2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 19:24

Avec ce communiqué nous voulons revendiquer les actions suivantes, comme faisant parti d’une lutte pour la destruction de l’État, du Capital, du patriarcat et tout système de domination, une lutte pour la création libre de relations volontaires et solidaires à niveau global et au niveau local; en d’autres termes, un lutte pour l’anarchie.

5 janvier : le soir nous avons conté une histoire à un enfant sur les maquis et la lutte anarchiste contre Franco et contre la démocratie.

13 janvier : nous avons cuisiné un repas sain pour une compagnonne qui a une maladie chronique.

17 janvier : nous avons écrit une lettre à un compagnon en prison pour avoir participé à une émeute.

12 février : nous avons gardé les enfants d’amis en situation de précarité économique obligés de se salarier.

16 février : nous avons discuté ouvertement avec nos voisins au sujet de la nécessité de brûler des banques et d’attaquer la police pour réaliser nos rêves.

19 février : nous avons dit à des activistes de gauche que les encapuchonnés n’étaient pas des flic infiltrés mais que c’était nous, et qu’il était bien de se mettre une capuche et de prendre les rues par la force.

28 février : nous avons offert des légumes de notre jardin à des amis et des voisins, sans argent ni contre-partie.

Pourquoi nous revendiquons ces actions ? Ces derniers mois nous avons aussi renversé des poubelles, brûlé des banques, blessé des journalistes, brisé des vitrines de magasin et attaqué des policiers.

Pour nous les attaques contre le système sont essentielles dans notre lutte. Mais nous nous sommes trompés nous-même. Une lutte ne consiste pas seulement en des attaques. Les attaques NE sont PAS plus importantes que la nécessité de prendre soin de nous, de maintenir et diffuser notre histoire collective, de créer des relations basées sur le don, la solidarité et la réciprocité, d’imaginer de nouveaux mondes et de nouvelles luttes, de confronter notre isolement et d’établir des relations subversives et honnêtes avec des gens qui sont en dehors du ghetto catégorique et politique dans lequel le Spectacle nous cache.

Il devient évident que nous avons perdu à plusieurs reprises dans le passé, et que le plus dur de tout est la fracture historique et la perte de notre mémoire de lutte; c’est de devoir partir de rien. L’hyper-aliénation, contre laquelle le nihilisme est la réponse logique, n’est pas plus que le résultat de la défaite dans des luttes passées. Nous nous trouvons dans un ensemble qu’il faut détruire, uniquement parce qu’il ne reste plus rien de ce que nous avons construit dans le passé. Pour ne pas tout perdre à chaque fois que nous nous soulevons, nous devons nous soutenir, pas comme des individus isolés mais comme une commune, comme une lutte collective et multi-générationnelle. Et ça, on ne peut pas l’obtenir en donnant une priorité exclusive aux attaques.

La hiérarchie des tactiques appartenant à la gauche a été très peu modifiée au sein du nihilisme : ils ont choisi le fer de lance, les actions soi-disant plus importantes, comme les seules qui importaient, et ils ont oublié le reste.

C’est une vision patriarcale et contre-productive. C’est l’oubli de toutes les actions, d’abord invisibilisées par le patriarcat, ensuite par le capitalisme, et enfin par la gauche soi-disant anticapitaliste, qui sont nécessaires pour la vie et aussi pour la lutte. La tactique la plus agressive n’a de sens et ne peut être soutenue que dans un complexe d’actions de tout type, tant qu’elles sont libertaires et directes. 

En ne comprenant pas que lutter signifie porter avec nous un nouveau monde qui attend de naître des cendres du système de domination, nous nous transformons en de simples armes contre le capitalisme, en outils destinés à détruire, sans les autres choses dont les humains avons besoin pour vivre et lutter. C’est le capitalisme qui veut nous traiter comme des outils. Nous ne devrions pas faire la même chose.

En vrai ça nous fait plaisir d’entendre parler des attaques des nihilistes et d’autres compagnons. Nous savons très bien que le courage et la rage sont deux des éléments les plus importants pour se rebeller. En particulier à Barcelone, il nous a semblé que c’était une erreur que ces dernières années il y ait moins d’attaques illégales alors que sont apparues plus d’opportunités de participer à des espaces larges. Naturellement, l’augmentation des attaques, réalisées par des nihilistes et par des compagnons plutôt “sociaux”, nous a plus. Et à un niveau global, nous avons ri lorsque nous avons appris que le directeur de la centrale nucléaire Ansaldo en Italie s’était pris une balle dans le genou et ça nous a fait plaisir de lire des cartes de compagnons (nihilistes et autres) emprisonnés en Grèce qui ne se sont pas laissé prendre par la peur.

