10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 20:05

 

 

“La pédagogie des opprimés, en tant que pédagogie humaniste et libertaire, a deux étapes distinctes: Dans la première, les opprimés dévoilent le monde d’oppression et par la praxis, se commettent en sa transformation. Dans la seconde étape, dans laquelle la réalité de l’oppression a déjà été transformée, cette pédagogie cesse d’appartenir aux opprimés et devient une pédagogie de tout le peuple dans le processus de libération permanente [...] La libération authentique, le processus d’humanisation, n’est pas un autre dépôt effectué par les Hommes. La libération est praxis, à savoir l’action et la réflexion des hommes et des femmes sur leur monde afin de le transformer [...] L’éducation en tant que pratique de la liberté, en opposition à l’éducation comme la pratique de la domination, nie le fait que l’Homme ne serait qu’abstrait, isolé, indépendant et détaché du monde; elle nie également que le monde existe en tant que réalité séparée des humains. La réflexion authentique ne considère pas l’homme en tant qu’entité abstraite, ni le monde sans les humains, mais bien les gens dans leur interaction avec le monde. Dans ces relations, la conscience et le monde sont simultanés: la conscience ne précède ni ne suit le monde.”

~ Paolo Freire, “La pédagogie des opprimés”, 1970 ~

 

Hugo Chavez et la pensée critique

 

Santiago José Roca

 

23 Mars 2013

 

Article original en espagnol:

http://www.rebelion.org/noticia.php?id=165703

 

article original en français:

http://www.legrandsoir.info/hugo-chavez-et-la-pensee-critique-rebelion.html

 

« Hugo Chavez et la Pensée Critique », article suivi d’une liste de documents portant sur son parcours politique et intellectuel.

« Beaucoup de gens pensent et pensent et pensent…et agissent peu pour concrétiser leurs pensées ; certains hommes comme Bolivar et Marti ont pensé puis partirent se battre, moururent et donnèrent tout pour la liberté et pour amener à la réalité leurs idées révolutionnaires, leurs idées de justice, d’indépendance et de liberté. A notre tour maintenant d’aller vers les combats d’aujourd’hui, nous n’avons d’autre alternative que de nous nourrir de leur pensée, de nous préparer, de penser avec eux, par eux, pour eux et pour nos peuples, et de nous engager dans les batailles politiques, les batailles sociales, les batailles économiques, les batailles pour l’intégration, ces batailles que nous avons reprises avec force, ces batailles qu’ils nous avaient déjà indiquées alors… »

Le principal objectif de cet article est d’établir un recueil de références des paroles du Président Vénézuelien Hugo Chavez afin d’apporter une contribution à l’étude de son parcours politique et intellectuel tel qu’il s’est exprimé pendant plus d’une décade et élaboré pendant toute une vie.

Nous ne pouvons cependant laisser passer l’occasion d’émettre une brève remarque sur la transcendance de la pensée de Chavez, de par la manière dont il a compris la relation entre savoir et pouvoir au 21è siècle, du point de vue particulier du Sud Global.

Hugo Chavez est sans nul doute le premier grand représentant de la Pensée Critique latino-américaine du 21è siècle. Avec une sagacité exceptionnelle, il a su lier théorie, réflexion et pratique politique ; son aptitude à générer des actions gouvernementales animées par une vocation populaire, nationale, latino-américaine et humanitaire a été notoire.

D’autant plus que les années 1990 furent particulièrement difficiles pour la Gauche en tant qu’alternative idéologique, conduisant à des « inventions » comme la « Troisième Voie », méthode « douce » pour embrasser le néolibéralisme en plein essor qui engendra un processus de dénationalisations dans les pays qui y participèrent.

Durant ces années, en Bolivie ou en Argentine, en Espagne, en Grèce ou encore aux USA, la participation en matière de politique ou d’économie fut arrachée des mains des Peuples pour être octroyée aux agents des élites financières.

La crise systémique que vit actuellement le capitalisme mondial est la meilleur illustration de ce processus.

Entre temps fut adoptée au Vénézuela une Constitution consacrant la participation populaire dans toutes les affaires d’intérêt national et imposant l’obligation d’agir selon un Etat Démocratique et Social de Droit et de Justice, conception de l’Etat qui défie frontalement le fondamentalisme libéral et oblige l’Etat à se porter garant des droits fondamentaux des citoyens. Les uns après les autres, des Projets de Développement Economique et Social de la Nation se sont déployés, dont les lignes stratégiques visent à l’épanouissement intégral de l’être humain dans le cadre de la construction d’une souveraineté politique de la Nation et la création d’un système d’inclusion sociale.

