13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 13:38

J'ai décidé de reprendre le suivi de ce qui se passe au Honduras, comme je le faisais après le coup d'état militaire du 28 juin 2009 qui fêtera son triste anniversaire, bientôt trois ans. Le Honduras est un pays doublement exemplaire. D'une part et malheureusement par l'installation avec la collaboration des USA d'un pouvoir fantoche fasciste après le renversement avec appui du Département d'état US du gouvernement légitime... je reviendrai sur les causes de ce coup d'état militaire, sur son déroulement et sur le grand mouvement populaire de résistance qui a suivi et persiste jusqu'à ce jour. Et c'est à cet autre titre que ce pays est exemplaire, si y sévit la pire vermine fasciste, s'y développe aussi un magnifique mouvement de Résistance qui persiste malgré tous les dangers et s'organise toujours d'avantage.

Si vous avez lu les précédents textes publiés ces derniers jours au sujet du Honduras... vous avez dû en retirer ce sentiment que la population partage avec les nombreux observateurs qui sympathisent avec les habitants et la résistance qu'ils constituent (2 millions de personnes sur 8 millions d'habitants ont manifesté le premier mai pour la refondation d'un Honduras libre et socialiste) : il se prépare quelque chose et quelque chose de grave. Déjà que de nombreux titres d'articles de sources différentes, et que des organisations internationales évoquent le bain de sang qui noie ce pays à nouveau depuis le coup d’état militaire et dont tous savent que la police et les militaires en sont les exécutants. Mais il y a une nouvelle montée de cette violence, coordonnée par le régime fantoche, les USA et les pires fascistes que compte la Colombie. De nombreux indices convergents donnent à penser que la répression et les meurtres pourraient franchir un nouveau seuil. Il serait naïf de croire que l’oligarchie va accepter sans broncher le mouvement populaire qui porterait à la présidence Xiomara Castro de Zelaya, femme de l’ex-président renversé, lors des élections de 2013.

La principale divergence dans la résistance que j’ai observé jusqu’ici, c’est celle qui partage ceux qui mettent encore leur espoir dans les urnes et ceux qui ne le font plus et ont tendance à traiter les premier de niais.

Je vais donc tenter de suivre la Résistance sous des angles différents, de sa naissance à maintenant, et la répression dont elle fait quotidiennement l'objet, mais je voudrais aussi montrer les aspects créatifs de cette Résistance et surtout de ses composantes indigène, paysanne et afro-hondurienne qui sont très créatives avec un très haut niveau de conscience politique, et les femmes y jouent un rôle très important

. Si la Grèce est un laboratoire européen pour le néo-libéralisme et les héritiers de Ford (ami et émule d’Hitler), le Honduras en est le laboratoire latino-américain... et c'est bien plus violent. Mais la Résistance y est aussi beaucoup plus forte, dynamique, organisée et créative. Le coup d'état a eu pour conséquence une élévation générale du niveau de conscience politique. Surmontant mieux qu'ici ce qui pourrait être source de division, elle est aussi très inventive et créative dans la diversité des dispositifs de solidarité qu'elle met en place, dans la protection des terres ancestrales et de leurs ressources. Toutes les formes de cultures y sont très vivantes et présentes, des syncrétismes intéressants s'y opèrent aidés par la proximité des indigènes et afro-honduriens avec leurs racines culturelles ancestrales. Les groupes  afro et indigènes par exemples se réunissent en assemblées constituantes autoconvoquées, pratiquent une agriculture préservatrice et dans un prochain article je vous parlerai d'Utopia, ce centre de convivialité qui réunit en un lieu tous les aspects de la vie. Et qui donne une bonne idée de ce que là-bas Résistance conjugue la lutte d’opposition avec la construction au présent, malgré tous les obstacles d’une société nouvelle : Refondation est le terme utilisé par la résistance pour qualifier cette dimension de son action.

J'ai eu un coup de cœur pour ce peuple digne et déterminé quand je l'ai vu, après le coup d’état militaire,  dans ces protestations pacifiques de l'été 2009, debout, imperturbable face aux forces de l'ordre composées en partie d'escadrons de la mort qui dans les dernières décennies du siècle passés lui ont infligés des blessures qui hantent les mémoires et les cœurs. J'ai été impressionnées de voir que très vite beaucoup de manifestations prenaient un tour festif, culturel,. Quel courage il faut pour affirmer face à ceux qui sont l'incarnation de la mort, de la violence, de la douleur, de la terreur : "Vous ne nous ôtez pas votre joie de vivre".

Oui, j'aime ce peuple libre, intelligent, joyeux et j'ai un immense respect pour sa détermination à se battre sans faillir au péril de sa vie.

Nous ne leur ferons pas le plaisir de leur montrer que nous avons peur, disent les Résistants du Honduras.

 

 

Mardi 12 juin 2012 expulsion violente  de la communauté paysanne du Movimiento Campesino de San Manuel Cortes MOCSAM qui s'est réapprprié des terres usurpées afin de les cultiver pour y vivre et assurer sa souveraineté alimentaire.


