26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 01:48

 

 

High five, les néonazis de Malaisie !

Apparemment, vous aussi luttez pour une race pure

Par Nick Chester

Il y a quelques années, l’un de mes amis est parti s'installer en Malaisie, en quête d'une vie meilleure dans une contrée où les vêtements d'hiver n’existent que dans les magazines de mode. C’est aussi là où, pensait-il, il avait le moins de chances de tomber sur des trous de balle néonazis. Sur place, il a pourtant réussi à choper un job de chef du personnel dans un bar de punks malaisiens couverts de svastikas et de t-shirts Combat 18, qui radotaient des conneries à propos de la « malay power ».

Il se trouve que ces mecs faisaient partie d’un groupe de nationalistes d'extrême droite qui cherchent à nettoyer la Malaisie des gens n'appartenant pas à leur ethnie. Bien qu’elle soit un poil conne, cette volonté n'est pas si étonnante compte tenu du climat mondial actuel. Le truc surprenant, c'est le fait que ces mecs se prennent pour des fascistes, qu'ils soient amateurs de saluts nazis intempestifs et de Skrewdriver alors qu'ils ne sont pas du tout aryens. Adopter une vision du monde qui discrimine précisément votre propre « race », voilà une idée étrange.

On m’avait dit que Boot Axe était l'un des groupes punk les plus populaires du mouvement malay power. J'ai donc contacté Mr. Slay, un membre du groupe, afin d’essayer de comprendre les raisons qui poussent des Malaisiens à avoir ce genre d’idées.

VICE : Hey Slay, c'est quoi cette histoire de « malay power » là ?
Slay : Le malay power est important – nous tenons à conserver la communauté malaise sur tout l'archipel malaisien [cet archipel, situé entre l'Australie et l'Asie du Sud-Est, est considéré comme la terre natale du peuple malais]. Je fais partie de la seconde génération de combattants pour le malay power. La première génération, qui a fondé le mouvement, est moins active ces derniers temps. Le malay power trouve son origine historique le 13 mai 1969, le jour où les Chinois et les communautés malaises se sont affrontés. Le mouvement malay power punk et skinhead, lui, vient de Kuala Lumpur et est né au début des années 1990.

D'après ce que je sais, l'existence d'une ethnie malaise – qui serait originaire de l'archipel malaisien – a été suggérée par le scientifique allemand Johann Blumenbach. Mais l'existence de cette ethnie demeure polémique ; tout d'abord, la théorie de Blumenbach s'articule autour de l'idée qu'il n'y aurait que cinq ethnies dans le monde, ce qui est plutôt faux. J'ai l'impression que le racisme a une place importante dans votre idéologie, je me trompe ?
On est extrémistes en ce qui concerne l'ethnie malaise, mais ça ne veut pas dire qu'on est racistes. Rien à voir. Pour nous, il s'agit juste d'être ou ne pas être Malais.

OK. Quelle est l'importance de la culture nazie pour les Malais ? La Malaisie n'est pas un pays qu'on associerait spontanément avec Hitler.
La Malaisie est un foyer pour des gens de Chine et d'Inde, et le pays accueille des immigrés du Bangladesh, d'Afrique, du Sri Lanka, du Népal et de Birmanie. Le gouvernement ne peut pas contrôler l'entrée des immigrés et il en arrive beaucoup. On voit beaucoup de manifestations contre le gouvernement à ce sujet, mais rien de concret n'a été fait pour régler ce problème. L'origine ethnique est devenue un point important à cause de l'arrivée incontrôlée de beaucoup de ces étrangers dans notre société.

À quel niveau l'immigration vous affecte-t-elle ?
Les Malais ont été affectés sur le plan socio-économique. Les gens de notre ethnie sont aussi la proie de criminels de l'extérieur qui, une fois ici, vendent de la drogue, commettent des vols, des meurtres, des viols, et j'en passe. En cela, le nazisme nous a appris que nous pouvions mettre en place des actions racistes à partir du moment où le peuple malais est affecté par cette situation. Nous ne serons pas ouvertement racistes tant que le peuple malais ne sera pas en danger. Mais si les menaces se font pressantes, on agira.

Donc, vous n'êtes pas ouvertement hostiles aux minorités aujourd'hui ?
Si elles n’arrivent pas à cohabiter avec l'ethnie malaise, nous serons contre ces minorités. Mais si elles ne créent pas de problème, on ne leur en créera pas non plus.

