8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 17:56

 

 

Quelques réflexions qui me sont venues après lectures de document dont je vous recommande vivement la lecture, comme toujours avec le Laboratoire Urbanisme Insurrectionnel c’est de la toute bonne qualité !  

Laboratoire Urbanisme Insurrectionnel: Nomadisme Hippy | Tourisme Néo-Hippy


Adolescente dans les 70 je me suis trouvée à la croisée de la militance et du mouvement hippy. Un monde touchait à sa fin j’en ai vu les dernières étincelles. Morcellement d’une gauche implosée devenue inefficiente,  hippy ravagé par la drogue, devant mes yeux éblouis, j’ai vu s’éteindre le feu et cette ardeur qui nous a donné l’illusion un moment de passer en dansant le seuil d’un monde nouveau délivré de ces chaînes.

Une dimension oubliée de ce mouvement de vagabonds, ce sont ces nouveaux goliards, étudiants saltimbanques qui installent leurs universités là où ils rencontrent la sagesse. S’ils crachent sur l’enseignement officiel, ils n’ont peut-être pas tort, s’ils partent en quête d’autres sources de savoirs qui répondent mieux à leur projet de monde, c’est qu’ils n‘ont pas envie d’user leur belle vitalité à poireauter sur des bancs d’école pour apprendre des contre-vérités qu’il leur faudra désapprendre par la suite. Il y a au sein du mouvement hippy une tradition qui est plus proche du compagnonnage, certains peaufinent leur savoir-faire, apprenant aux cours de leurs voyages des techniques nouvelles, d’autres cherchent des enseignements plus spirituels ou s’initient à des médecines traditionnelles.

Contestataires de gauche et mouvement hippy, nous sommes en fait très proches et beaucoup d’entre nous passent de l’un à l’autre donnant naissance à ce qui aurait pu être une nouvelle force vive de résistance créative  qui prendrait la place laissée vacante par la trahison d’une grande partie de la gauche qui gardent l’étiquette mais ont changé le contenu du produit. Les cadres des partis fulminent et sévissent contre les militant(e)s qui s’éloignent de la ligne et abandonnent l’esprit de sérieux de la militance, et ses interminables affrontements théoriques entre petits chefs, pour des programmes un peu plus joyeux qui permettent de construire et vivre déjà maintenant ce monde plus agréable sans être obligé d’en passer par les étapes obligées des manuels de l’eschatologie communiste.

Il y a lors un point de rupture pour la gauche qui va perdre beaucoup de ces sympathisants qui comprennent que ce qui motivent les dirigeants des mouvements est bien plus la conquête du pouvoir que le bien être d’un peuple dont ils n’ont souvent qu’une vague idée. Ils sont l’avant-garde, ils sont l’élite et souvent très prétentieux et méprisent un peuple qu’ils considèrent comme des masses à mettre en mouvement de manière à ce qu’elles les portent vers le pouvoir.

C’est encore et toujours la même rupture entre la gauche communaliste et autogestionnaire,  organisée en communes autonomes et cette gauche qui ambitionne d’être les dirigeants d’une société de capitalisme d’état dont ils tiennent les rênes et peuvent tirer avantage. Ce sont les mêmes qui vont se rallier au social libéralisme, le projet de gauche ayant échoué, ils ont fait allégeance aux maîtres du Capital qui pourra leur conférer les pouvoirs sont le peuple dont le monde a été confisqués ne disposent plus. L’étiquette « gauche » devient alors comme toute étiquette commerciale, un label qui fait vendre certains produits que certains électeurs n’achèteraient pas sous l’étiquette droite, même si le produit est le même.

La zizanie (entre les militants) et la défonce (des enfants-fleurs) ont lis un terme à l’espoir, après est venue une génération prête au cauchemar à venir qui clamait « no futur ». Que tout cela ait été voulu et manipulé de l’extérieur n’explique pas tout. Les consciences sont prêtes ou non à construire le monde sur de nouvelles fondations, comme elles sont prêtes ou non à céder aux attraits de la diversion,  à convoiter la verroterie que leur offre le colonisateur en échange des ressources vives du pays, elles sont prête ou non à recevoir les matrices d’opinion comme parole d’évangile, à suivre ou on de nouveaux messies qui leur promettent la tête des nouveaux aristocrates brandies tranchées au bout des piques.

