23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 20:29

 

 



A l’occasion de son passage en France, Angela a rencontré la presse à plusieurs reprises. Ci-dessous l’entretien accordé à Télérama du 3 avril

Angela Davis en quelques dates

1944 Naissance à Birmingham, en Alabama.

1969 Renvoi de l’université de San Diego, où elle enseignait la philosophie.

1970 Accusée de meurtre, enlèvement et conspiration, elle sera acquittée en 1972.

1981 Parution de son livre : Femmes, race et classe.

1997 Fait son coming out.

1998 Cofonde Critical Resistance, ONG militant pour l’abolition de la prison.

A 69 ans, l’égérie américaine de la contestation n’a rien perdu de sa pugnacité. Plus que jamais, elle veut la peau du système carcéral et de son juteux business

Bien sût•, les années ont passé. Angela Davis, 69 ans, n’a plus son mythique casque afro et n’enchaîne plus les gauloises sans filtre. Mais, pour le reste, tout est là, intact, la beauté de son visage, la présence forte et sereine, la détermination, la radicalité de son discours. Et la bienveillance souriante dont elle ne se départ jamais pour continuer à rêver, en « éternelle révolutionnaire », à la fin du capitalisme et, surtout, pour évoquer l’un des grands combats de sa vie : la dénonciation du système carcéral et de son racisme, un combat né au cœur des années 1960, quand elle devient icône des Black Panthers, mouvement d’émancipation des Noirs américains : renvoyée de l’université pour appartenance au PC, elle est soupçonnée d’avoir aidé à l’évasion de prisonniers politiques noirs. En fuite, elle figure parmi les dix criminels les plus recherchés par le FBI, est incarcérée puis acquittée au terme d’une vaste campagne de solidarité internationale. Rencontre intense à l’occasion de la sortie d’un documentaire qui lui est consacré, Free Angela and all political prisoners.

Qu’avez-vous éprouvé en découvrant Free Angela ?

Un mélange d’émotion, de nostalgie, d’embarras – quelle fumeuse compulsive j’étais... J’ai aussi eu de vraies surprises car je continue à découvrir des informations sur ma propre vie. Beaucoup de choses m’ont échappé quand j’étais en prison. Grâce à Shola [Shola Lynch, la réalisatrice, NDLR], qui a recueilli le témoignage d’un des agents fédéraux qui m’ont arrêtée, j’ai enfin compris comment le FBI m’avait retrouvée.

Cela dit, reprendre le fil de son histoire, se confronter à sa jeunesse, c’est un processus que tout le monde expérimente, un jour ou l’autre. La différence, c’est que je le fais avec et devant tout le inonde (rires) !

Proche des Black Panthers, vous en êtes devenue le symbole, l’icône d’une époque. Cette personnalisation vous a-t-elle pesé ?

J’ai mis longtemps à m’y faire, je n’ai jamais aimé être devant les caméras. Et je ne me suis jamais vue comme quelqu’un de « spécial ». Je me suis juste retrouvée au cœur de formidables mouvements qui se sont propagés à travers le monde, et j’en ai bénéficié. L’attention s’est focalisée sur moi mais ça aurait pu être sur quelqu’un d’autre, je l’ai toujours interprété comme un accident historique.

Il n’y avait pas tant de femmes noires universitaires membres des Black Panthers et du Parti communiste...

C’est vrai, tous ces éléments se sont combinés, à un moment particulier où des millions de gens à travers le monde espéraient et militaient pour un bouleversement révolutionnaire. C’est grâce à cette mobilisation internationale que mon nom a fini par être connu et que j’ai pu être sauvée. Sans cela, j’aurais pu rester derrière les barreaux. J’en suis parfaitement consciente, et c’est l’une des raisons pour lesquelles je n’ai jamais cessé de travailler sur les prisons, sur les prisonniers politiques, sur la justice sociale.


Que reste-t-il de ces luttes, de l’héritage des Black Panthers, quarante ans plus tard ?

La révolution dont nous rêvions n’a pas eu lieu. Mais le monde a changé, notamment grâce à la contribution des Black Panthers, des communistes. Alors que beaucoup croyaient qu’il serait impossible de lutter contre les forces réactionnaires de l’époque, le trio Nixon-Reagan-Hoover, nous avons gagné parce que des citoyens du monde entier se sont unis.

