices, et non plus querelles de clochers.... et franchement de ce point de vue la gauche n'a pas évolué d'un iota en plus de trente ans.... les failles creusées par les querelles de clochers n'ont fait que se creuser d'avantage... de quoi se poser la question : n'y a-t-il pas au départ un problème insoluble, ne serait-il pas temps d'explorer d'autre anière d'interpréter le monde et de l'inventer ?

 

Ce qui m'amène aussi a me démarquer  de ce texte, c'est qu'on y  retrouve encore cet électoralisme de gauche en quête de fonds de commerce et de clientèle... renversement de la démarche poitique. Ce n'est plus parceque les valeurs qu'on defend font sene pour une majorité qu'on se retrouve représentant du peuple, mais à l'inverse les valeurs sont revues et corrigées à la lumière de la dernière enquête de marché du marketing politique.. démagogie.... clientèlisme.... Reconstruire un mouvement populaire ne se fera pas à coup de théorie mais par des pratiques solidaires cohérentes des pratiques dont la notion de "masse" est exclue parce que chacun y prend sa place en tant que personne consciente et déterminée, et qu'un collectif de personnes conscientes et déterminées est l'antithèse d'une masse qui se fonde sur les mouvement d'un inconscient collectif.

 

 


L’extrême droite, une nébuleuse multiforme qui s'organise

Michel Rogalski    

À l’échelle du monde, l’extrême droite prend ses marques et s’enracine au travers d’une nébuleuse multiforme. Ses singularités diffèrent d’un continent à l’autre et reflètent l’histoire et la spécificité des sociétés. Quel que soit son visage, l’extrême droite, presque toujours xénophobe, se nourrit des peurs, des frustrations et des précarités générées et alimentées par la crise. Elle progresse sur des sociétés fragilisées dont les repères et les valeurs sont heurtés.
Les gros bataillons ne viennent plus en Europe des groupuscules violents ou paramilitaires et souvent nostalgiques du nazisme qui, tolérés ou non, perdurent encore de façon marginale et folklorique dans la vie politique. Certes, des filiations idéologiques avec cette famille politique peuvent être objectivées pour quelques dirigeants, mais pour l’essentiel le discours, les formes d’action, les milieux influencés se sont tellement modifiés qu’ils inclinent plutôt à penser en termes de ruptures que de continuités.
Le monde arabo-musulman, du Sénégal au Pakistan, soit largement plus d’un milliard d’hommes, a vu se développer en une trentaine d’années des formes d’intégrisme religieux qui s’apparentent à un fascisme vert prenant partout violemment pour cible les forces progressistes et démocratiques et ayant le projet d’imposer la prééminence de principes théocratiques sur l’espace social et politique. En Afrique noire, les sectes évangélistes prospèrent et véhiculent des valeurs rétrogradent, tandis qu’en Amérique latine elles ont toujours été associées aux formes extrêmes des dictatures militaires.
Partout, ces mouvements, surfant sur l’air du temps, ont su tout à la fois faire coaguler des aspirations diverses, utiliser les techniques les plus modernes de la communication de masse et se retrouver à l’aise dans une mondialisation qu’ils leur arrivent parfois de pourfendre. Selon les pays et les situations, les thèmes seront simplifiés et caricaturés par des leaders qui ne s’embarrasseront pas de complexité et chercheront avant tout à déstabiliser le système politique en présentant ses élites comme incompétentes, corrompues, complices de forces obscures menaçant l’intérêt national et insensibles aux besoins du peuple. Les boucs émissaires seront vite trouvés. Ici l’immigré, là le profiteur de l’État-providence ou le fonctionnaire, sauf s’il est policier, douanier ou soldat, car l’ordre musclé n’est jamais rejeté. Ou encore, la région pauvre et paresseuse parasitant la région riche et besogneuse sera montrée du doigt et invitée à se séparer. L’anti-fiscalisme et le rejet de l’Etat-providence seront mis en avant, notamment dans un continent comme l’Europe où l’Etat a toujours été affirmé et tenu pour responsable des solidarités nécessaires.
Ailleurs, la présence d’une forte immigration habilement associée à une montée de l’insécurité, vraie ou fantasmée, sera un effet d’aubaine. On assiste même aujourd’hui à des tentatives de réhabilitation de la colonisation en exaltant ses soi-disant bienfaits, suggérant par là qu’il ne s’agissait que de civiliser des «barbares» qui devraient nous en être reconnaissants. Des sentiments identitaires caractériseront souvent cette mouvance. Flattés à l’échelon national, ils nourriront une forme nationaliste d’opposition à l’Europe et à la mondialisation ainsi qu’à l’idéologie qui l’accompagne, le mondialisme. Mais déclinés sur un mode régionaliste voire séparatiste, ils remettront en cause le modèle national en se jouant de l’Europe flattant les régions.
