30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 08:32

 

Halte aux chômeurs qui dorment tard !

Thomas Grunzig
Le « Café serré » de Thomas Gunzig du mardi 22 octobre sur la Première radio…
Bonjour Georges, bonjour tout le monde.
Alors, vous le savez, la semaine dernière, Rik Daems a émis cette idée assez subtile et totalement révolutionnaire que l’on pourrait contraindre les chômeurs au chômage depuis un an à rendre de menus services d’intérêt généraux à la société.
Voilà, donc, nous allons le voir, Rik Daems, en toute bonne place sur les listes du prix Nobel d’économie. Car en effet, quelle bonne idée que personne n’avait eue avant lui : contraindre les chômeurs, qui n’ont donc pas de travail, à travailler pour rien sur des petites tâches susceptibles de les épanouir : un peu de classement, une petite corvée administrative, un peu de jardinage dans le parc, un peu de nettoyage de trottoir. Enfin, bref, n’importe quel chouette petit truc, histoire qu’ils se rendent un peu utiles pour une fois, nom de Dieu.
Et que surtout, comme le disait Christine Defraigne avant-hier dans Mise au point, je la cite : « pour qu’ils se lèvent le matin ». Et ça, c’est vrai que c’est ça le plus énervant avec ces chômeurs, c’est bien le fait qu’ils dorment le matin. C’est un phénomène bien connu qui a valu d’ailleurs à l’auteur de sa découverte le prix Nobel de biologie. C’est scientifique, les chômeurs dorment tard.
Nous autres, les travailleurs, nous nous levons à l’aube, nous travaillons plus pour gagner… heu… enfin, nous travaillons plus. Et pendant ce temps, le chômeur, lui, il dort bien à l’aise dans ses draps de soie sous une couette en duvet d’oie dans sa chambre dorée parfumée à la lavande avec à côté de lui, sa magnifique compagne chômeuse qui, bien entendu, dort aussi. Et ce chômeur qui dort le matin, et ça c’est vraiment le plus choquant, peut-être même qu’il rêve. Alors, à quoi il rêve ? Ça, ça reste un mystère, dans la mesure où sa vie, nous le savons, est déjà un rêve. Sinon, d’ailleurs, pourquoi y en aurait-il autant de ces chômeurs ?
Évidemment, ce chômeur qui dort le matin, il finit par se réveiller. Eh bien oui, même un chômeur doit pisser de temps en temps. Là au moins, nous sommes à égalité. Alors il se lève, il ouvre la fenêtre et il regarde la vue sur Venise, la lagune. Un domestique accourt et lui apporte ses Cracottes à la truffe et il se dit « Encore une belle journée au crochet de ceux qui se lèvent tôt. ». Oui, Georges, oui Bertrand, pour les bourreaux du travail que nous sommes, cette réalité est insupportable. Et c’est pour ça aussi que l’idée de Rik Daems, c’est d’abord une bonne idée pour empêcher ces fichus chômeurs de dormir le matin, nom de Dieu.
Et puis, bien entendu, l’autre avantage de l’idée de Rik Daems, c’est bien entendu que les types qui faisaient un peu de classement, qui se tapaient les corvées administratives, qui se coltinaient le jardinage ou le nettoyage du trottoir, et qu’on devait payer, eh bien, on pourra les virer vu qu’ils seront remplacés par des chômeurs. Et ça, c’est bien parce que du coup, ça va faire des économies à la collectivité.
Alors, attention Georges, je l’entends d’ici votre objection : « Oui, mais alors, Thomas, espèce de crétin, les anciens travailleurs remplacés par les chômeurs ne sont-ils pas devenus eux-mêmes des chômeurs ? ». Mais, mon cher Georges, réfléchissez deux minutes. Bien entendu qu’ils seront devenus chômeurs. Mais un an plus tard, il faudra que, eux aussi, ils remplacent pour rien des gens qui travaillent et qui de ce fait deviendront chômeurs et qui à leur tour remplaceront d’autres travailleurs.
Si bien qu’à la fin, il n’y aura plus que des chômeurs chômant qu’on empêchera de dormir mais travaillant pour rien. Économie substantielle, énorme gain d’argent que nous pourrons consacrer à la relance.
Non, Bertrand, ne demandez pas à la relance de quoi. Dans la relance, ce n’est pas ce qu’on relance qui compte mais bien le fait que ce qu’on ait relancé ne revienne jamais. Et ça, c’est une phrase à méditer jusqu’à demain.


avanti4.be

Via Humeurs de Marissé

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Published by Anne Wolff - dans précarités
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