28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 10:10

Quelques images du monde qui se renvoient les unes aux autres, voyez Athènes en 2009.

Que dire quand des médecins doivent en venir à soigner clandestinement les malades, que dire quand  distribuer de la nourriture est interdit parmi tant d'autres choses, c'est cela aussi Athènes aujourd’hui, c’est l’agressivité qui monte, les querelles qui éclatent en permanence pour un oui, pour un non… quand chacun n’a plus d’autre choix que de donner le pire de lui-même, et c’est pourquoi il m’arrive de nommer ce monde le monde du pire, un état de guerre permanent de tous contre tous, et de soupçon, de délation, de violence qui deviennent « de bonne guerre »… il n’y a pas de bonne guerre..

Ce que raconte les deux moments qui suivent, je l'ai vécu, je le vis, à Bruxelles. Tous ne sont pas touchés, mais ceux qui vivent les situations les plus précaires vivent des dérives similaires, je peux suivre ce qui ce passe en Grèce en parallèle ou comme anticipation de ce que je vois, de ce que je vis ici.

Nous qui vivions détendus, il y a quelques années, nous apprenons à surveiller nos arrières.

Et depuis quelques années, je m'interroge sur ce phénomène inquiétant, il semble bien que toute possibilité d'alternative soit systématiquement supprimée.

Il m'a fallu des années pour trouver la réponse à cette question... quand et comment cette notion d'exclusion a-t-elle fait son apparition ? Avant il y avait des marginaux et j'en étais, une bonne partie de la population considérait avec sympathie ceux qui amenaient un peu d'originalité dans la société. Pourquoi ? Parce que tous savaient que ces marges étaient des nécessaires viviers de créativité, que de ce terreau naissaient les poètes, les artistes, les inventeurs...

L'exclusion n'a commencé qu'avec ce lent gommage de la marge qui voudrait que quand on ne se soumet pas, il n'y ait plus « d'ailleurs », on est alors exclu du seul monde possible, le leur.

Un monde sans inventeurs.

Regardez Athènes hier, et Athènes aujourd'hui. Quand ils auront totalement fini d'effacer les marges ce sera comme là-bas, ici... C'est l'enjeu de Notre-Dame-des-Landes qui symbolise aujourd’hui les enjeux d'un combat qui se déroule partout ailleurs… c’est d’une guerre qu’il s’agit.

 

28 juin 2009


Un avant-goût de ce que j'entends par "se réapproprier le politique".


Athènes, dans le quartier d’Exarchia, à quelques pas de la rue où un policier a tué Alexis Grigoropoulos, quinze ans, le 6 décembre dernier. Les murs sont couverts de tags multicolores, de peintures, de tracts et d’affiches. Au coin de la rue Novarinou et Zoodochou Pigis, des passants ébahis découvrent le Parka, un jardin autogéré créé peu après les émeutes de cet hiver.


Un matin de mars, des habitants du quartier ont fait exploser le béton de cet ancien parking pour y planter des arbres et des fleurs, sans rien demander à la municipalité, réputée corrompue et inefficace. Tout le monde a mis la main à la pâte suivant ses envies et ses possibilités. Certains ont manié le marteau-piqueur, des paysagistes ont donné de jeunes arbres et des plantes. D’autres ont fabriqué les tables et les bancs, des artistes ont peint les murs et les panneaux de bois qui protègent le jardin.


Un coin de la place a été recouvert de sable noir pour y installer des jeux en bois pour les enfants. L’ancien abri du gardien de parking, repeint en bleu et jaune, sert d’appentis pour les outils, de petit café et éventuellement de chambre pour ceux qui n’ont nulle part où dormir. À l’autre bout, des vêtements sont accrochés sur des fils tendus entre les arbres. Des chaussures, des livres, des disques sont posés sur des tables. Chacun se sert et donne ce dont il n’a plus besoin, en suivant une règle pas d’argent.


