29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 10:20

Il y a eu trois ans hier que se produisait un coup d'état militaire qu Honduras. Actuellement la répression de la résistance Hondurienne qui n'a jamais cessé depuis s'intensifie. Des tentatives de déstabilisations de l'Amérique Latine ont commencé à se produire au cours des dernières semaines, elles trouvent leur place dans une "Chronique de tentative de recolonisation annoncée", les indices convergeaient, à présent les faits se multiplient et s'accumulent pour démontrer que "l'Empire" est passé à l'attaque. Pour tout ceux qui sonserveraient quelqu'ingénuité quand au rôle du gouvernement des USA dans ces tentatives, l'excellent article d'EVA GOLINGER qui démontre le rôle joué par le Département d'Etat  US dans le coup d'état militaire. Cet article a été écrit en juillet 2009, depuis beaucoup d'autres preuves sont venue encore confirmer l'importance de ce rôle.

Pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui, l'analyse d'Ava Golinger reste une aide précieuse.

 

Hilary Clinton, sinistre putschiste. Washington a joué un rôle indéniable dans le coup d’État contre le président Zelaya au Honduras

jeudi 30 juillet 2009.
 

L’excellent article ci-dessous a été écrit par Eva Golinger. De père nord-américain et de mère vénézuélienne, avocate spécialisée en droits de l’homme internationaux, analyse ici en détail la politique suivie par le département d’état américain (affaires étrangères) actuelle vis à vis du coup d’état au Honduras.

Eva Golinger

Eva Golinger

* Le département d’État avait connaissance du coup a priori.

* Le département d’État et le Congrès des États-Unis ont financé et conseillé les acteurs et les organisations au Honduras qui ont participé au coup.

* Le Pentagone a formé, éduqué, commandé, financé et armé les militaires honduriens qui ont exécuté le coup d’État et qui continuent de réprimer le peuple par la force.

* La présence de l’armée américaine au Honduras, qui occupe la base militaire de Soto Cano (Palmerola), a autorisé le coup d’État par sa complicité tacite et son refus de retirer son appui aux militaires honduriens impliqués dans le coup.

* L’ambassadeur des États-Unis à Tegucigalpa, Hugo Llorens, a coordonné l’expulsion du président Manuel Zelaya, de concert avec le secrétaire d’État adjoint Thomas Shannon et John Negroponte, qui est présentement conseiller à la secrétaire d’État Hillary Clinton.

* Depuis le premier jour du coup d’État, Washington parle de « deux partis » et du besoin de « dialoguer » pour rétablir l’ordre constitutionnel, ce qui donne de la légitimité aux chefs du coup en les considérant comme des joueurs égaux au lieu de criminels qui ont violé les droits humains et les principes démocratiques.

* Le département d’État a refusé de considérer légalement les événements au Honduras comme un « coup d’État », il n’a pas suspendu ou gelé l’aide économique et le commerce avec le Honduras et n’a pris aucune mesure pratique pour exercer des pressions sur le régime de facto.

* Washington a manipulé l’Organisation des États américains (OÉA) pour gagner du temps, permettant ainsi au régime du coup d’État de se consolider et d’affaiblir la possibilité d’un retour immédiat au pouvoir du président Zelaya, suivant en cela une stratégie toujours en vigueur qui vise à légitimer le régime de facto et à épuiser la résistance du peuple hondurien.

* La secrétaire d’État Clinton et ses porte-parole ont cessé de parler du retour au pouvoir du président Zelaya après avoir désigné le président costaricain Oscar Arias comme « médiateur » entre le régime du coup et le gouvernement constitutionnel ; et maintenant le département d’État décrit Roberto Micheletti, le dictateur qui s’est emparé du pouvoir durant le coup, comme étant le président intérimaire (« interim caretaker president »).

* La stratégie de « négociation » avec le régime du coup d’État a été imposée par l’administration Obama comme façon de discréditer le président Zelaya (comme s’il avait provoqué le coup) et de légitimer les chefs du coup d’État

* Des congressistes américains (démocrates et républicains) ont organisé une visite de représentants du régime du coup à Washington, l’accueillant avec les honneurs dans une autre arène de la capitale étasunienne.

