28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 09:36

 

 

Je me suis sentie hier soir fort démunie de mots. J’étais à une conférence de précampagne électorale d’une politicienne belge, députée européenne. Je ne donnerai pas son nom, ni celui de son parti (de gôôôche) peu importe puisque finalement cette soirée qui me plonge dans un profond malaise me confirme ce que je savais déjà. Que la politique politicienne manque d’intelligence certainement, mais aussi et surtout beaucoup de cœur.

Après avoir vaguement évoqué la menace fasciste en Europe survolant de très loin la Hongrie d’Orban, voici que nous effleurons la Grèce. Et j’entends notre politicienne affirmer, comme une justification de la tragique situation du peuple grec, que « Evidement la Grèce est un pays où il a une grande corruption et où les gens ne payent pas d’impôts, il ne payent pas d’impôts sur ci, ils ne payent pas d’impôts sur ça… » comme explication-justification à l’emporte-pièce de la situation du peuple grec, et rebelotte, attention, les fascistes sont là, Aube Dorée, « d’ailleurs un antifasciste à récemment été assassiné dans une manifestation ».

Christine Lagarde a peut-être fait plus fort en affirmant que les enfants grecs étaient condamnés par les péchés de leurs pères et que les petits nigériens méritaient bien d’avantage que l’on s’intéresse à leur sort. Mais tout de même.

La salle n’a pas réagi à ces propos. J’ai fait un petit sondage en fin de débat, et j’ai (re ?) découvert que finalement les gens sont plutôt d’accord avec cette vision des choses.

Après avoir entendu cela, je l’avoue, j’ai plus ou moins décroché du blabla qui a suivi. J’étais en pensée avec ce peuple exsangue. J’étais en pensée en Grèce, en compassion avec ce peuple qui vit un martyr. Je me demandais si les propos de notre politicienne signifiaient que « Qui vit dans un pays où certains sont corrompus et certains ne payent pas d’impôts mérite la pire misère, la douleur d’une plus ou moins lente agonie, et l’horizon plombé qui annule l’avenir ? Châtiment collectif ! Je me demandais si c’était là les nouvelles règles du néo-libéralisme : qui ne paye pas d’impôts pour rembourser des dettes iniques, acheter des armes plutôt que de quoi chauffer les écoles et nourrir les enfants mérite : la mort lente, le désespoir absolu et l’application de ce principe de base de la loi du plus fort que nous décrit si bien Lafontaine dans le loup et l’agneau… Si ce n’est toi [le coupable], c’est donc ton frère… c’est donc quelqu’un des tiens,[et il est donc légitime que je te mange].

A ce compte-là, Français ou Belge, nous savons que quand cela nous arrivera nous l’auront bien mérité.

Mon cœur hier soir était avec ce peuple grec exsangue, lente agonie des uns, horizon d’avenir plombé pour tous…  voyant les requins dépecer le pays s’arrachant des morceaux de biens communs, de service publics, qu’ils se promettent de rendre « rentables », un mot dont on sait qu’il signifie encore plus de misère, plus de souffrances pour ceux qui en font les frais, n’ayant de cesse que d’avoir pris le dernier centime au fond de la dernière poche, du dernier habitant. Non, j’oubliais, on rectifie le tir, un peu moins d’austérité,  juste ce qui est nécessaire pour ne pas tuer trop vite la poule aux œufs  d’Or.

 Depuis 40 ans on ne cesse de nous annoncer, pour bientôt la fin de la « Crise », alors que de crise en crise, la « Crise » s’est faite toujours plus intense, toujours plus dure à vivre pour les peuples qui la payent. A présent, il semble que nous soyons entrés dans la même logique avec l’Austérité dont l’horizon de sortie est toujours repoussé, toujours plus lointain, toujours plus incertain surtout.

