23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 08:28

 

 

 

L’espionnage généralisé est une manifestation de la société du soupçon généralisé qui est aussi un mode d’être du fascisme. Lorsqu’on lit les listes des personnes considérées comme susceptibles d'actes terroristes selon les « autorités » étasuniennes – ceux qui expriment des philosophies libertaires, des partisans d’opinions favorables au second amendement (droit de porter des armes), ceux qui portent intérêt à l’autosuffisance, ceux qui redoutent le "grand frère" ou le gouvernement et les partisans des « déclarations de droits constitutionnels et des libertés civiles » (Las potencias occidentales hacia el fascismo sin velos discursivos), nous retrouvons ici tout qui d’une manière ou d’une autre s’éloigne du conformisme absolu d’une société de contrôle totale se fondant sur une définition orientée des fameux « intérêts et sécurité des USA » dont nous avons compris depuis longtemps que le terme USA dans ce contexte ne représente ni ce pays ni encore moins sa population, mais bien des intérêts particuliers rendu apatrides par leur transnationalité déracinée. Nous trouvons ici les ingrédients de la soupe totalitaire que ceux-là nous concoctent et la mise en œuvre de ce programme du Pentagone qui interpelle fortement les Latino-Américains, mais laisse les Européens – pourtant concernés, comme tout habitant de la planète - de glace, le programme Joint Venture 2020 qui associe l’ensemble de la planète à son objectif exprimé sans détour « La domination du spectre compet », c’est eux qui le disent ! (Militarisation impérialiste : nouveaux masques pour de vieux projets ), dont le contenu décrit bien la volonté de totalitarisme absolu !

La question que pose le texte de Stella Calloni est fondamentale. Nous, qui d’une manière ou d’une autre relevons de ces catégories fort extensives, devons-nous nous résoudre à passer dans un avenir plus ou moins proche à la clandestinité ou devons-nous lutter visibles de face et en force pour barrer la route à ce projet inhumain. La réponse est évidement plus facile pour les Latinos ou les gouvernements prennent des mesures pour soustraire la région à cette surveillance. Des gouvernements régionaux se sont mis d’accord pour créer ensemble leurs propres circuits et réseaux informatiques, mettant un terme au transit des informations par le territoire des USA. Les révélations de Snowden ont conduit la présidente du Brésil Dilma Rousseff à décommander son voyage prévu aux USA. Alors que la France, l’Allemagne, le Portugal et l’Espagne, eux-mêmes victimes de cet espionnage, ont violé toutes les règles du droit international et mis en danger la vie du président Bolivien Evo Morales, en lui refusant l’accès de leur espace aérien lors de son retour d’un voyage en Russie sous prétexte qu’il était soupçonné de transporter Snowden pour lui donner asile.

Le contexte en Europe est donc fort différent puisque nos gouvernements se font les complices zélés de cet espionnage alors qu’ils en sont eux même des cibles.

Mais ce texte évoque aussi une dimension que je ressens personnellement bien plus fortement. Ce sentiment grandissant que l’esprit et la conscience d’une grande partie des gens que je rencontre, ceux parmi lesquels je vis, évoluent dans un monde fictif, une sorte de mirage collectif qui rend très difficile toute communication ancrée dans la réalité.

 

 

Espionner et contrôler : pouvoir réel ou illusion

Stella Calloni

 

Stella Calloni

Stella Calloni.

 

Stella Calloni.

Un article du New York Times révèle que les USA joints à des entreprises privées de renseignement, ont créé un système en ligne de gestion du comportement des personnes pour les espionner et les contrôler à travers les réseaux sociaux. Les nouvelles formes d’espionnage  sont des versions actualisées de contrôle qui ont déjà été expérimentées par nos pays pendant les dictatures militaires et la guerre froide. 

Le périodique étasunien New York Times a publié récemment un article – « La vraie guerre contre la réalité » - dans lequel il révèle que l’Armée des USA conjointement avec des entreprises privées de renseignement « ont créé un système de gestion de comportement « on-line » des personnes », dans ce qu’ils qualifient de « lutte contre les idéologies extrémistes et la propagande anti-étasunienne » et analyse de quelle manière opère cette manipulation des réseaux sociaux.

Le programme a été développé à la demande expresse de la Force Aérienne étasunienne, avec différents objectifs, entre autres, celui de « fabriquer la réalité » et, pour tout dire, vendre cette réalité falsifiée afin de contrôler les réseaux sociaux et les sociétés en général, à travers les moyens d’information de masse qui participent à ces opérations et les engrenages essentiels de la dite « guerre psychologique ». 