À l’évidence, ce fonds de commerce prospère. Mais centré sur des identités et des particularismes, il peine à se constituer en internationale effective à l’échelle du monde et arrive difficilement à tisser des réseaux de relations efficaces au-delà de l’horizon continental, comme c’est le cas au Parlement européen. On imagine en effet mal des intégrismes religieux se mettre à coopérer, même s’ils s’alimentent l’un l’autre.
L’idéologie de l’extrême droite est finalement assez simple : il faut préserver. Qu’il s’agisse de la race, de la nation ou de la civilisation face au « barbare » qui est aux portes ou déjà à demeure ; ou bien des valeurs ancestrales menacées - travail, famille, religion -, de l’ordre établi bousculé par toute évolution de société. Il faut défendre tout cela parce qu’on s’est persuadé que c’était ce qu’il y avait de meilleur, donc de supérieur aux autres. Il faudra même lutter contre la science si elle en vient à contredire nos convictions profondes, notamment religieuses. Au cœur de cette idéologie se niche la haine de l’autre et la conviction que l’homme est un loup pour l’homme. Le recours à l’affrontement, à la tension, voire à la guerre, ou la construction de dangers, de menaces ou d’ennemis, seront systématiquement recherchés pour entretenir une cohésion sociale ou communautaire contre « les autres ». On comprend combien ces « idées », ces phobies ou ces croyances rentrent en totale opposition avec toute avancée progressiste porteuse de valeurs de solidarité et de progrès. Le choc ne peut être que frontal et sans concessions.
Les stratégies seront diverses. Pour certains une posture d’alliance avec la droite conservatrice sera privilégiée et permettra une participation au pouvoir (Autriche, Italie, Pays-Bas, Portugal). Pour d’autres, faute d’avoir réussi à se rendre fréquentable, la perspective tracée sera celle de la déstabilisation du système politique perçu comme obstacle à toute avancée vers le pouvoir. Mais, dans tous les cas de figure, posture d’affrontement ou participation, l’effet sera le même, celui d’une droitisation de la société et du recul des valeurs progressistes. Montée des égoïsmes, repli individuel, abandon des acquis sociaux, recul des solidarités, refus des différences, recherche de boucs émissaires, traduiront le déplacement du curseur idéologique.
C’est dans la violence que la mondialisation a imposée aux peuples et aux Etats que réside probablement la cause principale de ce bouleversement du paysage politique. Ses effets délétères ont ravagé les souverainetés nationales garantes des protections que l’Etat devait à ses populations, et de la préservation des identités de chaque pays. Le spectacle de gouvernements successifs incapables d’agir efficacement sur des problèmes considérés comme essentiels et se retranchant derrière la contrainte externe pour se disculper de leur inaction ou de leur incapacité à obtenir des résultats, a créé le terreau sur lequel a germé ces postures xénophobes et identitaires. La précarité et le chômage se sont développés sur une grande échelle touchant d’abord les plus démunis et les plus exposés et affolant des classes moyennes craignant d’être happées dans le désastre. Ces dernières catégories constituent le socle le plus fidèle de cette droite extrême car elles reprochent à ceux d’en haut de donner à ceux d’en bas avec leur argent, au risque de les déstabiliser. C’est pourquoi toute solidarité et assistance sont bannies de leur horizon mental.
Bien qu’embarrassant à la fois la droite traditionnelle et la gauche, cette montée identitaire et xénophobe lance un défi particulier à cette dernière qui n’a pas su offrir une alternative crédible à ces bataillons ouvriers et populaires qui l’ont abandonnée. L’absence de vraies réponses de la part de la gauche, au programme peu audible car insuffisamment différencié de celui de la droite et suggérant un consensus mou sur la mondialisation, la construction européenne, le social, la réponse à la crise, ont favorisé l’illusion d’un système pipé dont il fallait sortir par l’extrême droite. Celle-ci a su accueillir ces ruisseaux de mécontents et transformer leur démarche protestataire en vote de conviction et d’adhésion par définition moins versatile.
Regagner ces voix, voire arrêter l’hémorragie, ne sera donc pas tâche facile. Redonner sens au clivage gauche/droite, ne pas confondre social avec sociétal, être clair sur les couches dont on défend les intérêts et intransigeants sur toute dérive xénophobe deviendront très vite des postures incontournables pour les forces politiques se réclamant de la transformation sociale.
Michel Rogalski, économiste (CNRS) et Directeur de la revue Recherches internationales 

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"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

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