17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 12:38

 

 

Et la pluie sur le toit de la caravane, avec ce petit vent glacial et humide qui se faufile par la fenêtre entrouverte. Grisaille du ciel qui se fond avec celle de mon humeur du jour.

J’ai passé bien du temps à traduire ces derniers jours et à lire plus encore. Comprendre ce mouvement tectonique des hégémonies mondiales qui s’affrontent. Anticiper de nouveaux équilibres et d’autres déséquilibres aussi qui se profilent à l’aube de nouvelles hégémonies qui ne satisfont pas mon désir d’un monde dans lesquels les peuples seraient souverains.

Obama l’a annoncé cette nuit, une entente a émergé pour prolonger de quelques mois l’agonie d’un système en faillite. J’appréhende un avenir qui parle de misère. J’enrage de l’inconscience de ceux qui croient avoir tout compris sans avoir pris la peine de chercher. Ils regardent de haut, les « conspirationistes » que nous sommes. En ce qui me concerne, de manière totalement assumée, non pas à cause du 11 septembre 2001, dont je n’ai pas grand-chose à fiche, je l’avoue humblement. Un élément de plus parmi une longue série, 11 septembre 1973, Opération Condor, Gladio, les Contras, je ne sais plus combien de centaines de tentatives d’assassinats contre Castro, y compris les plus débile sur le modèle James Bond de pacotille, et j’en passe, et encore, et encore...les fils sont là, il suffit de les suivre. Pas seulement sur le Net, dans les bibliothèques aussi.

Mais non, c’est trop compliqué, trop barbant, trop fatigant, même l’information aujourd’hui, le « bon peuple » la préfère prémâchée, qui entre dans le cadre rassurant des évidences acquises. « Nous avons des dirigeants qui font tous ce qu’ils peuvent pour nous conduire droit vers le meilleur des mondes, et s’ils prennent du retard pour accomplir ce programme, c’est que le monde est plein de méchants qui leur mettent des bâtons dans les roues ».

Désolée si ma conception de souveraineté ne s’accommode pas de dirigeants, tout au plus de mandataires, au mandat précis et limité dans le temps, pour un projet donné, comme ces « groupe en fusion » de Sartre qui n’existent que le temps de la réalisation d’un objectif précis, alors que d’autres se forment pour réaliser d’autres objectifs, toujours fluides, toujours éphémères, dans une constante redistribution de pouvoir.

Je sais, il y a du chemin à faire et nous avons tellement tardé à prendre la route qu’à présent l‘urgence frappe à la porte, à coups redoublés, et nous presse. Il y a du chemin à faire pour rendre la parole aux braves gens, ceux qui ne veulent pas des guerres, ceux qui préfèrent la frugalité à la complicité dans le pillage du monde, même récompensée par du « pouvoir d’achat » à n’en savoir que faire. Qu’elle horreur, quand l’avoir nie l’être, la mort n’est pas loin, toutes les destructions sont permises. J’ai mal à ce monde-là. Quand la vie d’un enfant est de moins de prix que la satisfaction éphémère d’une pulsion consommatrice toujours inassouvie, ainsi que le veulent sa nature et cette publicité qui recrée sans discontinuer un horizon de désir toujours inaccessible.

Peut-être faudrait-il regarder dans d’autres directions, prendre d’autres chemins.

Je me sens plus « chez moi » dans la pensée latino si riche d’une recherche d’intelligence du monde qui n’est pas biaisée par le double langage, que dans ce décalage toujours croissant entre monde idéel et monde réel, cette version moderne de non-être qui est l’état « normal » de la plupart mes voisins.

Pas tous, loin de la. Il y a bien plus de gens lucides que ne le laissent entendre les discours officiels. Mais le plus souvent ils se taisent, murés dans cette intime conviction qu'il ne sert à rien de s'exprimer,  que leurs énoncés se heurtent comme à un mur de la honte aux quolibets des « bien-pensant ». L’apartheid ne construit pas que les murs de pierre de Palestine, de Grèce,, et d’autres frontières à rendre imperméables aux gueux en quête d’un peu de dignité, ô si peu, rien qu’un tout petit peu d’espoir, qui s’écrase contre les murs de la ségrégation, des pays, des régions, qui se protègent comme ces quartiers de « riches » gagnés par la parano… peur que des voyous s’attaquent à leur bien, à leurs individus dépersonnalisés. Orgueil démesuré d'une inhumanité triomphante !

