3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 09:31

 

Par Anne Wolff


Moment d’un bilan qui a vu une succession d’humeur : colère, tristesse et finalement un grand dégoût. Aujourd’hui l’aube a retrouvé les couleurs de l’espoir. Et le moment est venu de « faire mon petit ménage ».

J’ai vécu au mois d’août une série de catastrophes successives qui ont touché tout ce qui constituait ma vie quotidienne ces dernières années, ces derniers mois… Tout ou presque, seul me reste un refuge où reprendre des  forces, où faire le point en toute tranquillité, et c’est déjà pas mal. Mes copains ont pour la plupart fait le grand plongeon et cette petite famille que nous constituions les uns pour les autres c’est dissoute dans le marasme. Frustration d’avoir essayé de changer le cours des choses sans résultat probant. Au fil du temps, un  projet qui s’élabore, qui prend forme, mais chaque fois qu’il me semble toucher au but… l’élément le plus faible cède et il faut repartir sur de nouvelles bases. Je ne vais pas entrer dans les détails, ce serait trop long. Là, c’est l’ensemble qui s’est écroulé…

Ce qui est important en l’occurrence, c’est que cela s’inscrit dans l’air du temps. Beaucoup d’agitation pour peu de résultats. C’est vrai en ce qui me concerne et c’est vrai pour d’autres. Nous avons été un petit groupe porteur d’un projet de vie collective, j’ai participé à des collectifs déjà constitués et j’en ai vu s’ébaucher dans la foulée des agoras des assemblées des Indignés de Flagey. J’y ai rencontré de belles personnes avec qui je me suis  sentie en affinité… Sympathie, affinité et ces échanges qui nous rappellent que malgré ce sentiment d’être isolés qui habite beaucoup d’entre nous, nous sommes nombreux à suivre des chemins qui vont dans la même direction.

La plupart de ces personnes qui se sont approchées un moment avec l’espoir d’enfin trouver avec qui concrétiser leurs rêves de vie meilleure, ce sont pour la plupart très vite éloignées de ce mouvement. Pourquoi ? Et je pose la question et je me pose la question. Mais ce n’est pas le moment d’y répondre. Ou indirectement. J’ai pu observer ces dernières années un sentiment de ras-le-bol généralisé qui conduit les uns au désespoir et à l’autodestruction assistée, les autres à différentes formes de remises en question du système. Cela va d’un pur blabla qui donne bonne conscience à la recherche de solutions concrètes et pratiques en passant par un très large éventail de possibilités.

Une chose est certaine : chaque jour de nouvelles guerres, de nouvelles lois, de nouvelles directives, de nouveaux règlements ou de nouvelles « coutumes » restreignent les possibilités de créer des structures alternatives au système marchand. La plupart des réductions d’espaces de liberté que nous subissons depuis les années 70 opèrent par glissements successifs, imperceptiblement… c’est  l’histoire de la grenouille ébouillantée, petit à petit on lui chauffe le bain, quand elle est cuite, il est trop tard. Et la frustration produit les condition d’une agressivité qui se distille entre résistants avérés ou candidat, la mesquinerie fleurit sur le fumier de nos illusions agonisantes…

Et j’ai beau voir renaître un espoir, tout de même j’ai trop pêché dans ma vie par excès de naïveté, d’optimisme et cette confiance aveugle en une bonne volonté universelle qui rassemblerait tous les humains dans une même bienveillance généralisée. Inculcations tenaces d’une éducation « privilégiée ». Dur d’en démordre après quelles que soient les leçons de la vie persiste l’idée que les humains ont tous un « bond fond » et que ce sont les accidents de la vie qui éventuellement les rendent méchants et malveillants. Ce qui n’est pas tout à fait faux et mon expérience des dernières années le confirme.

Partant d’un groupe de bons copains qui vivent des situations assez confortables chacun, parfois par effet de solidarité entre les uns et les autres, je peux voir au fil du temps se dégrader les situations matérielles, les caractères, les santés et les relations. La où régnait une bienveillance réciproque j’ai vu grandir beaucoup de méchanceté, de malveillance et ce terrible effet de groupe qui maintient vers le bas ceux qui voudraient « s’en sortir ».