Tel qu’il est conçu, ce programme “permet de contrôler de multiples identités en ligne (dénommée « titres »)  pour créer des commentaires dans des espaces de communication sociale, créer de faux consensus sur des thèmes déterminés, reléguer à l’arrière-plan les opinions non désirées par le Gouvernement de la Maison Blanche et étouffer les commentaires et informations qui ne correspondent pas à leurs objectifs stratégiques.

« Dans le réseau de l’espionnage cybernétique nous sommes bien sur plus surveillés les uns que les autres »

Un analyste britannique nous avertit « qu’une grande partie du travail de renseignement que réalisent les USA » est dans les mains d’entreprises privées qui « nous seulement occultent sinon qui fabriquent la réalité » à travers un type de software qui « manipule les médias de communication sociale ».

Pour l’analyste Anthony Gucciardi, cité par le New York Times, l’objectif de cette “guerre cybernétique” n’est pas “d’améliorer la réputation internationale” de l’Armée des USA – comme l’ont suggéré les commandants militaires de ce pays, mais bien de promouvoir « le développement d’un important réseau d’ordinateurs qui font circuler constamment des messages écrits spécifiquement pour être publiés par les réseaux sociaux et les pages de commentaires de nouvelles », qui en réalité sont destinées à leurrer les sociétés et « diriger » les réseaux sociaux.

Bien sûr, le renseignement militaire soutient que cela se fait « au nom de la sécurité étasunienne »

Pour qui a souffert dans sa propre chair les concepts, programmes, opérations, coups d’état, interventions, assassinats massifs, disparitions forcées sous les dictatures militaires installées au nom de la “Doctrine de Sécurité Nationale (des USA) aux temps “chauds” de la « guerre froide », la situation nous ramène directement dans le passé. Et le niveau des ressources d’espionnage nous fait nous ressentir comme des sociétés illégales et rigoureusement surveillées.

Parce que dans les réseaux d’espionnage cybernétique nous sommes tous surveillés, les uns plus que les autres bien sûr. Le périodique (NYT) cite également le psychologue étasunien Peter Ludlow « il s’agit d’une méthode efficace pour leurrer une population en générant une fausse réalité, au lieu d’imposer leur volonté (celle des mentors de l’espionnage) par la force.

C’est-à-dire, « s’approprier » jour après jour d’une société déterminée pour contrôler, au moyen de l’utilisation de cette véritable guerre sous couverture, mettant en action ce qui est qualifié de « Psyops » (opérations psychologiques), comme partie d’une stratégie militaire étasunienne, dans la même lignée que les actions de déstabilisations que les vénézuéliens nomment à juste titre « coup d’état permanent »*

Dans ce cas, l’effet du « coup d’état permanent » nécessite la  « falsification habituelle de la réalité » et une des armes les plus évoluée pour y parvenir sont les moyens de communication de masse sous le commandement du pouvoir hégémonique (plus de 90% dans le monde) qui participent à cette guerre en toute impunité.

Par ce même moyen, Adolf Hitler réussit à paralyser et à dominer et à faire complice de ses crimes une bonne partie du peuple allemand, et Joseph Goebbels, son homme clé, est à présent imité et dépassé par les nouveaux semeurs de fascisme du 21ème siècle qui sont parmi nous.

Le mensonge, ils le qualifient de « liberté d’expression » ; le dénigrement, destiné à falsifier la réalité quotidienne, la vie, l’histoire des pays, la culture des peuples, érodant les identités et valeurs conquises par l’humanité à travers les Temps, ils le nomment « expression indépendante » de la presse libre. A la liberté d’entreprise, elle est imposée comme « liberté de la presse ».

Et les analystes du NYT mentionnent la similitude de programme d’espionnage et d’implantation d’une réalité fausse avec le contenu du « Manuel de capacitation pour la guerre non conventionnelle » des militaires des USA, et avec les « opérations planifiées pour transmettre des informations et indicateurs sélectionnés aux public étranger (nous) afin d’influer sur ses émotions, motivations, raisonnements objectifs et en ultime instance, sur le comportements des gouvernement étrangers (les nôtres), organisations et groupes au moyen des dites opérations psychologiques ».

Pourquoi cette vigilance globale nous affecte-t-elle tous ? Parce que “espionner est pouvoir. « Avec le prétexte de la guerre contre le terrorisme nous sommes tombé dans la terreur totale », soutient Luis Britto Garcia, le célèbre écrivain, narrateur, essayiste, et dramaturge vénézuélien, auteur de plus de 60 titres et distingué par de nombreuses récompenses internationales.

