11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 09:08

 

Compte rendu de la conférence de presse du 10 juillet 2009 du président Hugo Chavez .


Je vous avertis, Chavez a gagné mon estime humainement et politiquement, donc tout ce qui suit sera empreint de la sympathie que j’ai pour lui et de ce plaisir que je prends à le voir poser les cartes sur la table de la réalité que les autres s’acharnent à masquer dans le jeu d’une hypocrite diplomatie. Le discours va se dérouler sur deux plans qui sont définis d’emblée.

 


La guerre : Les propositions irrespectueuses de Clinton sont une déclaration de guerre de l’administration d’Obama à l’Amérique latine, et ceci en est le premier acte : la bataille de Honduras. C’est un acte inqualifiable de proposer un dialogue à la même table du président légitime du Honduras et de l’usurpateur, el golpeiste – celui qui a pris le pouvoir par un coup d’état, que l’on appelle aussi là-bas Gorileto. C’est impossible et ne peut se considérer que comme le prélude à une vague de coup d’états dans les pays du Sud  en révolution pacifique pour le construction d’une démocratie participative. C’est un nouvel acte de la lutte de classe, une nouvelle manifestation de la guerre de l’empire et de sa volonté de restaurer en Amérique du Sud les anciennes oligarchies contre le peuple en lutte pour prendre en main son destin. Un peuple qui a rompu ses chaînes. Il évoque les processus de déstabilisations des régimes démocratiques qui se produisent en ce moment même en Amérique du Sud : Bolivie, Guatemala Venezuela.

 


 

La paix : il laisse à Obama le bénéfice du doute. En tournée internationale, il peut ne pas avoir été mêlé à cet acte inqualifiable, il lui laisse la porte ouverte pour prouver sa bonne volonté et démontrer que cette volonté manifestée par lui de reconstruire des relations bilatérales n’était pas pure hypocrisie. Il l’invite à prendre des mesures concrètes pour mettre fin au coup d’état, des mesures économiques, congeler les compte étasuniens des golpeistes, mettre fin aux échanges commerciaux avec cette bourgeoisie des affaire mais aussi des mesures militaires, les USA ont des bases là-bas, non ? Il somme Obama d’agir en accord avec les résolutions de l’ONU et de l’OEA pour mettre fin au coup d’état et de le faire tout de suite. Maintenant !

 


Les cartes sont donc posées sur la table sans ambigüité : il n’était pas question d’un dialogue impossible avec ce gouvernement qui utilise l’armée pour tenter, sans succès, de terroriser le peuple. Il était question d’une seule chose : trouver les modalités de sortie du pays des usurpateurs. Zelaya a intelligemment –como un caballero – accepté le dialogue qui comme l’aurait prévu n’importe quelle science des mathématique à la logique, et même les sciences occultes,  a avorté, de même que la tentative de Washington d’humaniser le coup d’état de fascistes qui sont venu enlever les armes à la main le président légitime du pays pour le mettre presqu’en pyjama pour le mettre dans l’avion  qui l’a emmené hors du pays.




Il revient brièvement sur cette sortie illégale du pays qui était une erreur, et sur le fait que les « négociations » de Costa-Rica ce sont concentrées sur la recherche des responsables de cette décision. La suite du discours va d’une part aborder la construction de cette nouvelle démocratie qui naît en Amérique du Sud, cette révolution pacifique qui donne au peuple des droits, la possibilité de participer aux décisions qui le concerne et peu à peu améliore ses conditions de vie. Le point de vue de la paix. Parallèlement il développera le point de vue de la guerre.

 



Il rappelle que les forces militaires du Honduras sont peu nombreuses, 10 000 soldats dont l’immense majorité a été formée aux USA. Il évoque la possibilité d’une entrée du peuple hondurien dans un processus de résistance armée. Sous le règne des gorilles, le Honduras deviendra ingouvernables. Il affirme que Zelaya reprendra ces fonctions, qu’au-delà de la question du Honduras, c’est tout ce nouvel équilibre de l’Amérique du Sud qui est l’enjeu et que les relations de solidarité des différentes alliances du Sud entreront en action.

 


 

Manifestement, les auteurs de ce coup d’état ont sous-estimé la capacité de réaction du peuple qui à présent libéré de ses chaînes n’entend pas qu’on les lui remette à présent qu’il a goûté à la démocratie, malgré la grande offensive de désinformation, de silence d’intoxication des médias, le peuple ne s’est pas fait avoir parce que les peuples sont sages par essence.

 

 



















Il évoque ensuite la tentative manquée de retour au pays de Zelaya dimanche, qui fut qualifiée d’opération Chavez. On a essayer de lui coller sur le dos la violation de l’espace aérien du Honduras. Il s’indigne : comment ? Un président légitime violer l’espace aérien de son propre pays ! Il confirme qu’il y a eu une volonté des usurpateurs, des fascistes actuellement au pouvoir de déclencher un massacre du peuple ce jour-là qui s’est manifestée par la répression immédiate quand les manifestants ont tentés de pénétrer sur l’aire de l’aéroport pour enlever les obstacles posés sur les pistes afin de les rendre impraticables.