Résumé des communiqués paru ici : HONDURAS TIERRA LIBRE: HONDURAS: Capturan al menos 21 campesinos y campesinas en nuevo desalojo al Movimiento Campesino de San Manuel Cortes MOCSAM

 

Hier matin, un groupe de paysans de 1500 familles qui avaient entrepris le 17 avril un processus de récupération de 4252 parcelles de de terres ont été expulsés brutalement par la police et les militaires. Ces terres en litiges sont protégées par une résolution de l’Institut national agraire, elles  sont la propriété de l’état et des entreprises s’y sont installées illégalement.

L’expulsion fut décidée par le juge la veille au soir et exécutée tôt le matin en violation des droits de la défense à introduire un recours, par le même juge qui quelques jours auparavant avait ordonnés l’arrestation de 7 dirigeants du mouvement pour usurpation de terre. C’est la troisième expulsion depuis le début de l’occupation qui s’intègre dans un mouvement plus vaste de récupération des terres volées aux communautés indigènes.

Le campement collectif des familles ainsi que 100 parcelles de maïs cultivées ont été détruits, 21 personnes ont été arrêtées dont 18 femmes, un mineur et des personnes âgées, elles sont été emmenées immédiatement à un poste de commandement de la police à San Pedro Sula. Lors d’une précédentes expulsion ce sont 119 personnes qui ont été arrêtées et accusées d’usurpation de bien.

Malgré l’arrêté du 4 mai d’expulsion  de l’Institut Agraire National qui déclare illégale l’appropriation faite par la compagnie AZUCARERA CAHSA, le juge en s’appuyant sur une loi inconstitutionnelle a prononcé l’expulsion des occupants légitimes.  Depuis 20 ans cette loi a permis l’expulsion de milliers de paysans, a fait des centaines de morts et des centaines de blessés. Cette loi contraire à la justice sociale n’a pas de raison d’être.

C’est pour cela que les organisations paysannes exigent que soit voté immédiatement la loi de transformation agraire intégrale qui a été proposée le 11 octobre 2011.

Le mouvement paysan du Honduras accuse le Congrès National, la Cours suprême de Justice et le Pouvoir Exécutif d’être responsables de constantes violations des droits humains et de l’appauvrissement des paysans.

 


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commentaires

Caroleone 13/06/2012 20:14


Je pense que c'est la perspective de l'élection de la femme de Zelaya qui chauffe au cul des yankees, tout comme tout ce qui germe derrière l'ALBA et son programme social est combattu derechef
par les mêmes yankees. Il n'y a pas de fumée sans feu et cette partie du continent à la croisée des chemins est la partie qui sert de cordon aux ricains pour serrer la vis de l'amérique du sud.


Tu as raison d'aimer c epeuple hondurien Anne, je le découvre petit à petit mais je ne peux que le connaitre et l'aimer vu que ces indigènes ont tous un petit peu de ceux que je "fréquente"
régulièrement, à la croisée aussi des chemins mayas du Mexique et du Guatemala et des caraïbes.


Quel beau métissage comme je les aime.....et ils arrivent à préserver leurs cultures propres, vivre en commun, combattre main dans la main comme le font à un niveau moindre les indigènes et les
afro-mexicains de l'état du Guerrero au Mexique, un état dont on parle peu qui est très marginalisé comme celui d'Oaxaca et du Chiapas pour les mêmes raisons : les indigènes en lutte pour la
terre!


Mais l'Amérique du nord ne pourra jamais venir à bout de toutes ses petites. graines de combattants que constituent ces milliers d'ethnies, j'en suis persuadée chaque jour davantage lorsque je
vois avec quel acharnement ces peuples se battent et ont la "foi".


Juste une question toute bête au sujet du Mexique, si je la pose à mon jeune au Chiapas avec le décalage, je n'aurais pas la réponse avant une semaine : connais-tu la CONAPRED, conseil national
de la prévention de la discrimination au Mexique ?


Je voudrais juste savoir si cet organe d'état est fiable connaissant l'état mexicain, je suis très anar sans problème !


Merci pour ce texte Anne et bisous


 


caroleone


 

Anne Wolff 13/06/2012 21:09



Conapred ? je ne sais pas ? mais je suis en train de faire une autre traduction qui me donne de nouveaux fils.


Il y a beaucoup de liens forts entre indigènes et afro-honduriens et j'ai bien envie de creuser aussi de ce côté... mais là je suis encore dans les sombres machination de l'empire du mal.


Parler des refondations indigènes ou des exactions locales su pouvoir demande ungros travail d'introduction et de synthèse pour le lecteur ici à qui beaucoup de références ne disent rien;


Donc je continue les traductions textuelles pour retrouver une fluidité qui me permette de lire et de synthétiser en même temps, tout traduire et puis tout résumer,je serais encore là à la fin du
siècle et au-delà de la situation au Honduras même je voudrais faire des liens avec ce qui se passe ailleurs  gros boulot donc... bien par les pluies qui tombent !


Bonne fin de soirée


Anne



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