7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 15:42

 

Au moment où les mouvements migratoires s'inversent, quand de plus en plus nombreux sont les européens, par exemple les grecs, les espagnols qui partent chercher une vie meilleure en Amérique Latine ou sur d'autres continents, il est plus que jamais indispensable de se pencher sur le phénomène migratoire. Peut-être cette inversion du mouvement serait l'occasion d'une inversion de sens qui permettrait - enfin - à certains de nos compatriotes les plus obtus de comprendre que ces phénomènes migratoires sont une conséquence intrinsèque du néo-libéralisme et que sous cet aspect-là aussi des "inconvénients" que génère ce système sans cœur, ni âme, nous serons tous manger à la même sauce... il est à souhaiter que les habitants de ces pays vers lesquels fuient et fuiront toujours d'avantage nos compatriotes seront plus accueillants avec nos expatriés que beaucoup d'entre nous ne l'ont été avec les leurs... mais il est vrai que dans d'autres régions du monde convivialité, solidarité, partage sont encore - non pas comme ici, des mots qui sonnent creux, qu'on lance comme un cri de et un appel à l’aide - mais des concepts en acte, des réalités vécues.

A l'issue de RIO+20, l'assemblée des peuples a lancé un appel...un appel planétaire pour que cette intégration digne, respectueuse de la souveraineté et de l'autodétermination, coopérative, créatrice ne soit pas limitée à la seule Amérique Latine mais devienne un phénomène mondial, partagé, issu des peuples eux-mêmes et non imposé par quelque instance supérieure, d'autorité et par la répression ou l'élimination des dissidence, nous mettant face à un choix, nous aussi, Européens, déterminant non seulement pour le monde à venir, mais aussi pour la place qui prendra notre continent.

Je suis intimement convaincue que si le modèle néo-libéral l’emporte cela sonnera comme la condamnation à la disparition de l’humanité par certaines de ses parties… il y a beaucoup d’espoir, beaucoup d’enseignements à recevoir aussi, de ces modèles d’organisation et d’action qui nous viennent d’Amérique Latine. Si l’humanité survit, c’est que ces modèles seront devenu le mode d’être du monde…  

De ce monde du meilleur, de ce monde nouveau en gestation, serons-nous  un jour les parents pauvres, largués de n’avoir pas participé à sa création ? Ou allons-nous enfin mettre de côté ce putain d’orgueil et être capables de prendre les leçons venues d’ailleurs, même si pour cela il nous faut accepter que notre civilisation se meurt, qu’une autre est en train de naître, meilleure, dont nous ne sommes pas les auteurs ?

 

La mondialisation, la migration et l’intégration

servicios espacinsular
SANTO DOMINGO, REPUBLICA DOMINICANA, 28 DE JULIO DE 2009.- Le phénomène migratoire a pris des proportions effrayantes. Il est difficile de déterminer le nombre exact des migrants. Dans le pays d’origine et de destination, la migration entraîne des conséquences, et impose des défis.

Le fait est que les migrants sont devenus l’interpellation la plus forte et claire du processus actuel de mondialisation. Ce processus a deux marques que les migrants remettent fortement question : Il concentre et exclut à la fois. Les migrants ne veulent pas rester en marge et ne permettent pas que les bénéfices du développement soient appropriés seulement par une minorité. La question est de plus en plus présente dans les programmes.

Phénomène complexe et contradictoire, les migrations sont à la fois dénonciation et annonce. Dénonciation du modèle de développement qui donne la priorité au capital seulement, principalement de type financier et non pas aux personnes; Dénonciation de la concentration des richesses, des terres et du pouvoir et dénonciation aussi des restrictions qui sont imposées aux gens qui migrent (murs, police, persécutions, lois restrictives) ; et, d’ autre part, elles sont l’annonce d’une autre société que nous voulons construire. Une société économiquement juste, politiquement démocratique, socialement équitable, culturellement plurielle et religieusement macro- oecuménique.

Mondialisation et Migrations

«La migration est un processus qui se déroule en ce moment, dans le contexte de la mondialisation et ne peut être analysée hors de ce contexte. On ne peut donc pas l’aborder uniquement comme un problème de frontières ou un problème purement national, mais comme un processus économique, politique, culturel et social directement lié aux effets que le modèle capitaliste néo-libéral imposé génère dans le monde entier. Les politiques économiques, sociales et culturelles, base de la mondialisation actuelle, entrave un développement des intérêts et des besoins de toutes les sociétés.

L’action des entreprises multinationales, la dette extérieure, la perte de la souveraineté alimentaire, les pratiques commerciales déloyales, la spoliation des ressources naturelles et les conflits armés sont la cause des déplacements forcés et de l’émigration des personnes, aussi bien vers le Nord que entre les pays du Sud ». (Déclaration de Rivas, II forum Social Mondial des Migrations, Rivas Vaciamadrid, Espagne, 2006) Tels sont les conclusions du II Forum Social mondial des Migrations. En effet, en regardant le processus migratoire actuel, nous voyons que les causes profondes ont à voir avec la mondialisation.