Britto Garcia rappelle que « depuis le 19ème siècle, toutes les législations garantissent l’inviolabilité de la correspondance ». Et pourtant, actuellement, les gouvernements et les entreprises, non seulement s’arrogent le droit de prendre connaissance du contenu des messages qu’ils suivent ou interceptent, mais aussi d’utiliser, publier et consigner les informations obtenues. Facebook et autres réseaux sociaux prétendent détenir la propriété intellectuelle de tout ce qui circule sur leur réseaux C’est comme si les compagnies de transports de déclaraient propriétaires de toute la marchandise qu’elles transportent. Dans sa course pour confisquer les moyens de production, le capitalisme confisque l’information », soutient l’essayiste.

“Et si espionner donne un pouvoir irrationnel et mafieux, ajouterons-nous, empêcher cette action, c’est non seulement récupérer la souveraineté, des droits, de la dignité, rien moins que la liberté »

Il est lamentable que ce contrôle ne soit pas appliqué à la solution de graves problèmes qui affectent le monde, comme « le crime organisé , le commerce de produits dommageables pour la santé, le trafic des armes, la corruption politique, les délits bancaires, l’évasion fiscale, le trafic des personnes, l’exploitation du travail, le blanchiment de capital, les paradis fiscaux, le monopole des aliments, les faux prétextes pour les guerres - comme la construction imaginaire d’armes de destruction massives et autres. Si de tels fléaux persistent, c’est parce que l’espionnage ne les empêchent pas : il les rend possible et assure leur impunité.

L’espionnage ne viole pas le secret, il le crée, dit un autre paragraphe, dans lequel il analyse comment celui qui espionne se retrouve attrapé à son propre jeu. Et ainsi se construisent des mondes fantasmatiques, inexistants, ce qui conduit inévitablement au labyrinthe, sinon au précipice.

Et si espionner donne un pouvoir irrationnel et mafieux, ajouterons-nous, empêcher cette action  c’est non seulement récupérer la souveraineté, les droits la dignité, sinon rien moins que la liberté face à des systèmes de domination et des processus de recolonisation qui menacent la vie des peuples.

 

Devons-nous nous convertir en sociétés clandestines ou livrer aujourd’hui la bataille qu’est à présent capable de mener  l’Amérique Latine, comme l’ont démontré les récents accords de défense conjointe contre l’espionnage entre le Brésil et l’Argentine et ceux qui se discutent en ce moment pour une action conjointe de toute la région ? Revenons à Britto Garcia : « leur pouvoir consiste à nous obliger à nous cacher. Qu’ils se cachent eux ! »

TELAM

Source espagnole : STELLA CALONI / Espiar y controlar: ¿poder real o ilusorio? | CONTRAINJERENCIA 

Traduction Anne Wolff

PS

Un autre point sur lequel je voudrais attirer l’attention, quelques textes circulent qui affirment que la NSA aurait créé un clone de google afin de puiser les informations directement à la source. Comme il m’arrive régulièrement en effectuant des recherches google de tomber sur un avis de « connexion non certifiée », ce qui est un des symptômes possible de piratage, malgré que je n’ai pas trouvé de preuve, la question continue à m’interpeller, d’autant que je constate que mon blog n’est plus que très faiblement accessible par ce moteur de recherche. J’ai moi-même pu constater que certains textes que j’avais sous les yeux sur le blog, sont inconnus de Google.

PS2

Il semble également que de telles méthodes ont été utilisées pour faire monter la cote du bijoutier de Nice, volé et assassin qui a récemment défrayé la chronique surtout par le grand soutien qu’il aurait obtenu sur Facebook, et dont la plus grande partie relèverait d’une manipulation de fausses signatures ?)

 

Bonus

Un exemple de falsification que je ne traduis pas mais c’est facilement compréhensible.

Apporea a le don de trouver des photos du président des USA qui ne le montrent pas à son avantage, et celle-ci m’a fait bien rire.


El presidente de Estados Unidos, Barack Obama

El presidente de Estados Unidos, Barack Obama

ou

Le dirigeant fantoche d'un monde virtuel

(en plus de ses fonctions de boutte-feu à la planète)

L'article : 55% des suiveurs d'Obama sur Tweeter sont des faux, en espagnol, ici :
El 55% de los seguidores de Obama en Twitter son falsos

 

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"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

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Gilles Deleuze, février 1977.

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