« S’en sortir » voilà bien une expression à prendre avec des pincettes et sans aucun doute les visions de certain(e)s rencontrées ultimement ont contribué à ce sentiment de dégoût éprouvé pendant quelques jours. J’ai pu constater comment pour des gens qui prétendent chercher des alternatives au système, cette notion de s’en sortir avait des connotations de petits-bourgeois paternalistes vis-à-vis des pauvres Sans Domicile Fixe, Sans Résidence Fixe et autres sans abris qui croisaient leur chemin un élitisme de mauvais aloi, qui règne autant parmi les juste un peu moins précaires que parmi les « militants » et autres activistes.

Sans compter une expérience antérieure des associations subsidiées pour « lutter contre la pauvreté » et qui semble parfois plus œuvrer à perpétuer leur gagne-pain qu’a apporter des solutions concrètes aux problèmes réelles de ceux et celles qu’ils sont censés servir. En réalité la plupart d’entre eux sont aux services des pouvoirs qui les subsidient et à qui ils doivent rendre des comptes, tant en financiers qu’idéologiques.

Que de pognon gaspillé en rapport que personne ne lit mais qui contribuent à alimenter la plate-forme électorale de ceux qui les commandent. Une vaste farce, qui serait rigolote, ne seraient les souffrances évitées si de tels budgets étaient utilisés à promouvoir des solutions concrètes. En lisant toutes ces belles recommandations faites aux politiques et aux institutions en charge de la « gestion de la pauvreté », il me paraissait évident que le projet que nous proposions y trouvait sa place et ne pouvait que recevoir cette aide prônée à longueur de page et aussi appel à projet…

J’ai donc abordé les circuits « officiels » et suis revenue presque bredouille. Pas vraiment tout à fait. J’ai pu constater que j’avais le soutien de personnes confrontées réellement à la pauvreté dans leur travail quotidien mais qui n’étant elles-mêmes pas gestionnaires de budgets recevaient elles-aussi des fins de non-recevoir pour leurs demandes les plus pertinentes. Sans doute ai-je échappé au piège de m’installer moi aussi dans une sinécure subsidiée. Mais quand même… quel scandaleux gaspillage ! Un sentiment presque unanimement répandu parmi les personnes vivant les situations les plus précaires : la plupart des associations qui prétendent leur venir en aide se font surtout du pognon sur leur dos. Et je partage ce constat.

Je reprends donc le chemin, mais tout d’abord, il s’agit de faire le point et une des manière de le faire, c’est de remettre enfin un peu d’ordre sur ce blog qui a grandi souvent dans l’urgence, au fil des recherches que suscitait mes expériences concrètes. De la matière, des pistes, tout cela en vrac. Des égarements aussi parfois… normal, nous avons affaire à des situations hybrides. Ce qui se passe en Lybie, en est une bonne illustration et c’est pour cela que le seul texte que j’ai publié à ce sujet est celui d’Anne Morelli. Je ne vois pas comment d’où je suis-je pourrais prendre parti pour ou contre Kadhafi, une question de politique intérieure et de droit à l’autodétermination des Peuples. Par contre ce que je sais, c’est qui que soit Kadhafi, l’intervention de l’OTAN bafoue ce droit  à l’autodétermination des peuples et des personnes avec toute la puissance d’un Empire à côté duquel quelque dictateur local que ce soit fait pâle figure.

De la difficulté d'y voir clair dans ces alliances hybrides, polymorphes, réversibles (oligarques occidentaux et Talibans par exemple) et "contre-nature". Actualité brûlante et conflictuelle ou j'ai du mal à me retrouver et pas toujours le temps d'approfondir certains sujets, je laisse à d'autres qui font cela très bien... Et repars dans la durée

Je vais donc repasser ce blog en revue. Première étape une reprise des textes qui ont constitué sa fondation.

Anne

 

 

 

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"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

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