Les musiciens grattent leur bouzouki, leur violon, leur guitare. Assis par terre ou sur les bancs disposés au hasard, on chante le rebetiko, ces chansons populaires grecques qui parlent d’exil, de destin et de deuil. Dimitrio, trente-deux ans, travaille comme cuisinière dans un restaurant du quartier. Elle est là depuis le début du projet. «Aujourd’hui c’est plutôt calme, normalement il y a beaucoup plus de monde. Les parents adorent emmener leurs enfants ici, parce qu’avant il n’y avait aucun espace vert dans le quartier. La municipalité voit ça d’un mauvais œil. Les policiers ont fait une descente, la semaine dernière, pendant la nuit. Mais je ne pense pas qu’ils vont réussir à détruire cet endroit.»


Des réunions ouvertes à tous ont lieu deux fois par semaine, afin que tout ce qui concerne le jardin soit décidé collectivement. Les discussions vont de l’aménagement de l’espace aux questions légales. On y discute, par exemple, de la stratégie de défense du projet, au cas où la municipalité leur intenterait un procès. Il fait vraiment bon lézarder à Plaka Novarinou, discuter sur un banc, refaire le monde et prendre son temps. «Bien sûr que c’est une idée géniale !» sourit Panos, vingt-trois ans, étudiant en ingénierie électrique et anarchiste. «J’aimerais que ce genre d’endroit se généralise. Que les gens participent, s’investissent dans la gestion de leur école, de leur entreprise, de leur quartier. Qu’ils puissent s’exprimer et décider librement, collectivement, sans hiérarchie.» Selon lui, si les assemblées générales de cet hiver n’ont rien changé à la situation politique, elles ont permis aux habitants de se rencontrer et de prendre conscience de leur pouvoir.


Victoire Tuaillon - L’Humanité, 25 juin 2009.

Le Jura Libertaire

 

 

Décembre 2012

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Wolf Richter*

Cet article a précédemment été publié en anglais sur le site Testosterone Pit

 

Je me demande ce que peut encore endurer cette société avant qu’elle n’explose", a déclaré Georg Pieper, un psychothérapeute allemand spécialisé dans les troubles de stress post-traumatique qui font suite à des catastrophes, de gros accidents, des actes de violences, la libération d’otage et beaucoup d’autres choses. Mais cette fois, il parlait de la Grèce.


Il a passé plusieurs jours à Athènes à donner des conférences à des psychologues, des psychiatres ou encore des docteurs sur la thérapie des traumatismes – pro bono bien évidemment, n’oublions pas que le pays est en crise. Il était par ailleurs accompagné de Melanie Mühl, journaliste pour le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine. Dans son rapport, elle dénonce la façon dont les “nouveaux consommateurs” en Allemagne ont été nourris par la crise en Grèce.

 


Il ne s’agissait « pas plus qu’une lointaine menace, quelque part à l’horizon » définie par des termes à peine compréhensibles, tels que renflouement des banques, trous de milliards d’euros, mauvaise gestion, Troïka, ou encore rachat de la dette…


"Au lieu de comprendre le contexte mondial, on voit le visage grave d’Angela Merkel qui sort de limousines noires à Berlin, Bruxelles ou ailleurs, en route vers un nouveau sommet au cours duquel de nouvelles décisions concernant le sauvetage de la Grèce et donc de l’Europe doivent être prises".


Mais ce qui se passe vraiment en Grèce n’est jamais évoqué par les médias. Georg Pieper parle de ce phénomène comme d’"un formidable exploit de répression".


Et c’est ainsi qu’ils parlent de leurs découvertes qui ne peuvent pas être revêtues du jargon habituel lié au sauvetage de l’euro : des femmes enceintes courent d’hôpitaux en hôpitaux, suppliant qu’on les admette pour les faire accoucher. Mais elles n’ont pas d’assurance santé ni même d’argent, et personne ne veut les aider. Les personnes qui appartenaient à la classe moyenne ramassent désormais les fruits et légumes qui sont laissés sur le trottoir quand les marchés s’arrêtent.   