 

 


Il rigole. « Pourquoi, je ris ? », il nous raconte alors un haut fait de sa carrière militaire qui a pour but de montrer deux choses. D’abord que s’il avait organisé une opération-Chavez offensive pour le retour de Zelaya, il aurait planifié cela dans les règles de l’art militaire. Il nous rappelle par la même occasion qu’il est un soldat aguerri, un parachutiste qui n’a pas froid aux yeux. Des rappels qui vont traverser son discours. Il poursuit en disant que le Président Zelaya rentrera au pays, les gorilles ne vont pas changer le cours de l’histoire.  Il ne sait pas encore s’il rentrera par air, par terre, par eau, mais il n’y a aucun doute : il rentrera. Le message est assez clair.

 


 

 

Chavez a utilisé son talent de conteur, la caméra qui nous fait de temps à autres des plans sur les journalistes au début fort tendus, nous les dévoile à présent souriants. Chavez est incontestablement un grand orateur. Son discours est intelligent, subtil, plein de finesse et sa manière de l’exprimer n’a rien à voir avec ce côté hollywoodien de l’acteur Obama ; c’est le talent d’un conteur qu’il nous montre là, de ceux qui savent captiver leur auditoire, les tenir sous le charme, un conteur et un clown. A la différence d’un Obama, il ne fascine pas son auditoire, il le captive.


 


Il revient alors sur cet horrible avortement de Washington qui est un précédent néfaste qui montre la volonté de l’impérialisme d’agiter aujourd’hui le fantôme de la révolution bolivarienne comme il agitait autrefois celui du communisme comme prétexte à ses ingérences, ses guerres, ses coup d’états. Il dénonce le plan de déstabilisation que manifeste ce coup d’état, un plan de déstabilisation de tout le sous-continent,  un plan qui a mener sa première attaque contre le maillon le plus faible de la révolution en marche : le Honduras.

 


Il donne aux Etats-Unis le temps de corriger leurs erreurs. Il y va de son petit couplet qui rappelle que les Etats-Unis ne sont pas maîtres du monde. Il le fait avec cette manière qui lui est propre, de se poser non pas d’égal à égal, mais avec cet humour qui lui donne une position de supériorité. Les journalistes sourient franchement à présent. Il revient sur la force que constitue les alliances multilatérales du Sud et sur les liens de solidarité qu’elles ont crée entre leurs partenaires.

 


Il parle alors plus spécifiquement de l’ALBA, sur les liens de coopération politique, économiques entre ses membres, sur la réaction immédiate de consultation entre eux lors de l’annonce du coup d’état et sur le fait qu’a été désigné un coordinateur d’une stratégie de réaction commune de soutien à Zelaya et de mise au point de son retour. La réponse pourrait être militaire.

 


Interviennent alors les questions des journalistes qui permettent à Chavez de rappeler que l’aide que le pays pauvre qu’est le Venezuela au pays pauvre qu’est le Honduras est de loin supérieure à celles accordée à ce même pays par ce pays riche que sont les Etats-Unis. Il rappelle que les livraisons de pétrole que Pétrocaribe au Honduras à un prix dérisoire comparé au prix du marché sont suspendues jusqu’au retour de la légalité.





"On dit que Chavez dilapide de l’argent, du pétrole, la réalité est que nous sommes des pays pauvres qui partageons de manière solidaire." Il évoque aussi la politique de microcrédit que la banque de l’Alba accorde aux petits producteurs de l’alliance. Juste une aide modeste et progressive, dit-il. Une aide entre pays pauvre, une politique d’intégration et de complémentarité. Nous sommes dans le discours de la paix, celui qui nous montre la pacifique révolution bolivarienne en marche vers le bien-être du peuple.




Il évoque l’histoire du Venezuela qui est le premier pays d’Amérique latine à avoir disposé en 1810 - en même temps que l’acte de l’Indépendance conquise par Bolivar et le mouvement révolutionnaire – d’une constitution. Il en profite pour aborder la question de l’actuelle constitution du Venezuela, il tient dans la main gauche le petit livre bleu qui contient le texte de cette constitution.




Il en cite des passages…je suis un peu saturée à ce moment, donc j’écoute mes notes laissent à désirer. Il en dit assez pour me donner envie d’aller voir de plus près cette constitution qui se fonde sur le principe du droit à la dignité et la démocratie participative. J’entends les mots qui font écho à ceux qui parsèment mes textes de respect de droits humains, de bien être, de convivialité, d’un programme international d’un monde multipolaire, d’une mise en pratique du droit à l’autodétermination des peuples…




Il rappelle qu’un tel programme ne peut que faire trembler les oligarques et qu’ils ont donc tenté de mettre un frein à la volonté exprimée par le peuple du Honduras de se doter d’une constitution similaire. Consulter le peuple voilà ce qui ennuie les oligarques.