Il en faut des voyages en galère pour faire d’un individu, une personne déterminée par son histoire, et ses échecs, et ses victoires, toujours plus singulière, toujours plus riche, de cette richesse inépuisable qui augmente en se partageant ,richesse humaine, richesse du pleinement vivant, richesse d’être qui de sa seule existence enrichit tous ceux envers qui elle rayonne, au-delà de cette figuration dérisoire d’individu atomisé, toujours plus normal, toujours plus conforme, un bon rouage tout juste bon à être employé dans la machine à broyer l’existant, un individu sans histoire…

Non-conformiste, non-intégrable, intermittente du voyage, autant de traits qui me caractérisent et tant d’autres comme moi… est-ce grave docteur ? Est-ce mal, Monsieur, Madame le Juge ? Sommes-nous donc condamnables ou déjà condamnés,  de préférer à la bien pensance, la libre pensée, toujours rebelle, toujours en décalage et souvent loin devant les paresseux du ciboulots qui ne prennent pas le temps de réfléchir… hé, ils pourraient rater le nième épisode de leur feuilleton (ils l’ont déjà vu 10 fois), leur jeu télévisé ou le match du siècle. Et nous, pris de folie de vie, semons des graines à l'avenir aléatoire et posons des fondations sans savoir de quels édiffice elles seront le support. C'est bien court une vie humaine, nous ne serons pas là pour déguster le fruit de toutes ses semailles, pour autant qu'il advienne.

Hé, il vient à peine de commencer le siècle, et même le millénaire qu’ils sont déjà bien mal embouchés. Avec cette question qui grossit de se remplir des certitudes croissantes d’un possible désastre : «Sommes nous proche de ce jour où l’Homme mettra fin à l’humanité ? »

Sont-ils donc aveugles où résignés ceux qui avancent dans l’éternelle pénombre d’une conscience embrouillée, sans que pour eux fasse sens cette question « dérisoire ? » « Voyons-nous les derniers jours des Enfants de la Terre ? » « Le chaos sera-t-il tel dans les décennies à venir que la notion de survie passera avant la vie même ». Quel gâchis ! Quand lucidité devient synonyme de pessimisme, et qu’il faut chaque jour concocter des recettes éprouvées pour retrouver la saveur de l’espoir, et même un peu de joie, le sens de l’humour plutôt que cette ironie, ce cynisme qui condamnent toute beauté avant qu’elle puisse éclore.

Encore une fois, ce matin de grisaille, j’ai fourbi mes armes, les mots… ceux d’un autre possible qui exige la compréhension de ce que globalisation signifie concrètement pour notre avenir commun d’habitants de la Terre. Et comment elle se manifeste dans nos quotidiens, la globalisation, dans celui de mes voisins.

Il y a du chemin à faire pour que les braves gens retrouvent en eux cette confiance, cet amour-propre qui fonde tout amour de la vie, tout amour du prochain, pour oser dire qu’ils ne sont pas d’accord, qu’ils ne veulent pas de ce monde toujours plus dur que d’autres leur imposent…aménagement du territoire qui nous a consulté ? Qui nous a demandé ce que pour nous sécurité veut dire ? Quand les derniers refuges qui hébergeaient nos amitiés tombent sous les coups des bulldozers et que des règlements toujours plus contraignants viennent se nicher au fond de mon jardin.

Et certains jours, la rage nous prend contre ceux qui quémandent des emplois et des médicaments pour soigner nos mal-être mais refusent d’ouvrir les yeux sur cette confiscation du monde qui ne nous permet plus « les lieux où habiter le monde » frugalement, convivialement, dans le respect de l’existant et la dignité de ceux qui sont partie d’un ensemble plus grand, la famille du vivant, partie de la Terre et non Propriétaires.

La condition pour que l'humanité advienne,apaisée, enfin !

