24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 15:53

 

 

 

En Colombie, 19 OOO enfants sont portés disparus, comme Jhon Danilo Alvarado, âgé de 13 ans,  qui partit de chez lui le 9 avril 2001. Il a pris l’autobus de 10 heures du matin depuis San Carlos, Antioquia, à destination de Medellin. A cette époque, la municipalité était le lieu de violents affrontements entre guérilleros et paramilitaires, et il était courant que les groupes enlèvent des gamins sur les routes pour les intégrer à leurs files. Jhon avait l’habitude d’envoyer un message à sa mère pour lui dire qu’il était bien arrivé.

Et soudain, ce jour-là, Flor Marina Alvarado ne reçut pas l’appel attendu. Ce fut la dernière fois qu’elle vit son fils et jusqu’ici elle n’a pas retrouvé la tranquillité, ni   reçu d’informations de la part du gouvernement sur ce qui est arrivé à son fils. « S’il est mort, en prison, avec la guérilla ou les paramilitaires, je n’en ai pas la moindre idée, je ne retrouverai la paix que quand aurai eu des nouvelles » dit-elle.

A présent les restes osseux de  4 172 enfants non identifiés ont été exhumés afin de faire des recherches d’identité en croisant les résultats d’analyse avec les données concernant les 19 000 disparus et des confrontations d’ADN avec celui des parents. C’est un défi technologique, mais surtout la condition pour que certaines familles puissent enfin faire leur deuil.

En ce qui concerne la participation des FARC à de telles exactions, par manque d’information précises et redondances de contre-informations contradictoires, je réserve mon opinion. Par contre j’ai pu consulter assez de documents qui se recoupent pour n’avoir aucun doute quant au terrorisme d’état comme partie prenante de cette guerre permanente de basse intensité maintenue dans le pays au nom des intérêts et de la sécurité des E.U entendre de la corporation des transnationales qui accaparent les territoires et richesses du pays. C’est presque 6millions de paysans qui ont été expulsés pour leur faire place.

En Colombie les disparitions forcée ne concernent pas que les enfants. Il y a 2 ans, le 23 mai 2011, l’ONU estimait leur nombre à plus de 57 200. La même année un rapport du Ministère Public donnent les chiffres de 173.183 assassinat et 34.467 disparitions forcées commis par les paramilitaire pendant une période de 5 ans. Et l’accession de Santos au pouvoir n’a pas mis un terme à ces crimes. Au contraire, en mai 2012 la Ligue des Droits de l’Homme (coordination Colombie –Europe) constate une constante augmentation. Et de nombreux cas ne sont pas rapportés par craintes des tentatives d’intimidations qui font partie de ce terrorisme d’état. Certaines de ces forces d’exterminations parastatales ont été formées par les conseillers des Opérations Spéciales étasuniennes dans le cadre du plan Colombie.

S’additionne le scandale des faux-positifs. Ainsi une maman voit partir sa fille avec un copain pour une fête dans un autre village, les deux s’éloignent sur leur vélo. Ils ne reviendront pas vivants. Assassinés, déguisés en guérilleros ils viennent grossir le nombre de ceux qui permettent le coup double pour les paramilitaires remplir les quotas qui leur donnent des avantages en nature ou financiers, et de donner consistance à la guérilla en multipliant les morts que l’on affublera d’un uniforme des FARC. Après leur coup d’état, les putschistes du Honduras qui sont venus prendre les conseils d’Uribe en matière d’extermination de la rébellion populaire, utiliseront des méthodes similaires. Un journaliste, assassiné sera ainsi retrouvé vêtue de ce même uniforme, une des stratégies des putschistes étant de prétendre qu’ils avaient agis entre autre parce que Zelaya, le président renversé tolérait la présence des FARC sur le territoire. Une assertion qui se fonde dans des documents retrouvés sur l’ordinateur d’un commandant des FARC, Paul Reyes, assassiné, documents qui ne seront jamais publiquement produits. Ils furent des milliers de jeunes gens, de paisibles paysans à être ainsi assassinés leurs corps jetés dans des charniers communs ou dissimulés souvent à jamais.