Je vais voir ce que si je peux trouver des documents qui me permettent d’étudier cette constitution dont je rappelle que le petit livre bleu qui en contient le texte est accessible au peuple qui est vivement encouragé à l’étudier, à la critiquer, en faire un outil vivant d’évolution vers un monde de bien-être.

 


Une question le ramène alors au type d’aide que l’Alba va apporter à Zelaya et au peuple hondurien pour permettre le retour dans ses fonction du légitime président et de la constitutionnalité dans le pays. Chavez va répondre en substance que dans un état de guerre, il n’est pas opportun de dévoiler ses stratégies et que l’aide, le soutien moral est à ce stade extrêmement importante. Il va synthétiser son discours. Il cite Fidel Castro qui dit que cette réunion pour un dialogue à Costa-Rica était la porte ouverte à une vague de coups d’état en Amérique latine. Que cela est un appui des USA clairement exprimé aux auteurs du coup d’état en leur accordant une légitimité d’interlocuteurs.

 


Il réitère : n’anticipons pas, laissons au président Obama le temps de rectifier cette position insoutenable. Il rappelle qu’aucun acte accompli par les usurpateur n’a de valeurs légales, pas plus que n’en aurait des élections organisées par eux.

Il termine en faisant monter de quelques crans le discours de réponse à la déclaration de guerre, il nous avait évoqué sa carrière de soldat, il nous rappelle à présent qu’il est un chef militaire aimé des soldats. Il rappelle les évènements du la tentative très vite avortée de coup d’état en 2002. Avorté grâce au soutien du peuple, grâce à la force des idées sont celle de la révolution, mais aussi, surtout, avant tout grâce à la fidélité de ses soldats. Ceux de la garde présidentielle qui c'est emparées des traîtres, celles des soldats de tous le pays qui apprenant la vérité se sont immédiatement ralliés à lui.

 


« Les soldats m’ont soutenu, les soldats de Bolivar, les soldats libérateurs des armées de Bolivar ! »

« Pas les mêmes qu’au Honduras. Nous appuierons le peuple hondurien et le président Zelaya ! »

Le message est clair : paix ou guerre, la balle est entre les mains d’Obama. Chavez laisse la porte ouverte à un revirement politique de Whashington. Sans quoi ce sera la guerre.

 


 

Anne

 



Voilà, je ne vous garanti pas un respect total de la littéralité du discours, mais bien de la substance. Si vous avez lu les autres articles que j'ai publié au sujet de coup d'état au Honduras, vous connaissez les enjeux constitutionnels *Honduras : analyse d'un coup détat 1: Le mythe de la réelection. - Le blog de Anne Wolff et vous avez pu vous faire une petite idée de qui sont ces putchistes avec le texte   Honduras: torture et putschistes - Le blog de Anne Wolff

Il faudrait un livre pour analyser l'ensemble de la situation actuelle en Amérique de Sud, mais tant que je le pourrai je lutterai contre l'intoxication  médiatique. C'est l'Occident qui déclare la guerre aux peuples du Sud et Chavez fait tout ce qui est humainement possible pour éviter cela : c'est le dernier rempart de la démocratie, d'une nouvelle démocratie participative qui est menacé en Amérique Latine. J'ai regroupé les quelques textes que j'ai publié à ce sujet dans une nouvelle catégorie : Sud Amérique - Le blog de Anne Wolff 


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Published by Anne Wolff - dans anne humeur du jour
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commentaires

roland 11/07/2009 21:34

une constitution en soit c'est rien, malheureusement ! tout est dans la pratique.
Souvenons-nous que la Constitution française par l'intermédiaire du préambule de celle de 1946 qui est considérée comme en faisant toujours partie, garanti le droit à un travail et le droit au logement ! Souvenons-nous que la constitution soviétique accordait aux citoyens toutes les libertés imaginables !
Quand à la constitution iranienne, sur le papier, c'est beau, c'est généreux ! http://www.ipernity.com/blog/reza.torabi/162972
mais rien que sur le plan de l'économie ses dispositions ne sont déjà plus que lettre morte depuis qu'on s'est mit à tout privatiser
http://eo.mondediplo.com/article1512.html
bref, une constitution c'est bien, mais toutes les constitutions sont "bien" (disons plus moins) ce qui fait la différence c'est la pratique concrète.

Anne Wolff 11/07/2009 23:23


Tu l'as dit, c'est ce qui fait la différence et qu Venezuela, au Honduras, de ce que j'ai vu la dfférence elle est là. Chavez :
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Gilles Deleuze, février 1977.

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