* En dépit du fait qu’à l’origine c’est le sénateur républicain John McCain qui a coordonné la visite des représentants du régime du coup à Washington, par l’entremise d’une firme de lobbying liée à son bureau, le groupe Cormac, le régime illégal est maintenant représenté par Lanny Davis, le lobbyiste de renom et avocat de Clinton, qui se sert de son poids et de son influence à Washington pour faire accepter le régime du coup d’État par les congressistes sans considération partisane.

* Otto Reich et un Vénézuélien nommé Robert Carmona-Borjas, qui a joué le rôle de procureur du dictateur Pedro Carmona durant le coup d’État d’avril 2002 au Venezuela, ont aidé à préparer le terrain pour le coup d’État contre le président Zelaya au Honduras.

* L’équipe rassemblée par Washington pour planifier et aider à préparer le coup au Honduras comprend également un groupe d’ambassadeurs américains récemment assignés à l’Amérique centrale, des experts qui ont fait leurs armes dans les efforts de déstabilisation contre la révolution cubaine, et Adolfo Franco, ex-administrateur du programme de « transition vers la démocratie » de l’agence USAID contre Cuba.

Personne ne doute que les empreintes de Washington sont partout dans le coup d’État contre le président Manuel Zelaya qui a commencé le 28 juin dernier.

Beaucoup d’analystes, activistes, journalistes et même présidents l’ont relevé. Mais la majorité ont en commun le désir de blanchir l’administration Obama de toute responsabilité dans le coup d’État et de blâmer plutôt les vestiges de l’administration Bush-Cheney et les faucons de la guerre qui continuent de longer les couloirs de la Maison Blanche. Il peut être démontré que si d’une part il est certain que les suspects habituels, qui planifient et exécutent habituellement les coups d’État et les activités déstabilisatrices en Amérique latine, sont dans le coup, il y a aussi amplement de preuves confirmant que la nouvelle administration à Washington a joué un rôle direct dans le coup d’État au Honduras.

Le département d’État

La nouvelle forme de diplomatie des États-Unis, connue sous l’appellation « smart power » (« pouvoir intelligent »), a joué un important rôle avant, durant et après le coup d’État au Honduras. Lors d’un point de presse le 1er juillet, les porte-parole du département d’État ont admis qu’ils avaient une connaissance a priori du coup d’État lorsqu’ils ont dit que des diplomates américains avaient rencontré les groupes et les acteurs qui ont planifié le coup pour les encourager à opter pour une autre « solution » à leur mécontentement envers le président Zelaya. Le département d’État a également confirmé que deux hauts représentants du département, dont le secrétaire adjoint aux Affaires de l’hémisphère occidental Thomas Shannon et le secrétaire d’État adjoint Craig Kelley, étaient au Honduras une semaine avant le coup et qu’ils ont rencontré des groupes civils et militaires qui ont plus tard participé au renversement illégal du président démocratiquement élu. Ils affirment que leur mission était de « déconseiller » le coup (« urge against »), mais que, de toute évidence, la pression verbale n’a pas suffi à dissuader les acteurs du coup, surtout quand on sait que les actions manifestées par Washington ont contredit cette pression verbale.

Le jour du coup, la secrétaire d’État Hillary Clinton a publié une déclaration sur la situation au Honduras. Si les gouvernements partout dans le monde ont vite déclaré qu’il s’agissait d’un coup d’État, Mme Clinton ne considérait pas ces événements comme un « coup d’État » et n’a pas demandé le retour au pouvoir du président Zelaya. Ce qui est remarquable, c’est que dès le début les déclarations de Mme Clinton ont fait référence à « tous les partis concernés », prêtant ainsi de la légitimité aux chefs du coup d’État et rejetant en quelque sorte, publiquement, le blâme sur le président Mel Zelaya, qui aurait provoqué la situation : « Le geste contre le président hondurien Mel Zelaya viole les préceptes de la Charte démocratique interaméricaine et doit par conséquent être condamné par tous. Nous faisons appel à tous les partis au Honduras à respecter l’ordre constitutionnel et la primauté du droit, à réaffirmer leur vocation démocratique et à s’engager à résoudre les conflits politiques pacifiquement et par le dialogue. Le Honduras doit épouser les principes de la démocratie que nous avons réaffirmés au sommet de l’OÉA dont il a été l’hôte il y a moins d’un mois. »

