8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 09:22

 

«Des sdf, trouvez-moi des sdf !»


Mardi 4 janvier 2012, le préfet du Rhône M. Carenco s’est rendu en grande pompe à Tassin la Demi-Lune pour l’ouverture d’un centre d’hébergement d’urgence dans le cadre du plan froid. Gyrophares, escorte policière, Monsieur le Maire, Monsieur le Directeur de la DDCS [1], Messieurs les Présidents d’associations, personnalités locales, tout était en place pour une belle opération de communication de la préfecture. Tout ?

Pas tout à fait…
Il manquait en effet des invités de taille…
Les SDF.

Quelle bourde… On avait pensé à tout, sauf aux SDF…

Le préfet allait se pré­sen­ter devant les camé­ras de télé­vi­sion et les jour­na­lis­tes pour mon­trer le bien fondé de sa poli­ti­que de lutte contre l’exclu­sion dans un centre d’héber­ge­ment vide. Pas un sans-abri à l’hori­zon.

L’expli­ca­tion de ce lourd dys­fonc­tion­ne­ment est toute simple. A Lyon comme ailleurs, la pré­fec­ture est à l’image du gou­ver­ne­ment. On tra­vaille dans la pré­ci­pi­ta­tion et l’approxi­ma­tion : coups de com’, impro­vi­sa­tion et aussi coups d sang.

Le lis­ting des per­son­nes admi­ses dans le centre n’a été com­mu­ni­qué que dans l’après-midi et les par­te­nai­res habi­tuels : Samu Social et Croix-Rouge n’avaient pas été pré­ve­nus à l’avance de la date exacte d’ouver­ture. Dans ces condi­tions, impos­si­ble de dire aux heu­reux élus qu’ils pou­vaient rejoin­dre le centre d’héber­ge­ment d’urgence dans la soirée.

A 18 heures 30, donc, pas de sans-abri dans le centre d’héber­ge­ment et le préfet, lui, qui va arri­ver avec les médias. Panique à bord. Tout le monde est pendu au télé­phone afin de trou­ver des SDF coûte que coûte.

A 19 heures, la DDCS donne alors la consi­gne au 115 de réqui­si­tion­ner tous les SDF dis­po­ni­bles pour rem­plir le centre devant le préfet et les camé­ras de télé­vi­sion.

A 19 heures 30, le Samu Social amène deux famil­les rou­mai­nes trou­vées dans la rue et à 20 heures, la mobi­li­sa­tion tar­dive ayant enfin pro­duit son effet, le centre refuse du monde. Le préfet et les camé­ras, eux, sont déjà repar­tis.

On ima­gine la tête des par­te­nai­res. L’un d’entre eux témoi­gne :

A 18 heures 30, j’appelle le 115 pour savoir s’il y a des places dis­po­ni­bles, on me répond que non. A 19 heures on me répond que oui et à 20 heures on me dit que fina­le­ment il n’y a plus de place. C’est du grand n’importe quoi.

L’his­toire pour­rait s’arrê­ter là et on pour­rait en rire, à défaut d’en pleu­rer.

Malheureusement, il faut bien que quelqu’un paye les pots cassés. Et oui, en Sarkozie, il faut tou­jours un cou­pa­ble que l’on punit. C’est comme ça. Cette fois encore, ce sont les plus dému­nis qui vont faire les frais de l’opé­ra­tion.

En effet, un res­pon­sa­ble, fou furieux de cons­ta­ter que les per­son­nes qui avaient une place sans le savoir ne s’étaient pas pré­sen­tées, dira en sub­stance : « Je m’engage per­son­nel­le­ment à ce que les per­son­nes qui ne sont pas venues ce soir retour­nent dans la rue et ne trou­vent pas d’héber­ge­ment… »

Dans la foulée, le cou­pe­ret tombe et l’oukaze est trans­mis : toutes les per­son­nes qui ne se sont pas pré­sen­tées sont rayées de la liste du centre d’héber­ge­ment d’urgence.
C’est brutal, c’est injuste, c’est stu­pide, mais c’est mal­heu­reu­se­ment très repré­sen­ta­tif des métho­des uti­li­sées actuel­le­ment par le pou­voir et ses roua­ges locaux.

Devant la télé­vi­sion locale pré­sente pour l’occa­sion, le préfet a eu cette cita­tion déli­cieuse qu’il a injus­te­ment attri­bué à Michel Mercier, Président du Conseil Général du Rhône et Ministre de la Justice, alors qu’elle est en réa­lité de Saint François de Sales : « Le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit »

Demander aux asso­cia­tions de rame­ner en urgence des sans-abri dans un centre d’héber­ge­ment uni­que­ment pour assu­rer le plan de com­mu­ni­ca­tion du préfet, ce n’est pas bien. Déplacer des sans-abri comme des pions après avoir nié leur exis­tence [2], ce n’est pas bien non plus. Rejeter à la rue des per­son­nes fra­gi­li­sées, des famil­les avec des enfants en bas âge, sim­ple­ment parce qu’elles ne se sont pas ren­dues à une convo­ca­tion qu’elles n’ont jamais reçu ce n’est pas bien du tout.

J’espère pour ma part que tout cela fera un peu de bruit.

Notes

[1] Direction Départementale de la Cohésion Sociale

[2] Lors d’une conférence de presse, le préfet Carenco a déclaré : « Nous ne laissons jamais personne dormir dehors… Les gens qui contactent le 115 vivent chez un tiers ou dans un squat. Ils ne dorment pas dehors. Vous ne pouvez donc pas écrire qu’ils sont sans-solution ou bien vous mentez ! » Source


Auteur : philippe alain - Source : Médiapart

 

Publié par Reineroro sur dazibaoueb

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Anne Wolff
  • : Comprendre la globalisation, apprendre à y résister
  • Contact

Profil

  • Anne Wolff
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité
  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité

No Pub

Malgré les publicités imposées dans sa nouvelles versions qui apparaissent sur ce blog,celui-ci reste un acte gratuit.

Recherche

Nouvelles formes du fascisme

"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

Toutes Dernières Archives