L’émergence du concept de socialisme du 21è siècle a été le résultat d’une recherche visant à doter les actions du gouvernement d’un cadre théorique dans un contexte de vide idéologique généré par le néolibéralisme.

Mais ce concept est aussi l’expression d’une volonté de poser des actes politiques intimement liés à une logique différente, prenant davantage en compte les besoins et les aspirations des peuples plutôt que les impératifs du marché.

De sorte que l’idée de Socialisme Bolivarien est plus proche de la notion du « Bien Vivre » que de n’importe quelle dogmatique apparue au 20è siècle.

Hugo Chavez est l’un des plus importants représentants de la Pensée Critique parce qu’il sut percevoir que tous les domaines des activités humaines ont un sens politique et que l’être humain doit être l’objet central de toute réflexion. Ceci est primordial dans un contexte où les Centres académiques et de communication prétendent que nous suivons le chemin du fondamentalisme économique néolibéral avec la destruction du concept de citoyenneté et l’acceptation tacite d’une « globalisation » hégémonique en accord avec les valeurs et les intérêts de l’économie occidentale.

Tout au contraire, la pensée de Hugo Chavez se rapporte entièrement à sa propre époque et son propre lieu.

Elle s’identifie surtout pleinement aux vicissitudes des masses sociales. De sorte que la voix de Chavez s’est fait l’expression des opprimés de la planète : elle émergea de ce qu’il a lui-même appelé « les catacombes du Peuple » et 
s’éleva pleine d’une force de clarification et porteuse d’un potentiel sens contre-hégémonique.

C’est d’ailleurs aussi pour cela que Hugo Chavez a été décrié par les Centres du pouvoir et que les entreprises de communication à leur service ont mis tout leur acharnement à le qualifier de « tyran » alors qu’en réalité il fut le grand instigateur d’un projet émancipateur.

Chavez généra une pensée fondée sur la géopolitique et à fort contenu latino-américaniste et anticolonialiste.

Sa proposition d’une Unité latino-américaine délivre une vision claire d’une Amérique Latine – et de tous les pays du Sud Global- formant une société géopolitique autonome et souveraine, seul moyen de s’intégrer au système international dans des conditions d’égalité. En contraste avec la pensée intégrationniste libérale qui crée des distinctions entre intégration économique et culturelle, lui conférant un caractère ainsi un caractère nettement néolibéral.

Donc, si la pensée unioniste de Bolivar rencontra celle, antagoniste, de la Doctrine Monroe, et celle de José Marti l’Amendement Platt, la pensée de Chavez s’incarne dans l’opposition à l’ALCA, la plus prodigieuse tentative de créer un marché unique dans la région, c’est-à-dire d’un débouché pour les produits marchands US.

Il est certain que l’intérêt unioniste se retrouve aussi dans la création d’un ensemble d’organismes comme l’ALBA, l’UNASUR…et surtout dans l’impulsion donnée à une rationalité significativement divergente dans les relations internationales car basée sur la complémentarité, la réciprocité et la solidarité.

Si on la compare avec l’insolent unilatéralisme US des débuts du siècle, la géopolitique de Chavez représente un soutien fort à la multipolarité et à un ordre global fondé sur la reconnaissance et le respect mutuels.

Si nous pouvons affirmer que Hugo Chavez est l’un des plus grands représentants de la Pensée Critique, c’est parce que sa conscience géopolitique d’intention anticoloniale est présente dans l’essence même des choix de Chavez en matière de science et de technologie.

De là son engagement à promouvoir des politiques scientifiques et technologiques destinées à apporter une réponse aux besoins sociaux. Comme il l’a dit lui-même un jour : »Nous devons avancer jusqu’à l’explosion massive des connaissances, de la technologie, de l’innovation, en fonction des besoins du pays et de la souveraineté nationale ».

Quelques actions montrant cette orientation ont été l’impulsion données aux « Réseaux Sociaux d’Innovation Productive », la création du « Projet Info-Centre » et du « Projet Canaïma », entre autres, actions animées par l’intention de démocratiser les politiques éducatives et technologiques par le biais de la socialisation des ressources, des processus et des produits de développement.