Hier je n’étais pas dans le même monde, pas dans le même projet de monde que cette politicienne, assez cependant pour saisir çà et là les ellipses de la démagogie, peu importe et pour voir confirmer une fois de plus que « populisme » s’il conserve son usage habituel, en a trouver un autre, « je ne suis pas populiste », signifie aujourd’hui, « Je suis honnête et sincère, puisqu’avec un grand réalisme et beaucoup de sérieux, je vous explique que les politiques de misère sont les seules viables dans la conjoncture actuelle ». . Et finalement l’évocation de la Hongrie ou de la Grèce, n’était là que pour nous signifier que e fascisme était à nos portes, et qu’on ferait lieux de voter pour l’ éco-gôôôche  si nous voulions avoir assez de miettes pour survivre et ne pas tomber sous les coups de battes des milices d’extrême-droite. Je caricature à peine.

Bon, nous le savons Pavlov Fyssas n’est pas un antifa tué dans une manifestation, mais bien à la sortie d’un bistrot sous le regard complice d’agents d’une police scandaleusement infiltrée par l’extrême-droite. Quand on entend cela, on se dit que finalement sa connaissance de la réalité grecque est fort limitée. Un peu comme la Méluche, autre député européen, quand il se met à parler de la Belgique et de cette Wallonie qui le fait baver  (beurk, il est déjà pas bien ragoutant au naturel, mais baveux… en plus) Le Parti de Gauche » Quoi de plus grec qu’un Belge en ce moment ? - La Belgique et la Grèce, Cochabamba et les droits de l’écosystème. Le parlement européen sans doute est-ce à Bruxelles, mais il faut croire que c’est un autre Bruxelles que la petite capitale de la Belgique qui est en décalage total avec Bruxelles, capitale de l’Europe, sorte de zone d’extra-territorialité qui grignote toujours plus de territoire aux habitants légitimes. Il faut croire aussi que député européen n’est pas député de l’Europe, même à gôôôche, qu’il n’a pas  un projet commun de solidarité des peuples – dont il serait à l’écoute - destinés à transcender les frontières pour construire un projet depuis la base qui nous unisse contre les agressions de la concurrence des grands contre les petits, une Europe, Marché Unique des Transnationales de l’Occident ( plus très triomphant, il a pris ces derniers temps pris un sacré coup dans ses ailes de rapace). Que chacun travaille pour sa chapelle, autrement dit son électorat…  et qu’être député européen ne demande pas plus qu’une connaissance d’hémicycle des réalités des habitants des pays pour lesquels on va voter, des lois, des directives, des réglementations.

Pour vous dire la vérité, je n’ai au aucune envie de me polluer la tête avec les salades pourries qui nous furent servies au cours de cette soirée, aussi joliment présentées qu’elles aient été, elles dégageaient comme le relent de moisissure du système en décomposition. Je suis repartie plus convaincue que jamais que les solutions, il faut les inventer nous-même et comme elles relèvent forcément d’alternatives toujours plus interdites, faire pression sur les démagogues pour qu’ils n’aient d’autres choix que de défendre nos espaces de liberté conquise est de bonne guerre.

Guerre ? Ce n’est pas une guerre économique sans quartier que subit le peuple grec ? Ce n’est pas cette guerre qu’à cautionné implicitement notre députée européenne en stigmatisant ce peuple, rendu en quelques mots, coupables de ce qui qui lui arrive ?

Anne W

PS… et si on parlait un peu de l’Espagne. Etu manque de solidarité avec le peuple espagnol en lutte, lors de la guerre civile, contre l’insurrection fasciste, soutenue par les armées fascistes italiennes et allemandes, et les pétroliers d’Outre-Atlantique… de quoi nous souvenir que la Seconde Guerre Mondiale a été rendue possible par l’absence de solidarité des peuples d’Occident qui n’a pas tué dans l’œuf la peste brune avant que son nom fasse sens. Ce qui nous met aujourd’hui face à une épidémie mondiale de fascisme bien plus inquiétante encore que les Grippes et autres fléaux..

 

 

 

 

 

 

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Published by Anne Wolff - dans anne humeur du jour
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Gilles Deleuze, février 1977.

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