Les disparitions ont de terribles conséquences pour les proches, outre la douleur qui en résulte et les angoisses permanentes qu’elles suscitent, elles brisent des familles. L’un veut oublier alors que l’autre s’obstine jusqu’à l’obsession, les enfants se sentent délaissés par des parents qui ne pensent plus qu’aux disparus, multipliant ainsi le nombre des victimes et plongeant un pays dans un véritable état de douleur, de terreur permanent.

En Colombie, comme au Honduras (où ils sont 40 000 en fonction) les armées privées de mercenaires directement au service des transnationales et des grands propriétaires terriens, jouent un rôle grandissant dans ces processus d’extermination de la dissidence, des rebelles aux expulsions et dans le maintien d’un climat d’angoisse permanente, terrorisme.

Ce sont les mêmes corporations qui sévissent en Colombie, au Honduras, au Bangladesh, transnationales elles ne connaissent pas de frontières et ne veulent surtout pas être importunées par les besoins des populations locales. Seules les dernières résistances d’opinions publiques fort érodées font que Vinci qui paye  des assassins pour éliminer ceux qui s’opposent à ces projets en Russie, se contente de faire blesser par les forces de l’Ordre ex-nationale les résistants de Notre-Dame-des-Landes. Il ne s’agit ni de scrupules, ni d’éthique mais bien de stratégie. Il est donc important face à la mise à mal de nos dernières libertés de bien comprendre jusqu’où vont les mêmes quand rien ne vient contrecarrer leur action et que les gouvernements en sont les dociles complices comme en Colombie. Et il  semble bien que Hollande soit un complice immodérée de ce système de corporations qui a pour ambition de dominer le monde.

La Colombie s’est fait une spécialité des assassinats sélectifs. Depuis sa fondations en 1985, 5OOO militants de l’Union Patriotica, parti formé de la gauche qui s’écartant de la lutte armée voulait négocier une paix démocratique et durable dans la légalité, ont été assassinés par des paramilitaires au service du gouvernement et des groupes de narcotrafiquants ; et ce n’est qu’une toute petite partie des assassinats politiques dans le pays, ce sont des dizaines de milliers de personnes, paysans, ouvriers, intellectuels en lutte qui ont été massacré dans cette mouvance. Et les chiffres augmentent chaque jour, hier c’est la sœur d’un curé activiste pour la paix qui a été assassinée, il avait reçu des menaces venant de groupes paramilitaires,  on a retrouvé le  corps en partie calciné de sa sœur dans sa cabane incendiée, un message en lettre de sang disait « Fuera guerillero » Casse-toi guérillero ». Il y a actuellement plus de 9 500 prisonniers politiques dans le pays et il bat les records mondiaux d’assassinats de syndicalistes dans le monde en concentrant chaque année plus de 50 % du total de ces crimes dans le monde.

C’est aussi le modèle récemment donné par Obama de pays latino particulièrement démocratique, l’exemple qu’à ces yeux devrait suivre de gré ou de force les « « « dictatures » » » socialistes. Une démocratie proche de la version originaire athénienne où la politique est le loisir des riches délivrés du travail par le labeur des esclaves et la soumissions de leurs voisins. Le seul « « « progrès » » » les femmes ne sont plus reléguées dans le gynécée ce qui nous permet de bénéficier des Tatcher, Clinton et autres Merkel.

En terminant ce texte, j’ai une pensée triste pour tous ceux dont je n’ai pas parlé, qui sont morts assassinés, torturés, ceux qui sont emprisonnés, expulsés de leur terre, enfermés dans des sites de travail qui sont de véritables camps entourés de barbelés, surveillés par les mercenaires évoqués plus hauts, pour les sans-abris de Bogota assassinés par des groupe d’extrême-droite, les cousins d’Aube Dorée.. pour le peuple résistant du Honduras soumis à un traitement similaire depuis que le régime Obama y a  organisé en coup d’état en 2009, sa première action significative envers l’Amérique Latine. Et à présent par la bouche de Kerry, nous savons que cette fois la guerre est officiellement, à nouveau, déclarée aux forces vives de l’Amérique Latine, au gouvernement qui les incarne ou les favorisent. Je ne peux traduire tous ces faits chaque jour, mais alors qu’aujourd’hui de pauvres os, des restes anonymes d’enfant sont exhumés, que  l’horreur sort de ses tombes de misère et de haine, je voulais rappeler que la Colombie souffre, est déchirée, ne cesse d’appeler l’opinion publique à l’aide.