Chavez a déployé une vision stratégique : « Pour que le peuple devienne une véritable force, il doit avant tout être conscient, et pour que le peuple possède cette conscience, il doit acquérir connaissance et culture ».

C’est ainsi qu’il devint le promoteur de la connaissance et de la culture libre, formulant des décrets adoptant le software libre comme outil de l’Etat venezuelien, créant divers organismes destinés au développement et à l’investigation de politiques publiques basées sur la connaissance libre, mais toujours, comme nous l’avons déjà remarqué, par le biais de la démocratisation de la politique scientifico-technologique.

A une occasion, Chavez affirma : « La propriété intellectuelle n’est qu’une escroquerie des pays qui se sont développés et qui clament maintenant « Cela m’appartient ». C’est l’expression même de l’égoïsme capitaliste. La connaissance ne peut être privatisée. La connaissance est universelle tout comme la lumière du solein. Personne ne peut affirmer « la lumière du soleil m’appartient, je la garde » ou « je garde le vent…ou l’eau des rivières ». Il faut donc réfléchir à ces questions d’appropriation, d’adaptation de la connaissance – comment réaliser cela, comment allons-nous la restituer, la rendre, comment allons nous faire pour garantir l’accès à la connaissance ? »

Dans ses discours sur ce thème, Chavez se référait constamment à l’argentin Oscar Varsavsky qui, dans ses ouvrages, fait la critique du « scientifisme » comme forme d’organisation du travail scientifico-technique, dans les relations de l’Amérique Latine avec le monde, et qui propose, en contraste avec les modes néocolonial et developpemental de compréhension et de pratique des connaissances, un mode créatif, fondé sur la création de capacités endogènes, la satisfaction de besoins locaux et la conduite d’un projet politique basé sur un consensus national.

Peut-on imaginer meilleur antidote au néolibéralisme académique -la mercantilisation du savoir et de la création- modèle qui est d’ailleurs en crise dans le domaine de la création de connaissances scientifique dans le monde dit « développé » ?

Ce faisant, Chavez fit également preuve d’une forme de résistance à ce que Eduardo Lander a appelé la « science néolibérale », qui n’est autre chose que l’expression d’une manière « géopolitiquement neutre » (c’est-à-dire colonialiste) de concevoir les relations savoir-pouvoir entre le nord et le sud.

Avec une claire conscience du rôle révolutionnaire de la connaissance, Chavez déclara un jour : « Le peuple n’aura pas de pouvoir économique aussi longtemps qu’il ne sera pas propriétaire des facteurs de production : la terre, les outils, la technologie, la connaissance, le capital, le travail ».

Un académicien comme Boaventura de Gousa Santos (qui réçut le prix international Simon Bolivar de la Pensée critique), préoccupé par l’émergence d’une autre forme de connaissance et par le dépassement des limites de la rationalité scientifique moderne, signala dans l’un de ses ouvrages qu’il existe une crise de l’épistémologie dominante.

Cette épistémologie se caractérise par l’intérêt d’un contrôle empirique sur les phénomènes sociaux et naturels. Elle est basée sur la réduction analytique des propriétés des phénomènes, sa traduction en grandeurs quantifiées et la recherche d’un savoir basé sur des principes universels.

Une nouvelle forme d’épistémologie devrait chercher à dépasser le positivisme par le biais d’une connaissance qui intègre les différentes dimensions du savoir, la localisation de la connaissance sans pour autant renoncer à sa projection vers le savoir global, la fermeture de la brèche artificielle qui existe entre le sujet connaissant et l’objet de la connaissance, supprimer la séparation entre connaissance commune et connaissance spécialisée, tout cela en quête d’un nouveau savoir commun et d’une science qui ne soit pas isolée.

En résumé, il s’agit de fonder un savoir qui aie conscience de ses bases historico-culturelles et de ses limites épistémologiques, orienté vers la recherche de réponses aux nécessités du bien-être humain au lieu de se restreindre à prédire et à contrôler les phénomènes empiriques.