En tant que nazis, que pensez-vous des juifs ?
Les groupes punk et les skinhead du malay power sont totalement antisémites et antisionistes. Si vous étudiez les origines des ancêtres du peuple malais, vous verrez que nous sommes liés aux juifs. D'après les écritures juives, une « tribu perdue » d'enfants d'Israël guidée par une puissance divine – des musulmans, donc – tuera les juifs sionistes en Palestine. Au début, les sionistes pensaient que les Indiens d'Amérique étaient les descendants de la tribu perdue. Ensuite, un scientifique et théologien américain, le professeur Ralph Olsen, a conclu que les Malais de la péninsule Malaise étaient les véritables descendants de cette tribu. Cette hypothèse est à moitié vraie. Les Malais ne sont pas à 100% les descendants de la tribu perdue, mais la théorie de Ralph Olsen quant aux aventures de cette ethnie perdue est des plus intéressantes.

C'est la première fois que j'entends parler de ça. Si je comprends bien, il existerait une idéologie islamique mélangée connectée au nazisme. C'est assez déroutant.
Le malay power est lié à l'Islam. Cependant, il n'a aucun lien avec un quelconque mouvement Islamiste.

J'ai remarqué que votre groupe semblait beaucoup aimer le slogan « blood and honor », celui-là même qui servait de nom à un groupe punk nazi britannique. Avez-vous été influencés par des néonazis anglais ?
Pas directement parce qu'on s'est rendu compte que les extrémistes du Royaume-Uni n'aimaient pas les asiatiques. On a juste pris le slogan « blood and honor » pour affirmer notre identité.

Vous écoutez des groupes nazis britanniques et américains ?
Ouais, j'écoute English Rose, Skrewdriver, Brutal Attack et Angry Aryan.

OK. Pensez-vous que Skrewdriver pourrait aimer Boot Axe ?
Non, je ne pense pas que notre musique les intéresse.

Merde. Y a-t-il des groupes néonazis dans d'autres pays d'Asie ?
Oui, en Indonésie, à Singapour et au Japon. À Singapour, il existe aussi un groupe de black metal nazi, As Sahar.

Est-ce que tous les néonazis malais sont punk ? Ou bien le nazisme malais s'étend-il au-delà des cultures punk et skinhead ?
Non, en effet tous les néonazis de Malaisie écoutent du son punk et skinhead.

Dans pas mal de pays, on trouve également des skins antifascistes. C'est aussi le cas en Malaisie ?
Ouais, bien sûr qu'ils existent. Mais ils n'osent pas s'attaquer à nous ouvertement. Ils ont peur.

Je dirais qu’une majorité de citoyens malais sont d'accord avec nous, même si ça a l’air difficile à croire. Et puis, comme je te l'ai dit plus tôt, on est pas forcément violents, ni extrémistes.

Comment qualifierais-tu le succès de votre mouvement jusqu’ici ?
Grâce à nous, les minorités ont peur de commettre des crimes en Malaisie. On les met en garde, on leur fait comprendre qu'il ne faut pas faire de bêtises. La violence n'est pas une solution à nos yeux. On commence toujours discrètement, on s'adresse aux immigrés avec politesse. Mais s'ils insistent, s'ils sont têtus comme des mules, on fera le nécessaire. On met également en place des œuvres de charité pour la Palestine, la Syrie, la Somalie et d'autres pays en guerre. On a aussi essayé de discuter avec le gouvernement des moyens de résoudre ce problème d'immigration – il nous a ignorés. Pour finir, je dirais qu’on est assez différents des néonazis européens qui revendiquent leur volonté d'éliminer toutes les « races » autres que la leur, la « race blanche ». On a commencé avec un peu de retenue. Mais on ira plus loin si les Malais de Malaisie sont menacés.

OK. Comment conciliez-vous donc le fait d'être nazi et celui de ne pas être Blanc ?
La plupart des organisations mondiales disent que le nazisme est un truc de Blancs. En effet, nous ne sommes pas aryens. Nous ne sommes pas blonds aux yeux bleus ; chez nous, c'est plutôt le teint hâlé, les yeux sombres et les cheveux noirs. On a juste adopté l'esprit associé au nazisme, c’est un symbole si l’on veut ; c'est une réponse du peuple malais aux problèmes ethniques.

OK Slay, merci pour ces précisions.

 

 

Source :
High five, les néonazis de Malaisie ! | VICE France

 

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