11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 11:50

 

 

Il y a plus de deux ans, j'ai croisé des Roms originaires de Tchéquie et de Slovaquie. Des familles qui avaient fui les pogroms. Malgré les risques, un groupe était reparti au pays, ils sont revenus, leurs maisons avaient été rasées, leur bien détruits. Il leur faudra des mois pour se mettre en confiance, pour commencer à raconter.

La jeune femme enceinte éventrée au couteau par un groupe de néo-nazis sous l’œil complice et bienveillant de la police. Devant sa famille.

Un Monsieur a qui a la gorge tranchée, après que sa tête ait été recouverte d’un sac en plastique. Devant sa famille.

De tels récits sont long, ils émergent mot à mot avec des silences, de l’horreur dans les yeux et la vaine quête des mots qui pourraient décrire l’indicible sans être autant de nouveaux coups de poignards dans le cœur.

Qu’ont-ils raconté d’autre ? Je ne sais pas, ma vie vagabonde m’appelait ailleurs. Après cherchant à savoir ce qu’ils devenaient, j’ai trouvé un articulet, dans un quotidien belge, avec plus de 80 commentaires tous haineux, dénigrant, certains proches d’un appel au lynchage… et des centaines d’approbation de commentaires. Aucun ne se fondait sur la réalité de la situation, tous faisait référence aux on-dit des matrices d’opinions d’une certaine propagande. Tous disaient que les commentateurs avaient un haut niveau de mal-être, une dépréciation de soi, qui cherchait en exutoire des boucs-émissaires.

Je n’avais jamais vu des gens aussi propres. A peine arrivés en un lieu avec de l’eau, chacun se lavait et les lessives étaient faites. A chaque miette que laissait tomber un bébé, 4 ou 5 fillettes se précipitaient pour ramasser.  A chaque décision à prendre le groupe se réunissait, chacun(e)s donnait son avis, les enfants posaient des questions. Seule cette cohésion interne du groupe lui permettait de résister, aux errances, aux agressions.

Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. Je sais qu’ils avaient peur, peur d’être chassés encore alors qu’ils n’avaient plus nulle part où aller, plus de chez eux, plus d’ancrage, juste cette terreur permanente d’un nouveau pogrom.

Qui parle de cela ? Qui s’inquiète du sort de ceux que de nouvelles déportations vers des pays où des groupes néo-nazis organisés jouissent d’une grande impunité conduisent vers un nouvel ethnocide ?

Et parce que je l’ai très gros sur le cœur : se faire des bannières avec les cadavres des enfants de la Shoa, pour se donner des justifications dans la perpétuation d’une éternelle vengeance, je trouve cela ignoble.  

Pour beaucoup de juifs comme pour d’autres, les leçons de la Seconde Guerre mondiale et de ses 60 millions de morts, la leçon de l’holocauste comme celle du bombardement de Dresde par les alliés, avec ses 25 000 morts civils, dans un immense incendie, alors que la guerre était gagnée, comme celles de Nagasaki et Hiroshima, qui anéantirent de civils qui n’étaient pas une menace, comme celles aussi de populations plongées dans la terreur, la misère, les deuils à faire, au quotidien, les pays détruits…

Plus jamais cela, nulle part et pour personne.

Et les enfants de la Shoah pourront enfin dormir en paix, ils cesseront de servir de prétexte aux meurtres d’autres enfants, à d’autres guerres faites en leur nom.

 

République tchèque, stop aux pogroms

  • Lundi 28 octobre
Photo Romove Radio Cz
Ostrava, République Tchèque : Malgré l'interdiction de la municipalité300 néo-nazis ont défilé ce lundi 28 octobre dans le centre-ville d'Ostrava, puis en direction du quartier de Prednadrazi, un quartier périphérique où une trentaine de tsiganes tentent de survivre sans eau ni électricité dans un ancien bloc de logements ouvriers, coincé entre voie ferrée et autoroute. Les manifestants hurlaient des slogans racistes, en appelant à la haine raciale, en particulier contre les Roms. Crane rasé et à l'aide d'un porte-voix, l'un des porte-paroles de la manifestation s'est adressé à la foule avec le discours habituel : « La République tchèque appartient aux Tchèques. Les minorités qui ne se comportent pas correctement n'ont rien à faire ici. Tous ces parasites qui n'arrivent pas à s'adapter sont des privilégiés et vivent aux crochets de notre communauté. » 
La marche des néo-nazis a été dissoute peu après 15 heures. Des groupes de plusieurs dizaines de manifestants ont néanmoins erré dans les rues, en direction des habitations roms. Ils étaient environ 70 aux alentours de la place Svatopluk Cech, prêts à l'affrontement quand un groupe de Roms s'est rassemblé à son tour pour marcher vers la place Svatopluk Cech, derrière une banderole où on pouvait lire « Stop aux pogroms, la haine n’est pas une solution ». Vers 16 h 45, 500 personnes, Roms et Tchèques se rassemblaient sur la place, obligeant les néo-nazis à battre en retraite.
Rappelons qu'Ostrava est la troisième ville de République Tchèque, située en Moravie-Silésie, à quelques kilomètres de la frontière polonaise. Depuis 2012, dans la même ville, plusieurs manifestations anti-Roms s'étaient terminées en affrontements avec la police.

Source :

République tchèque, stop aux pogroms

 

 

 

En Amérique Latine nombreux sont ceux qui s’inquiètent de la montée du néonazisme où le mouvement grandit depuis son apparition pendant la dernière décennie. Mais les latinos s’inquiètent aussi de l’ampleur que prennent les mouvements néo-nazis en Europe.

En Novembre 2013, le néo-nazi Marian Kotleba a été élu gouverneur de la province de Banska Bystrica avec 55,5% des voix.

Son ancienne organisation, Mancomunidad avait été déclarée illégale pour ses persécutions contre les Roms.

A lire ici en Espagnol

Aunque la extrema derecha se vista de seda, neonazi se queda


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Published by Anne Wolff - dans Métastases du nazisme
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Nouvelles formes du fascisme

"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

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