Et depuis, bien qu’il ait parlé à plusieurs reprises d’un « coup », le département d’État a refusé de préciser que ce qui s’était produit était en effet un coup d’État. S’il le faisait, il serait obligé de suspendre l’aide économique, diplomatique et militaire au Honduras, ce qu’il n’est semble-t-il pas prêt à faire, puisque cela affecterait de façon considérable les intérêts américains dans ce pays et dans Amérique centrale en général. Le 1er juillet, des porte-parole du département d’État ont expliqué leur hésitation concernant la désignation des événements : « En ce qui concerne le coup comme tel, je crois qu’il serait préférable de dire que c’était un effort coordonné entre militaires et quelques acteurs politiques civils. L’armée est évidemment l’entité qui a exécuté le retrait forcé du président et qui a agi comme défenseur de l’ordre public durant ce processus. Mais pour que le coup devienne plus qu’un insurrection ou une rébellion, il doit y avoir un effort de transfert de pouvoir. Et à cet égard, le congrès, la décision du congrès d’assermenter son président, Micheletti, comme président du Honduras indique que le congrès et des membres clés du congrès ont joué un important rôle dans ce coup. »

Cette ambiguïté, qui consiste à qualifier les événements du Honduras de violation de l’ordre constitutionnel mais sans aller jusqu’à les désigner comme un coup d’État et sans appeler au rétablissement du président Zelaya dans ses fonctions, a été réitérée après la rencontre entre la secrétaire d’État Clinton et le président Zelaya le 7 juillet. Mme Clinton a fait la déclaration suivante : « Je viens de conclure une rencontre fructueuse avec le président Zelaya. Nous avons parlé des événements des neuf derniers jours et de ce qui va se produire. Je lui ai répété que les États-Unis sont en faveur du rétablissement de l’ordre constitutionnel au Honduras. Nous continuons de soutenir les efforts régionaux par l’entremise de l’OÉA pour un règlement pacifique qui correspond aux dispositions de la Charte démocratique interaméricaine. Nous faisons appel à tous les partis à renoncer aux actes de violence et à rechercher une solution pacifique, constitutionnelle et durable aux graves divisions au Honduras par le dialogue. À cette fin, nous collaborons avec plusieurs de nos partenaires dans l’hémisphère pour créer une négociation, un dialogue qui puisse mener à une résolution pacifique. »

Il était clair, après cette rencontre, que Washington ne considérerait plus le retour de Zelaya à la présidence comme une solution nécessaire et qu’il ferait plutôt pression en faveur d’une « négociation » avec le régime du coup, ce qui à la fin favorise les intérêts américains. Selon des sources présentes aux réunions de l’OÉA qui ont eu lieu après le coup d’État, la présence d’une délégation américaine de haut rang a accru les pressions sur les autres États en faveur d’une solution « négociée » qui ne comprend pas nécessairement le retour au pouvoir du président Zelaya.

Cette méthode qui consiste à contourner l’enjeu principal, à manipuler la situation pour obtenir un résultat précis et à donner l’impression qu’on défend une certaine position alors que les actions démontrent le contraire, fait partie de la nouvelle doctrine Obama, le « smart power », qui se propose d’atteindre les objectifs impérialistes sans démoniser le gouvernement. Le « smart power » est « la capacité de combiner le "pouvoir dur" et "le pouvoir mou" ("hard power with soft power") pour donner une stratégie victorieuse. Stratégiquement, le "smart power" utilise la diplomatie, la persuasion, le renforcement de la capacité, le pouvoir militaire et l’influence économique et politique en les concertant de manière efficace à une légitimité économique et politique. » Il s’agit essentiellement d’associer la force militaire à toute forme de diplomatie, en mettant l’accent sur la « promotion de la démocratie » comme tactique principale pour influer sur la destinée des sociétés, par opposition à l’invasion militaire. [Note : Le « smart power » met l’accent sur l’utilisation d’agences comme USAID et le National Endowment for Democracy (NED) pour faire le « sale travail » de pénétrer et d’infiltrer silencieusement les organisations de la société civile pour faire la promotion des politiques des États-Unis. Cela explique pourquoi Obama a demandé 320 millions $ de plus pour un fonds de « promotion de la démocratie » dans le budget 2010 uniquement pour l’Amérique latine. Il s’agit d’une somme considérablement plus élevée que celle demandée et utilisée pour la « promotion de la démocratie » en Amérique latine durant les huit années combinées de l’administration Bush.]

 

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Gilles Deleuze, février 1977.

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