Hugo Chavez a promu cette sorte d’épistémologie, comme le reflètent ses discours. Il défendit l’importance du sujet de la connaissance par le biais de l’observation de ses caractéristiques historiques et il soutint le dialogue entre les différentes cultures cognitives : « Le peuple est savant, les paysans doivent venir discuter avec nous, nous ne croyons pas que nous autres les penseurs soyons une élite. Non, pas du tout, le savoir du peuple est fondamental pour alimenter ces processus si nous voulons une véritable révolution. Le savoir populaire est illimité. »

Il souligna aussi l’importance de la connaissance dans la constitution du sujet en tant qu’agent historique : « L’éducation, la connaissance entraîneront l’augmentation de citoyens libres, respectueux des lois et des droits d’autrui ».
Chavez aborda tout particulièrement la connaissance sous son aspect de moyen de création de conscience : « La conscience, c’est la connaissance, rien de plus.. ; » ou « La conscience n’est rien d’autre que la connaissance, la connaissance de l’histoire, de la véridique histoire de nos peuples ».

La pensée et l’action de Chavez ont toujours visé à se détacher de l’analytique propre à la logique scientifique moderne – à partir d’une holistique dépassant les dichotomies sujet-objet, théorie-pratique, connaissance critique ou science-culture.L’analytique positiviste propre à la pensée moderne ne convient qu’à définir une hiérarchie de concepts permettant un arrangement des phénomènes sociaux en accord avec la volonté d’un pouvoir hégémonique.

En revanche, l’holistique critique cherche à trouver des relations entre différents aspects d’un phénomène et s’articule mieux avec des politique d’orientation contre-hégémoniques (la tension entre analytique et holistique est une contradiction constante des relations culturelles de l’occident avec les cultures non occidentales).

La reconnaissance du caractère complexe et multidimensionnel des phénomènes sociaux permet à Chavez de refuser la logique fragmentaire et mécaniciste des disciplines académiques occidentales, aujourd’hui tant critiquées par les théoriciens de la « Pensée complexe » et de la « Sociologie du risque » car très proches des logiques mercantilistes et coloniales.

Chavez contribua d’ailleurs toujours à rompre la discipline imposée par la connaissance spécialisée s’agissant de thèmes, de programmes et de définitions des rôles, comme on a pu l’entendre lors de ses interventions.
Cependant, sa pensée ne fut pas tant une élaboration rationnelle d’une nouvelle épistémologie que son expression explosive et sa mise en scène dans le contexte de la géopolitique mondiale et de la politique nationale. Il fut, avant tout, davantage un homme d’état qu’un penseur abstrait.

Depuis le Sud, une pensée orientée vers l’émancipation cognitive des Peuples ne peut se concevoir autrement que comme anticolonialiste. La pensée et l’action de Hugo Chavez a embrassé toutes ces directions et bien d’autres encore parce que la reconnaissance du sujet comme agent de connaissance, de pratique et volitif de la transformation de sa propre réalité historique en était la racine.

Chavez nous invite à dépasser les paradigmes de la Société de l’Information et de la Connaissance, basées sur les transformations du capitalisme des dernières décades et destinées à l’approfondir, pour appeler à créer une société créative et créatrice, une société dans laquelle une épistémologie incluante aide à fonder des projets scientifico-technologiques qui répondront aux besoins d’un Projet National (à ce sujet on peut lire un discours de 2006 intitulé « La Société du talent »). Et il continue à être anticolonialiste pour aider son peuple à prendre conscience de l’importance de sa participation à la création de la culture et à la détermination des relations de pouvoir. A partir du moment où l’être humain commence à dire « Je suis… » en réaction à une identité imposée, il commence à être libre. Mais si esuite il commence à dire « Nous sommes.. ; » il l’est beaucoup plus.

Chavez réussit à obtenir que les Vénézueliens se comprennent comme étant partie intégrante d’une communauté politique nationale partageant un même futur, à une époque de banquereoute intellectuelle et morale des classes dirigeantes -clientèles des intérêts capitalistes- et du vide idéologique de la supposée « fin des idéologies » et dela « postmodernité ». Il les aida à se concevoir comme partie intégrante d’une « Patrie », concept oublié dans les pays qui ont embrassé l’universalisme occidental. Et il l’a fait en tant que dirigeant et éducateur à la fois, guidant son Peuple de bataille en bataille tout en lui rappelant de temps à autre que la connaissance et les valeurs sociales sont les lignes directrices d’une Nation ; imitant en cela Bolivar qui écrivit : »Morale et Lumières sont les pôles d’une république, Morales et Lumières sont nos premières nécessités ». Leurs exemples dépassèrent les frontières et finirent par nourrir les luttes d’autres Peuples.