L’internationalisme a été capital. De même que les liens entre les luttes. Nous nous battions pour plus de justice aux Etats-Unis, mais aussi dans le monde. Le Black Power était très lié au refus de la guerre au Vietnam, à la solidarité avec la révolution cubaine... Nous avions aussi de grands débats sur les inégalités entre femmes et hommes. Ces combats sont toujours porteurs de promesses. C’est pourquoi j’ai accepté ce documentaire : peut-être pourra-t-il inciter les jeunes générations à s’engager collectivement, en leur montrant qu’il y a quarante ans, le peuple a triomphé.

Comment expliquez-vous qu’aujourd’hui les mouvements Occupy n’aient pas triomphé, alors que les raisons de contester le capitalisme financier sont plus fortes que jamais ?

J’ai visité les campements de Philadelphie, New York, Oakland et Berlin. J’ai vu une mobilisation exceptionnelle : qu’ils soient riches ou pauvres, blancs ou noirs, des milliers de citoyens ont vécu ensemble, et comme une communauté de résistants. Ils ont travaillé collectivement sur un conflit, sur des thématiques extrêmement diverses comme la gestion de la sécurité collective sans police, la violence sexuelle, le réchauffement climatique... Les campements ont beau avoir disparu, cet activisme est lui toujours bien présent. Reste que, pour le moment, ce mouvement n’a pas réussi à constituer un contre-pouvoir suffisamment puissant pour obliger le gouvernement à le prendre en compte.

Que manque-t-il aux Indignés des années 2010, par rapport à leurs aînés des années 1960 et 1970 ? Les citoyens disposent pourtant des outils les plus sophistiqués pour mobiliser : Internet, les réseaux sociaux…

Nous tenons pour acquis que la communication est facile et qu’il suffit d’un clic pour mobiliser des masses de gens. Mais on confond mobiliser et organiser. Ce sont deux choses totalement différentes, et les jeunes générations sont en train de le comprendre.
Le défi consiste à travailler dans la durée, sans faiblir. Les victoires politiques ne s’obtiennent pas en une journée de mobilisation, aussi spectaculaire soit-elle. Prenons l’exemple des crimes racistes : des Américains se sont mobilisés en masse après l’assassinat de Trayvon Martin, cet adolescent noir tué par un vigile. Pourquoi ont-ils relâché leur campagne contre la violence raciste dès que ce vigile a été arrêté ? Il reste beaucoup de travail en matière d’éducation politique.

Pensez-vous être encore une référence politique auprès des jeunes Noirs américains ?

Peu importe qu’ils me connaissent ou pas. Je ne suis plus forcément une référence contemporaine, même s’il reste encore beaucoup d’imagerie, d’esthétique autour des Black Panthers, dans le mouvement hip-hop, par exemple.

L’esthétique l’a emporté sur le politique ?

C’est ce qui arrive dans beaucoup de mouvements : au moment où ils émergent, il y a souvent un message politique, et la culture est bien sûr un puissant moteur de mobilisation. Mais c’est insuffisant. Il faut reconnaître que nous n’avons pas aujourd’hui l’équivalent des mouvements de masse des années1960 et 1970, à commencer par le mouvement des droits civiques. L’idéologie dominante a réussi à faire croire que nous étions dans une société post-raciale et que les luttes faisaient partie du passé. Ce qui est totalement faux.

Pourtant, les Américains viennent de réélire Barack Obama, qui s’identifie à une tradition radicale de lutte en faveur des droits civiques ?

Sa première élection a représenté une victoire et une promesse. Mais il n’a pas changé le monde, comme certains s’y attendaient. Je pensais au moins qu’il fermerait Guantânamo, comme promis. Certes, nous avons élu Obama, et les Noirs comptent de plus en plus de décideurs politiques et économiques, ce qui était inimaginable il y a quarante ans. Mais les Noirs américains n’ont jamais été autant frappés par la pauvreté, l’illettrisme, la violence... bref, par le racisme. N’oublions pas que c’est sous Obama que Trayvon Martin a été assassiné, ou que, le mois dernier, un autre adolescent, Kimani Gray, a été tué par la police à Brooklyn.

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L’une de mes étudiantes vient d’effectuer une recherche sur le lynchage. Elle a notamment travaillé sur la fameuse intervention de Clint Eastwood à la convention républicaine de Tampa, en Floride, pendant la dernière présidentielle, au cours de laquelle il a adressé des reproches à une chaise vide, comme s’il parlait à Obama. A la suite de ce soliloque, nous avons eu droit à des « lynchages de chaises » : partout dans le pays, des chaises ont été pendues à des arbres...