En majorité, les mouvements migratoires répondent aux besoins des pays industrialisés de main-d’oeuvre bon marché et sans qualification pour l’agriculture, l’alimentation, la construction, l’industrie textile, le service domestique et le soin des malades, des personnes âgées et des enfants à la maison. Aux Etats-Unis, les immigrants, sont en général destinés aux travaux sales, dangereux et difficiles ; au Japon leur destination est plus cruelle : les travaux lourds, dangereux, sales, exigeants et indésirables. La cause profonde est une « mondialisation qui ne distribue pas les richesses, qui mondialisent le libre accès aux marchés, mais pas à la solidarité ; Elimine les barrières commerciales, mais empêche la circulation des personnes, défend le libre commerce comme un droit, mais rend encore plus difficiles l’accès aux droits fondamentaux. »

(Déclaration de Bruxelles, juin 2002).

La misère se mondialise, mais pas le progrès, la dépendance mais pas la souveraineté, la compétitivité mais pas la solidarité (Manifeste du « Gritos de los Excluidos »-Cris des Exclus-2002) Selon le rapport de l’Organisation Internationale du Travail, la cause principale est le fait que la mondialisation n’a pas généré de postes d’emplois dans les pays d’origine. Ce processus a crée un trait structurel dans l’économie mondiale, l’inégalité. En plus de concentrer encore plus la richesse, elle entraîne une détérioration de la vie et des déplacements de populations. Il suffit de penser aux ajustements structurels, à la réduction des dépenses publiques et par conséquent la baisse de l’emploi public; la forte croissance démographique, la main-d’oeuvre excédentaire; La violation des droits de l’homme et la déstabilisation sociale pour que nous ayons une idée des véritables causes de la migration dans le monde d’aujourd’hui.

Le modèle de développement imposé par les politiques néo-libérales dans ce processus de mondialisation continue à promouvoir la dégradation de l’environnement, ce qui approfondit l’exclusion sociale à l’intérieur des pays et les inégalités entre eux. Dans le cadre du modèle agro exportateur, tâche destinée aux pays pauvres, l’expansion de la monoculture est à l’origine des destructions massives de la nature. La vague des agro combustibles pour maintenir la structure de la consommation dans les pays industrialisés, approfondira les conséquences dévastatrices sur l’environnement, entraînant des changements climatiques et des risques de catastrophes naturelles. Ces politiques vont provoquer de graves conséquences pour nos peuples et l’intégration continentale fondée sur l’équité, l’inclusion, la diversité et la souveraineté.

L’intégration des marchés ou des populations ? Les mouvements sociaux de notre région remettent profondément en cause le processus actuel de mondialisation, en particulier lorsque nous nous penchons sur les conséquences qu’elle entraîne sur les travailleurs, pour les personnes et pour les migrants.

L’examen des projets d’intégration latino-américains oblige à se poser quelques questions essentielles: L’intégration est pour qui ? Pour les secteurs privilégiés de ces sociétés ? Pour que les capitaux, nationaux ou transnationaux, puissent circuler librement sur tout le continent ? Ou bien, au contraire, pour les populations, pour les majorités appauvries, exclues, subordonnées, pour les migrants ? Il ne suffit pas que ce soit une intégration latinoaméricaine ou sud-américaine pour que cela corresponde aux intérêts de la population. Tout dépend du modèle d’intégration en question.

Une intégration guidée par les valeurs de l’individualisme possessif, de la concurrence de tous contre tous, où le succès des plus forts, fondé sur l’exploitation et l’exclusion des plus faibles est garanti, c’est-à-dire, une intégration qui accentue les inacceptables inégalités actuelles? Ou une intégration guidée par les valeurs d’égalité, de participation, de pluralité, de solidarité, de communauté, une intégration qui reconnaît, valorise et rend possible le déploiement de l’extraordinaire variété de modes de vie des peuples de notre continent ?

Caractéristiques de l’intégration

L’Amérique Latine doit se comprendre comme une unité, en respectant les différences et les cultures, on doit articuler les différences et promouvoir la complémentarité plutôt que la concurrence entre les pays et établir une société où le bien commun l’emporterait.

Considérer l’Inter culturalité comme moteur de développement, respecter le fait que les cultures inter agissent, incluent des valeurs et se complémentent en préparant des relations égalitaires. Assurer la participation des acteurs sociaux dans un espace pluriel, démocratique, soutenable et équitable, il s’agit d’un processus et ne peut-être imposé. Assurer une intégration géopolitique conçue comme partie intégrante des processus de résistance à l’ordre global qui cherche à imposer la politique unilatérale et impériale du capital transnational et du gouvernement des États-Unis.

Elle doit garantir le droit des personnes à transiter à travers la région, de pouvoir travailler et d’avoir tous les droits garantis ; Pour cette raison, nous devons lutter pour dépasser le système capitaliste et changer son paradigme. Face à ces problèmes, qui sont le reflet de l’exploitation capitaliste, nous cherchons l’intégration solidaire des peuples.

Luiz Bassegio Secrétaire du “Grito de los Excluidos Continental “ – Cri des Exclus Continental

 

Source : http://espacinsular.org

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Published by Anne Wolff - dans Sud Amérique
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