 


(J’ai même été témoin de ce triste ramassage à Paris ; si Melanie Mühl passait un peu de temps à regarder autour d’elle, elle verrait que cela arrive également en Allemagne. La Grèce n’est pas le seul pays où les gens, détruits par le chômage et la baisse des salaires, déploient des mesures désespérées pour arriver à manger le soir. Et les plus grandes associations de consommateurs de réagir : La "paupérisation de l’Europe" )



Déchirant, le sort des Grecs. C’est notamment le cas de ce vieil homme, qui a travaillé plus de 40 ans, et voit pourtant aujourd’hui sa retraite diminuer de moitié, à tel point qu’il ne peut plus acheter ses médicaments pour ses problèmes cardiaques. Avant d’être admis à l’hôpital, il a dû apporter ses propres draps et sa propre nourriture. Le personnel chargé du nettoyage de l’hôpital ayant été renvoyé, les docteurs et infirmières, qui ne sont plus payés depuis des mois, ont dû se charger eux-mêmes des lessives. L’établissement hospitalier s’est par ailleurs retrouvé à cours de fournitures médicales de base, notamment des gants en latex et des cathéters. Quant au nombre de suicides, il a doublé ces trois dernières années – deux tiers d’entre eux étant des suicides d’hommes

 

 

Le « traumatisme collectif » est le terme utilisé par Georg Pieper pour décrire cette société grecque dont le fond a été sorti de dessous. "Les hommes sont particulièrement touchés par la crise" étant donné que leurs salaires ont été réduit à néant avec la disparition de leur travail assure Georg Pieper. Ils sont donc remplis de colère contre un système complètement corrompu et un gouvernement qui ne cesse de les voler et qui a causé beaucoup de mal au pays. Ils sont aussi furieux contre les politiques de sauvetages internationales dont l’argent n’a bénéficié qu’aux banques, et non pas aux personnes comme eux.


Ces hommes rabattent alors leur colère sur les membres de leur famille, et leurs fils évacuent cette haine dans les rues. Ce qui explique le nombre toujours plus important de gangs violents qui s’en prennent aux minorités. Le désir de survie est énorme chez l’homme, ce qui lui permet de surmonter des situations extrêmement difficiles. Mais pour y arriver, il a aussi besoin d’une société qui fonctionne, avec des structures réelles et des filets de sécurité. Or en Grèce, la société a été tellement creusée ces dernières années qu’elle est désormais sur le point de s’effondrer.

 


"Dans une situation aussi dramatique que celle vécue en Grèce, l’être humain se transforme en prédateur, ne gardant à l’esprit que sa propre survie", explique Georg Pieper. "La simple nécessité le pousse dans l’irrationalité, et dans le pire des cas, cette irrationalité peut se muer en criminalité". A ce stade, "la solidarité est remplacée par l’égoïsme" dans la société, précise-t-il.


Georg Pieper se demande donc "ce que peut encore endurer cette société avant l’explosion". La Grèce est au bord de la guerre civile, affirme-t-il, et ce n’est plus qu’une question de temps avant qu’un désespoir collectif ne se transforme en violence et ne se diffuse dans tout le pays. Simple ricochet de la politique de sauvetage de l’euro.


Tandis que la zone euro s’agite pour ne pas s’enfoncer dans la crise de la dette qui noie la Grèce et les autres pays périphériques, et que l’Union européenne s’efforce de faire front commun avec plus de gouvernance de technocrates qui n’ont pas été élus, la Suède commence à avoir des doutes : jamais l’hostilité contre l’euro n’aura été aussi grande.

 

Atlantico

 

*Wolf Richter a dirigé pendant une décennie un grand concessionnaire Ford et ses filiales, expérience qui lui a inspiré son roman Testosterone Pit, une fiction humoristique sur le monde des commerciaux et de leurs managers. Après 20 ans d'expérience dans la finance à des postes de direction, il a tout quitté pour voyager en France, puis a parcouru plus de 100 pays en l'espace de trois ans, sur tous les continents.

 

http://www.mleray.info/article-on-a-sauve-l-euro-la-grece-au-bord-de-la-guerre-civile-113813555.html

 

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Published by Anne Wolff - dans L'empire : hégémonie
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