Il faut en tout cas l’aborder de façon moins simpliste qu’il y a quarante ou cinquante ans, car il est nettement plus structuré, moins explicite. Il se traduit dans les chiffres du chômage et des sans-abri parmi les Noirs, l’état des écoles dans les communautés noires... Après la guerre de Sécession, on a cru qu’il suffisait d’abolir l’esclavage pour que justice soit faite, et pourtant les fantômes de l’esclavage sont encore parmi nous. Il y a actuellement plus de Noirs dans les prisons et sous contrôle de l’appareil judiciaire qu’il n’y avait d’esclaves en 1850.

Nous manquons d’un vrai débat public sur la manière dont le racisme a contribué à l’expansion des prisons aux Etats-Unis, et dont la punition et la privation de liberté ont toujours été des armes historiques chez nous, y compris sous Obama. De même que nous ne faisons pas assez le lien entre les violences institutionnelle, policière, militaire, sexuelle et domestique. Ces interconnexions sont essentielles si l’on veut comprendre pourquoi les individus pensent qu’il est normal d’avoir recours à la violence.

Pourquoi la question de la prison est-elle aussi cruciale pour vous ?

Parce que nous sommes face à l’une des faillites majeures de notre démocratie. Les Etats- Unis représentent 5% de la population mondiale, mais 25% de la population carcérale dans le monde ! Un adulte sur trente-sept est incarcéré ou sous contrôle judiciaire, selon le Pew Research Center. J’y vois le résultat du capitalisme global et du démantèlement de l’État providence. La santé et l’éducation ont été privatisées, les services sociaux détruits, il n’y a pas assez de travail pour tous et les Américains sont confrontés à des problèmes majeurs de logement : résultat, un nombre croissant de citoyens n’a plus accès à rien. La prison devient la solution pour gérer ces populations. Pis encore, nous en avons fait un véritable « complexe carcéral industriel », en pleine expansion.

De quoi s’agit-il précisément ?

Il faut cesser de considérer les prisons indépendamment du reste de la société et de l’économie. Elles sont au cœur du système capitaliste contemporain. Pourquoi de plus en plus d’entreprises s’intéressent-elles aux prisons ? Parce que c’est un secteur profitable.

Prenez l’entreprise française Sodexo, qui a bâti une multinationale sur trois piliers.

- L’industrie alimentaire d’abord : ils fournissent les cantines scolaires, d’entreprises, distribuent des tickets restaurants.

- L’industrie carcérale ensuite : Sodexo construit et/ou gère des prisons pour « otimiser leur coût de fonctionnement », au Chili, au Royaume-Uni, en France.

- L’industrie militaire enfin : Sodexo gère des munitions, des champs de tir pour les armées, en Australie par exemple.

Et puis, on compte de plus en plus de prisons privées, qui appartiennent à des groupes comme Corrections Corporation of America, la plus grosse entreprise du secteur, cotée en bourse, ou GEO Group, qui vient de sponsoriser le stade de football d’une université en Floride. La preuve que la prison n’est plus un outil d’ajustement des problèmes sociaux, mais un moyen de gagner de l’argent. Et de gérer une population en surplus, qui n’a plus sa place dans la société capitaliste.

En même temps, il y a un consensus sur le bien-fondé de la prison en Occident.

Mais ça change. En 2011, la Cour suprême a même ordonné la libération de 40.000 prisonniers en Californie, ce qui prouve bien qu’au sein du système certains sont conscients de son absurdité. Nous sommes de plus en plus nombreux à dire que les Etats-Unis sont devenus un « Etat-prison », moins préoccupé par l’amélioration des conditions de vie que par la prospérité de l’industrie carcérale. Un pays où, dans les communautés les plus pauvres, les écoles sont équipées de détecteurs de métaux et ressemblent de plus en plus à des prisons.

Pourquoi demander l’abolition des prisons ? Vous pensez qu’il est impossible de les réformer ?

L’histoire des prisons n’est qu’une longue succession de réformes. C’est pourquoi je suis convaincue, en tant qu’abolitionniste, que nous devons inventer d’autres systèmes de justice, d’autres manières de traiter la violence. Et qu’il faut constamment pousser le : gens à imaginer ce que pourrait être un monde sans prison Même si nous savons bien que cela n’arrivera sans doute pas demain. Mais ce n’est pas impossible !

Vous avez toujours mené une existence double, militante et universitaire. Un intellectuel doit forcément être engagé ?