Mais trop de fois nous avons vu des compagnons qui, à cause du désespoir, de l’impatience et de l’aliénation, se sont négligemment jetés dans la guerre contre l’État que nous vivons tous au quotidien. Ils ont toujours finis morts ou en prison, et ceci plusieurs fois en moins d’un an. Et ensuite qu’est-ce qui s’est passé ? Les compagnons qui avons survécu nous avons fait tout ce que nous pouvions pour nous entre-aider et aider les prisonniers, pour ne pas oublier ceux assassinés, pour ne pas laisser la répression prendre le dessus, pour ne pas perdre toute notre force et ne pas permettre une fracture historique qui nous enlèverait notre mémoire collective de lutte.

Mais peu à peu cette mémoire se perd, et tous les quatre ans apparait un nouveau groupe qui néglige les autres tâches de la lutte pour se consacrer uniquement à la destruction de notre ennemi commun. Et lorsque nous les soutenons mais aussi lorsque nous les critiquons, ou même parfois sans même les critiquer, ils nous traitent de lâches pour nous consacrer à d’autres tâches (bien que nous participons aussi aux émeutes ou aux actions nocturnes), pour diverger avec eux idéologiquement et ne pas glorifier leur groupe ou fédération informelle.

Ils ne savent pas à quel point ils ont déjà perdu, parce qu’une tâche qu’ils négligent c’est la transmission de la mémoire.[1] Au lieu d’une mémoire profonde, vivante et stratégique, ils ont seulement leurs martyrologies. Et ainsi nous devons voir comment nos amis et compagnons deviennent des symboles, et finalement des armes, de l’idéologie. Certains des compagnons morts étaient effectivement nihilistes. Mais au sein de la martyrologie nihiliste il y a aussi des compagnons qui sont récupérés et qui ne faisaient parti d’aucune de ces bandes, ou bien qui appartenaient clairement à l’autre bande de cette division stupide entre “sociaux” et “antisociaux” (comme Lambros Foundas). Leurs noms et images sont utilisées pour encourager des attaques, la destruction totale, sans s’arrêter pour réfléchir sur leur erreurs ou sur les vrais projets que ces compagnons avaient lorsqu’ils étaient vivants.

C’est évident que nous devons lutter, et ça implique des possibilités de mort ou de prison. Mais ça ne signifie pas que nous devons célébrer la mort ou la prison. Le suicide aussi est une forme de résistance, mais n’est pas révolutionnaire.

C’est évident que nous devons nous souvenir de nos morts et prisonniers, mais ça ne veut pas dire de les transformer en martyres ou héros.

En conclusion, nous voulons critiquer l’état actuel de la littérature anarchiste, comme étant basée de façon disproportionnée sur des communiqués superficiels qui manquent de contexte, d’analyses et de réflexion, et qui seulement mettent en valeur les attaques et pas les autres tâches que nous devons effectuer pour nous maintenir vivants et forts.

Bien sûr, cela nous aide à être au courant des actions clandestines faites par d’autres compagnons. Cela nous donne la force et la joie de lire qu’un symbole du pouvoir a été cassé ou brûlé. Mais c’est beaucoup plus utile de penser ( et écrire) au sujet des stratégies de conflictualité, selon chaque moment et lieu, au lieu d’encourager la vision quantitative de la lutte.

Nous refusons de convertir notre rébellion en une équation mathématique pour mesurer notre rage : plus nous donnons de coups et nous faisons des incendies, plus forts nous serons; plus importants sont les dommages, plus importante sera l’action. C’est la pensée d’un économiste, d’un général ou d’un idiot.

Pour toutes ces raisons, nous avons décidé d’écrire ce communiqué pour revendiquer une série d’actions que nous considérons aussi importantes que les attaques qui ont lieu actuellement. Ce sont des actions que nous faisons chaque semaine, normalement sans le penser deux fois ni le publier sur internet. Nous les publions maintenant pour rendre visible une préoccupation personnelle et une faiblesse généralisée à travers l’espace anarchiste.

CONTRE LES COMMUNIQUÉS !
POUR L’ANARCHIE ET TOUTES LES TÂCHES DE LA LUTTE !

 

Source : Barcelone : Communiqué d’actions anarchistes et réponse aux nihilistes « Contra Info

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Gilles Deleuze, février 1977.

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