Anne W

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commentaires

C
<br /> <br />
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A
<br /> Bonjour Anne, je découvre votre blog via celui de la vidure ... Je suis totalement en accord avec vos sentiments et partage cette rage qui est la vôtre ! Je fatigue aussi à l'idée de devoir<br /> perdre ma vie à la gagner ... mais cela va-t-il durer encore longtemps ? j'en doute ! Merci pour ces mots qui touchent et prenez soin de vous !!<br />
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A
<br /> <br /> Ce qui moi me laisse pantoise, c’est<br /> cette irrémédiable contradiction entre des concepts comme ceux de « développement soutenable » et d’une « croissance » qui consiste à produire toujours plus de choses<br /> inutiles, jetables, baignées du sang des peuples expropriés et de la sueur de travailleurs exploités.<br /> <br /> <br /> Je crois qu’il est plus que temps de se<br /> réapproprier la notion de richesse, et d’y mettre des contenus à dimension humaine, des contenus d’amitié.<br /> <br /> <br /> Ce n’est pas le travail en soi qui pose<br /> problème, mais bien un travail qui n’a pas de sens et qui est ponctionné de manière démesurée par les propriétaires et gestionnaires des moyens de « production ».<br /> <br /> <br /> Je suis en train de chercher des textes à<br /> traduire qui montrent ce que sont ces métastases néolibérales, les « cités modèles ». Des enclaves de territoire soustraites au pays dans lequel elles sont implantées et soumises à<br /> leurs propres lois, avec leur administration et forces de répression. Eurovegas est un projet européen sur ce modèle en Europe… Le premier mais certainement pas le dernier.<br /> <br /> <br /> Ce que je vois, moi, de mon tout petit<br /> point de vue de brin d’herbe de la prairie humanité, c’est un horizon du pire qui se rapproche, un tsunami de misère. Et j’enrage, oui, quand je vois les sommes et l’énergie dépensée dans les<br /> domaines dit de « lutte contre la pauvreté » pour maintenir en réanimation un système trépassé… La dite crise du capitalisme, est une fiction, les petits capitalistes se font bouffer<br /> par les gros comme chacun d’entre nous. La concentration de la propriété foncière et financière est effrayante, elle nous parle d’un véritable changement qualitatif, avec des transnationales qui<br /> instrumentalisent les armées des Etats et emploie leurs propres armées privées pour assurer leur domination sur le monde. Ce n’est pas une crise, c’est une mutation. La vraie crise est éthique.<br /> Elle passe par une réappropriation du langage, par ce petit peuple, qui est d’autant plus démuni qu’il n’a plus les mots pour exprimer son malaise, pour imposer sa vérité, non de manière<br /> immédiatement effective mais bien comme composante d’un choix d’avenir pour le monde qui doit être prise en compte.<br /> <br /> <br /> J’ai posé la question à presque tous les<br /> gens que j’ai rencontré au cours des derniers mois et la réponse est unanime « Nous n’aimons pas ce qu’on fait de notre région mais nous n’avons pas été consulté à ce sujet », ce sont<br /> les mêmes mots que je retrouve dans les mouvements pour le droit à la terre partout dans le monde. Alors quoi ?<br /> <br /> <br /> Et Gaëtan Pelletier et sa Vidure, s’ils<br /> n’existaient pas, faudrait les inventer. Une source vive… une des rares sur ce web qui s’enfonce trop souvent dans des querelles de clocher.<br /> <br /> <br /> Anne<br /> <br /> <br /> <br />
B
<br /> Admirable billet dont je partage chaque mot , chaque pensée ! que voilà un beau partage ! Bonne continuation dans l'espoir qu'un jour , l'être surpassera l'avoir !<br /> <br /> <br /> Amicalement<br />
Répondre
A
<br /> <br /> Merci Blanche,<br /> <br /> <br /> Admirable, est certainement exagéré, mais<br /> je savoure tout de même, ce petit bonheur. Les mots sont importants, essentiels même pour ces êtres au cerveau perturbé que nous sommes… quelques mauvaises langues iront jusqu’à prétendre que<br /> c’est cet afflux d’ondes contre nature qui nous déboussole.<br /> <br /> <br /> On nous appris que ce « qui se<br /> conçoit bien s’énonce clairement », comme notre monde s’enfonce toujours d’avantage dans l’inconcevable, il devient toujours plus difficile de concevoir et d’énoncer.<br /> <br /> <br /> Trouver des mots pour le dire, c’est déjà<br /> une toute petite victoire sur la normalité<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Bien cordialement<br /> <br /> <br /> Anne<br /> <br /> <br /> <br />

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  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité
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Gilles Deleuze, février 1977.

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