Je ne l’ai jamais vécu comme une double vie. Bien entendu, enseigner et prononcer des discours sont deux processus différents, mais il y a des liens très fort : Mes parents étaient tous les deux enseignants, et ils m’ont éduquée avec cette idée que rien n’est possible sans éducation. C’était essentiel pour eux, qui venaient des milieux défavorisés et qui ont eu l’opportunité rarissime à l’époque, de suivre des études. Ils ont toujours insisté sur le fait que le savoir n’était pas qu’un outil d’émancipation individuelle, mais qu’il fallait le mettre air service de l’amélioration des conditions de vie de notre communauté, au service de la justice. Herbert Marcuse, qui a été mon mentor, a démontré qu’on pouvait être activiste, révolutionnaire, philosophe, universitaire, enseignant – et quels cours extra ordinaires sur Kant, Hegel et Marx ! Un phénomène m’intéresse parmi les jeunes enseignants aux Etats-Unis : ils sont de plus en plus à se revendiquer comme des « scholar-activists » -des « universitaires militants » –, et de nouveaux champs universitaires comme les études féministes, de justice, reconnaissent et encouragent ces liens.

Aujourd’hui, vous vous dites encore révolutionnaire, communiste, féministe ?

Je me retrouve dans tous ces termes !

- Le féminisme reste un outil essentiel de lutte, bien au-delà des questions du genre.

- Quant au communisme, cela ne veut plus dire la même chose qu’il y a quarante ans, mais je m’y identifie toujours. J’aspire au démantèlement du capitalisme et à un nouvel ordre social ! Peu importe qu’on appelle cela socialisme ou communisme, il est indispensable que ce nouvel ordre soit démocratique, pour tourner le dos au modèle soviétique.

- De façon générale, ce sont les liens qui m’intéressent entre les luttes, qu’il s’agisse du féminisme, du mouvement gay et lesbien, des mouvements des travailleurs, ou du mouvement environnemental... L’essentiel est que tous ces mouvements travaillent ;

  • sur les façons d’habiter la planète de façon égalitaire,
  • et à l’indivisibilité de la justice pour tous.

Il y a cinquante ans, les enjeux nous semblaient si clairs ! On se disait qu’il suffirait d’éliminer le capitalisme pour construire un nouveau monde et un nouvel homme, comme disait Che Guevara. Nous savons aujourd’hui que c’est autrement plus compliqué. Mais c’est ce qui rend ces luttes si excitantes, car, au cours de ces processus, nous avons découvert de nouvelles façons d’envisager notre liberté. Tant de choses que nous considérons aujourd’hui comme évidentes auraient été inimaginables il y a cinquante ans. Je me retrouve finalement bien dans ces mots du théoricien italien Antonio Gramsci : il faut allier « le pessimisme de l’intelligence » et « l’optimisme de la volonté »

Free Angela and all political prisoners, de Shola Lynch.

Documentaire Etats-Unis. (1h 37).

Thriller documentaire passionnant sur le parcours d’Angela Davis, égérie de la lutte anti-ségrégationniste.

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Sa longue silhouette auréolée du fameux casque afro est familière à tous, tant elle a imprégné l’imagerie révolutionnaire d’une époque et d’une culture. Mais que reste-t-il du combat des Black Panthers et du Che Lumumba Club, cellule noire du Parti communiste américain, dont Angela Davis fut l’infatigable égérie à la fin des années 1960 ?

FreeAngela and all political prisoners retrace le parcours d’Angela, enfant de la petite bourgeoisie noire du Sud pauvre et raciste, devenue professeur de philosophie, communiste, féministe. Parcours exemplaire d’une fille de la ségrégation qui refuse la soumission, et surtout flamboyante héroïne d’une période charnière de l’histoire des Etats-Unis.
Free Angela nous replonge au cœur de 1970, quand la jeune professeur de l’université de Californie fut traquée par le FBI, emprisonnée puis jugée pour complicité de meurtre dans un attentat visant à libérer les prisonniers politiques noirs. Impeccablement construit à partir d’archives, d’interviews avec Angela Davis et les principaux acteurs de l’époque, Free Angela se regarde comme un thriller politique, où s’enchevêtrent les luttes raciales, le militantisme noir et la fierté nouvelle, les forces réactionnaires (Reagan, Nixon, Hoover), mais aussi une incroyable vague de solidarité internationale.

Au cœur de la tourmente, Angela Davis est la quintessence de l’énergie juvénile, calme et déterminée, d’une radicalité toujours pesée et profonde.
Un ange de la colère noire.

Weronika Zarachowicz

 

Source : Angela Davis parle - Rouge Midi

 

 

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Published by Anne Wolff - dans univers carcéral
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Gilles Deleuze, février 1977.

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