 

 

Si les semeurs de zizanies (trolls de l’époque) aux ordres ou non, vont faire imploser la gauche en toujours plus de groupuscules toujours plus insignifiants ou plus traîtres, l’illusion de la drogue et la destruction qui s’en suit fait partie de ce qui conduit le mouvement hippy à son annihilation. Aux joyeux inventeurs de rêve en action, les yeux brillants de joie ont succédés les cadavres ambulants, hagards, le regard vide des junkies.

La quête du bonheur sur terre que l’on bâti avec ses rires et sa sueur succède celle désespéré de cette poudre qui tue en pleine vie. Au dynamisme succède l’apathie, pendant que la gauche entre dans des querelles de clocher, toujours plus morcelée et qui se prolongent jusqu’aujourd’hui. La gauche devenue inconsistante ou traître n’offre plus d’alternative, le contrat social met un terme aux aspirations de gauche qui transfert ses espoirs et ses caisses de solidarité et autres prérogatives au diable déguisé en Etats-Providence, le temps de leurrer le larron et d’éradiquer le communisme et les ébauche de communalité dans le monde.

A présent nous sommes bien plus nombreux sur Terre, et beaucoup de nouveaux venus sont des enfants sans mémoires. Je suis toujours surprise de voir à quel point même des militants de longue date ont des cultures d’histoire politique de la grandeur de petit pois.

Les nouveaux courants de reterritorialisation qui s’inscrivent aujourd’hui dans le paysage, ces courants de refondation sont les héritiers d’un syncrétisme qui tient à la fois du mouvement hippy et de la gauche qui reconnait ses frères et ses sœurs dans tous les opprimés de la Terre  Certains sont, comme les peuples indigènes d’Abya Yala les héritiers directs d’une sagesse ancestrale, cette sagesse objet de la quête de certains hippies.

La richesse du syncrétisme multiculturel est la meilleure réponse que nous puissions offrir à la stérilisation par acculturation.

Je vous renvoie donc à ce document précieux, pour ceux qui ont vécu cette période il éveillera très certainement de bons souvenirs et de plus triste aussi,  quand tout cela a disparu après que les CRS déboulent la matraque à la main sur les plages où brûlaient nos feux, mettent à sac nos marchés, je les renvois saccageant les étales souvent de simples couvertures, ils frappent, ils détruisent, ils arrêtent, ils interdisent. L’espace nomade où nous posions nos campements est confisqué.

J’ai dansé maquillée de paillette sur la place de l’Horloge d’Avignon,  nous étions fous, nous étions heureux, nous étions libres et plein d’espoir, le monde nous appartenait. Bien plus tard, j’y suis revenue. Tout semblait aseptisé, en plein été à part les gens assis aux terrasses et quelques rares passant, la place autrefois en fête était déserte, j’ai voulu m’asseoir sur un bloc de pierre, directement un flic est venu pour me faire signe de me lever… consommatrice au terrasses ou rien. Ce n’était plus le même monde.

Mais je n’ai pas oublié, et partout toujours, chaque fois que j’aurai les moyens d’en faire revivre un petit bout, seule ou collectivement j’en recréerai un petit bout, parce que c’était beau, magique, lumineux, du bonheur en action.

 

Une excellente histoire et synthèse de toutes les dimensions de ce mouvement, toujours vivant, toujours présent sous d'autres forme, incontournable pour comprendre de qui certains d'entre nous sont aussi les héritiers aujourd'hui (Laboratoire Urbanisme Insurrectionnel: Nomadisme Hippy | Tourisme Néo-Hippy)


NOMADISME HIPPY 

 

 

 

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Gilles Deleuze, février 1977.

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