Rappeler aussi qu’il y a un peuple debout, un peuple en lutte, un peuple qui ne se laisse pas intimider et porte haut la voix des damnés de la terre. Un millions de personnes ont manifesté à Bogota, en faveur de la Paix, le mois dernier. Partout la résistance est présente. Elle va des groupes armés aux paysans unis dans des expériences communales, toujours menacées, toujours agressées, souvent démantelées. Et comme partout sur ce continent de l’espoir, il y a du cœur, de l’intelligence et du courage à revendre.

 

En guise de conclusion je reprends celle du texte dAtilio Boron  L’empire n’a pas pu empêcher l’Unasur

C’est la meilleure synthèse, directe, claire et nette que j’ai rencontré de la donne actuelle. L’Amérique Latine est en état de guerre globale permanente de « « « basse » » »  intensité depuis des décennies provocant l’assassinat systématique des forces d’espoir et la poursuite discrète mais efficace du génocide des peuples natifs. Pour ceux qui ne veulent pas d’une nouvelle donne mondiale comme partage de domination et d’influence entre l’ancienne et des nouvelles grandes puissances Russe ou Chinoise, mais bien d’un monde communal où les habitants de la Terre tiennent fermement en main les rênes de leur destin, elle est aussi le continent de l’espoir. Comme telle, exemple pour le monde d’un modèle inédit de pouvoir populaire, et en tant que région riche de terre et d’eau et ressources naturelles elle est l’enjeu d’une guerre un lieu clé pour l’avenir du monde qui traverse une période d’instabilité, prélude à une transformation radicale. Des liens forts ce sont tissés entre les peuples du continent et d’autres se renforcent avec les peuples d’Afrique et d’Asie, l’Europe de plus en plus critiquée, s’exclut de ce rhizome par son nombrilisme, son individualisme et l’attitude résolument colonialiste d’une grande partie de la population. Pourtant à l’heure de la grande bataille nous ne serons pas épargnés, pris en cisaille entre l’avidité des transnationales et le ressentiment des peuples dont nous avons détruits avec violence, mépris et insolence les habitants, les pays, les modes de vie, nous risquons de payer très cher ce manque d’humanité.

 

(…) l’époque que nous traversons fera que la lutte de nos peuples pour l’auto-détermination nationale et la construction d’une vraie démocratie sera ardue et prolongée.  

(…)Nous savons que les impérialistes ne se considéreront pas comme vaincus très facilement car leur défaite sera non seulement politique mais affectera de manière décisive un mode de vie basé sur le gaspillage et l’agression de la nature, qui est insoutenable à moyen terme. Ils se défendront becs et ongles et rien ne les arrêtera ; tout crime, atrocité ou acte de barbarie sera justifié en faisant appel aux prétextes et rationalisations traditionnels : la défense de la liberté, la démocratie, la justice. Et l’Amérique latine, région absolument prioritaire, sera la zone où se livreront ses premiers combats et aussi l’ultime, le final et décisif.

Les premiers, parce que les impérialistes peuvent se résigner à perdre l’Afrique, l’Asie et même l’Europe, mais jamais l’Amérique latine, et sur ces terres ils déchargeront tout leur infernal appareil militaire sur ceux qui seront perçus comme posant les plus élémentaires questions sur leur oppression. L’ultime combat, parce que détruites ses bases de soutien dans d’autres régions du monde, ils chercheront un refuge dans nos pays, se faisant les champions de l’insularité américaine, qui prétendument, mettra l’empire à l’abri de toute incursion terrestre de forces ennemies extracontinentales.

Pour cela, la lutte doit continuer sans aucune pause. La « bataille des idées » est un des scénarios de cette lutte. Pas le seul, mais elle est très importante. Ce livre prétend être une modeste contribution à cette entreprise.

Atilio Boron

 

Anne Wolff

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Gilles Deleuze, février 1977.

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