9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 14:40




Le conflit de Honduras repose sur la question de la constitutionalité. La constitution Hondurienne est immuable et Zelaya a proposé une modification de cette constitution. Sans entrer dans les détails : Que penser du principe d’une constitution qui ne peut être modifiée quelle que soit l’évolution du monde et de la situation interne du pays ? Le Honduras a connu 6 constitution depuis 1825, la dernière date de 1982 et a été instituée pendant la  dictature militaire du Général Policarpo Paz Garcia. Les 8 premiers articles sont déclarés « petreos », immuables et celui qui y touchera sera déclaré traître à la patrie.

 

 


Entre autres mesures mises en place par Zelaya, fut promulguée une « Loi de participation citoyenne » qui permet au peuple de demander une consultation populaire (qui n’a pas la valeur contraignante du référendum) pour des thèmes que ce dernier estimera d’intérêt général. Plus de 400O personnes demandèrent une  consultation de l’opinion au sujet d’une possible assemblée constituante. La procédure aurait du être la suivante : cette consultation aurait du se faire le jour du coup d’état par l’Institut Général de Statistique sur base de la question suivante : « Etes-vous d’accord pour que lors des élections générales de novembre 2009 soit installée une quatrième urne par laquelle le peuple s’exprimera quand à l’opportunité de convoquer une assemblée constituante ? » « Si…No »

 

 

 


Les trois autres urnes servant respectivement à l’élection présidentielle, à celle des parlementaires et aux élections municipales. Les élections auraient eu lieu sous la Constitution actuelle et l’Assemblée constituante aurait eu lieu sous le gouvernement du nouveau Président puisque Zelaya ne pouvait briguer un nouveau mandat sous ce régime, voilà pour le mythe de la réélection.

 


J’irai étudier de plus près cette constitution pour mettre en évidence le contenu de ces articles immuable, je n’en sais pas encore assez pour développer ce sujet dans le présent article, mais suffisamment cependant pour montrer qu’il s’agissait d’un procédé qui multiplie les garanties d’un processus démocratique. Et qui n’aurait pu servir à la réélection de Zelaya lors de prochaines élections puisque le référendum qui aurait fait suite à la consultation populaire ce serait en cas de majorité de oui déroulé simultanément avec les élections présidentielles. En l’écrivant je me dis que nos états de l’UE feraient bien d’instaurer eux aussi quelques procédures garantes d’autant de respect de la volonté populaire dans notre constitution commune. Et voilà ce dont se servent les usurpateurs pour déclarer l’illégitimité de Zelaya et justifier leur coup d’état militaire.


 

 


 

Or parmi les 8 articles pétrifiés de la constitution voici le contenu des 2ème et 3ème qui fondent la légitimité de la résistance populaire. Ils affirment que « l’usurpation de la souveraineté populaire et l’usurpation des pouvoirs constitués sont définis comme des crimes de trahison (…) » (Article 2) et que « nul ne doit obéissance à un gouvernement usurpateur (…) « Le peuple a le droit de recourir à l’insurrection pour la défense de l’ordre constitutionnel » (Article 3).


 


Le jeu se passe entre esprit et lettre de la loi constitutionnelle Ce qui gênent les oligarques mondiaux,  c’est  que l’Amérique du Sud se retrouve chaque jour d’avantage et plus unie comme avant-garde d’un combat qui comporte l’instauration de démocraties participatives à l’intérieur et d’alliance multipolaires à l’extérieur avec ceux qui s’opposent à la volonté de l’occident d’instaurer son universalisme impérialiste. Un fort principe de respect du droit à l’autodétermination préside ces deux démarches complémentaires.


 

 


Ce que le peuple hondurien ne peut accepter c’est le retour armé d’une oligarchie héritière des dictatures. Un des premiers actes de Micheletti a été de suspendre 5 libertés constitutionnelles instaurant un loi martiale qui ne dit pas son nom.

-  suspension du droit d’association

-  suspension du droit de manifestation

- suspension de la liberté de mouvement sur l’ensemble du territoire et couvre-feu

- droit de violation du domicile par les forces de l’ordre

- fin des garanties liées au droit de détention, prolongation de 24 heures des garde à vue.




Je vous laisse juges, entre le désir de Zelaya de modifier la constitution qui laisse la décision au peuple à travers une succession de votes  démocratiques. Entre la prise de pouvoir par un coup d’état militaire, la capture du légitime président par l’armée et la mise en place d’une loi martiale pour garantir un pouvoir usurpé : de quel côté se trouve la légitimité, la constitutionalité ?

Ce que les gouvernements du sud ne peuvent accepter, c’est cette ingérence à nouveau croissante des Etats-Unis dans leurs affaires internes.


 


 - Par des politiques de déstabilisation recourant à des méthodes terroristes. Tentative d’assassinat avortée du président Morales en Bolivie par des milices Kosovares à la solde des oligarques, groupe paramilitaires semant la terreur au Venezuela….