Après tout ce qui vient d’être dit, nous ne pouvons que répéter avec plus de conviction que Hugo Chavez est le premier grand représentant latino-américain de la Pensée Critique du 21è siècle.

Santiago José Roca

 

Références :

 

Chávez, H. (2010) La Sociedad del Talento. Discurso pronunciado el 10 de noviembre de 2007. Mérida : Centro Nacional de Desarrollo e Investigación en Tecnologías Libres. Disponible en : http://www.cenditel.gob.ve/files/pagina/album/libro/LaSocied…

De Sousa Santos, B. (2009). Una epistemología del Sur. México, Siglo XXI – CLACSO.

Lander, E. (2005) “La Ciencia Neoliberal”. Revista Venezolana de Economía y Ciencias Sociales. Mayo. Vol. 11. No. 2. Caracas.

Varsavsky, O. (2006). Hacia una Política Científica Nacional. Caracas : Monte Ávila Editores.

 

Annexe : documents pour l’étude de la pensée de Hugo Chavez.

Nous avons essayé de faire un résumé des documents contenant les paroles de Hugo Chavez. Comme tout résumé, il est arbitraire et peut être complété par la consultation d’autres sources. Presque tous les documents sont disponibles sur la page Web du Ministère du Pouvoir Populaire pour la communication et l’information (http://www.minci.gob.ve/).

Nous recommandons la création de supports digitaux de ces documents pour éviter que leur conservation ne repose uniquement sur quelques archives digitales, mais serve avant tout d’outil pour tous ceux qui pensent qu’un autre monde est possible.

1. El Libro Azul

2. Palabras de Abril 2002

3. Nuevo Mapa Estratégico

4. Sólo el Socialismo salvará a la especie humana

5. Vengo a denunciar 200 años de agresión

6. Discurso en la Sexagésima Asamblea General de la Organización de las Naciones Unidas Nueva York, 15 de septiembre de 2005

7. Aló Presidente Teórico 1. Las Comunas y los cinco frentes para la Construcción del Socialismo

8. Aló Presidente Teórico 2. Propiedad Social

9. Aló Presidente Teórico 3. El PSUV, la militancia y el papel de la juventud

10. Aló Teórico 4. La Fuerza Armada Nacional Bolivariana y la batalla de las ideas

11. Aló Presidente Teórico N°5 . La doctrina militar bolivariana y el poder nacional

12. Aló Teórico 6 : Lanzamiento del Sistema de Formación Socialista Simón Rodríguez

13. La Revolución Bolivariana ante la ONU

14. La Sociedad del Talento

15. Primer Congreso Extraordinario del Partido Socialista Unido de Venezuela (PSUV)

16. La militancia y el PSUV en la Construcción del Socialismo

17. Desde la primera Línea

18. El socialismo del siglo XXI : Hugo Chávez

19. Frases I Hugo Chávez Frías

20. Frases II Hugo Chávez

21. De la propiedad privada a la social. Transición al socialismo

22. Apliquemos las “tres erres” al cuadrado

23. A los trabajadores y trabajadoras

24. Las Campañas Admirables del Presidente Hugo Chávez

25. Pensamientos del Presidente Chávez

26. Radicalmente bolivariano, antiimperialista y revolucionario

27. Golpe de timón

28. “Patriotas de Venezuela : Rodilla en Tierra”. Alocución del presidente Chávez del 08 de diciembre de 2012

Sources générales :

Programa “Aló Presidente”. http://alopresidente.gob.ve/

Sistema Bolivariano de Comunicación e Información. http://www.minci.gob.ve

Nota : publicado con el mismo título el 18/03/2013, en : http://www.aporrea.org/ideologia/a161668.html

Fuente : http://reflexiontecnologica.wordpress.com/2013/03/19/hugo-chavez-y-el-pensamiento-critico/

 

=  =  =

http://www.rebelion.org/noticia.php?id=165703

Traduction Frédérique Buhl pour le Grand Soir

 

Source :
Héritage politique et social: Hugo Chavez et la pensée critique | Resistance71 Blog

 

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