- Par le coup d’état au Honduras dont de nombreux indices convergent pour indiquer une implication des Etats-Unis dans sa mise au point et son déroulement.

- Par la prise de position du département d’état étasuniens qui s’exprimant à travers la bouche de H. Clinton et autres dément la condamnation officielle du coup d’état par des arguments pour le moins douteux.


 


Donc nous voyons une condamnation unanime officielle du coup d’état militaire par toutes les nations du monde, par l’ONU, par l’OEA, cela c’est le premier acte de la réaction internationale. Ceux qui, comme moi, pensent qu’une oligarchie impérialiste tente d’établir son pouvoir sur la planète, restent en alerte et attendent la suite pour voir comment va se jouer cette partie de haute hypocrisie diplomatique.

Les médias officiels occidentaux annoncent la couleur parlant de président déchu, évincés et de nouvelles autorités cherchant à pérenniser dans les inconscients collectifs la situation de fait, invoquant le risque de violence si Mel Zelaya reprenait dès à présent ses fonctions. Voilà donc les bases de la mise en scène sont posées.


 

 


Or la réalité est tout autre : s’il n’y a pas eu de bain de sang, c’est que le peuple hondurien massivement mobilisé pour réclamer le retour de son président légitime s’est montré d’une remarquable maturité qui force le respect en répondant pacifiquement aux provocations de l’armée. La présence de la Première Dame du pays parmi eux joue aussi un rôle à la fois déterminant et modérateur. Sans elle, je ne suis pas certaine que la colère n’aurait pas pris le dessus sur la raison et nous aurions alors assisté à un massacre.


 


Il est intéressant d’observer les réactions de la résistance, il y a un point commun avec ce qui c’est passé dans la résistance au coup d’état au Venezuela en 2002, nous avons affaire à un peuple conscient de ses droits et s’il en est ainsi c’est que autant Chavez que Zelaya ont comme présidents respectifs de leur pays favorisés cette prise de conscience en permettant à la population d’accéder à des structures d’éducation permanente.

Après la tentative de retour raté de Zelaya dans son pays, les pistes d’atterrissage surveillées par l’armée ayant été rendue impraticables, une réunion de chefs d’états du Sud c’est tenue au Salvador en présence du président de l’OEA, lors de la conférence de presse qui a suivit la présidente de l’Argentine exprime l’inquiétude générale : Le 20ème siècle fut pour le Sud un siècle de constante violation des droits humains, une époque qui semblait dépassée.




Ce qui se passe au Honduras montre que la démocratie est une construction permanente des autorités et des citoyens ensemble. Il est inquiétant de voir le monde devenir dangereusement unilatéral, les états du Sud désirent travailler à la construction d’un monde multilatéral. Elle affirme que leur soutien a Zelaya est avant tout une défense commune pour la garantie de la démocratie et des droits humains dans l’ensemble de leurs pays. Les pays du Sud appelèrent ensuite la communauté internationale à prendre des mesures concrètes pour que Zelaya retrouve ses fonctions et le Honduras son gouvernement légitime.


 

 


La réaction de l’ALBA n’est donc pas un acte d’ingérence mais un acte de solidarité dans un souci de défense d’intérêts communs des peuples de la région. Malgré ce qu’a pu dire l’extrême-droite capitaliste dans son attaque concertée de lundi contre les chefs d’états d’Argentine, d’Equateur, du Paraguay, du Venezuela et du Nicaragua, avec parfois le soutien de l’église, leur reprochant de s’ingérer dans les affaires internes du Honduras dans une grande campagne de presse bien orchestrée. Comme le demandait Xiomara Castro de Zelaya, lors de la manifestation de mardi : « Qui cela dérange-t-il que le peuple participe aux décisions qui le concerne ? Ce qui est important sont ceux qui se cachent derrière [ce coup d’état].




La volonté manifeste d’arrêter les processus de démocratisation et la réappropriation de richesses nationales par les peuples qui en sont les légitimes propriétaires et l’expulsion des bases américaines implantées localement. Une base, la Manta, stratégique pour la domination étasunienne des Caraïbe et de l’Amérique du Sud a été expulsée d’Equateur, et le Zelaya s’apprêtait à en faire autant avec les bases situées sur son territoires.




Je développerai plus longuement ce sujet dans un article consacré à Velasquez, le tortionnaire, chef de l’armée hondurienne qui en ce moment à recommencé à tenter de terroriser le peuple de ce pays, une vieille et sale habitude qui ne doit pas se reprendre.

Il semblerait que le peuple du Honduras ayant goûté à la dignité et à la démocratie en a apprécié la saveur et n’est pas prêt à reprendre ce rôle de cobayes pour les bourreaux issus de « L’école des Amérique » où la CIA conjointement avec le Mossad formaient les tortionnaires destinés à calmer les ardeurs des peuples latino épris de justice et de liberté.


 

 


 

Anne

 La partie suivante sera consacrée au double jeu de l'occident à l'intoxication médiatique qui l'accompagne

 


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