28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 14:41

 Et oui, je vais vous faire l’apologie du travail. Parce que j’aime cela travailler. Travailler, c’est vivre, exister, créer sa vie. Je ne veux même pas compter les heures que j’ai passé derrière l’ordi cette semaine pour faire exister ce blog. Je ne veux pas compter les heures que j’ai passé dans ma vie à me défoncer au boulot, comme cela, gratuitement, pour le plaisir.

 


Parce que le boulot était passionnant, où parce que le projet auquel il contribuait l’était. Je ne peux pas dire que nettoyer les chiottes d’un festival qui de jour en jour sont plus ignobles soit passionnant en soi, et pourtant je l’ai fait, plus d’une fois, parce que le festival lui-même était un bel évènement et qu’il fallait bien que quelqu’un le fasse.

Jusqu’au jour où… petit festival est devenu grand et les petits chefs ont fait leur apparition, et l’un d’eux m’ordonné d’aller nettoyer les chiottes. Je l’ai envoyé dans les roses, je n’ai pas nettoyé les chiottes cette année-là et je n’ai plus jamais travaillé pour les organisateurs de ce festival.

 

J’adore travailler, pour le plaisir… parce que cela contribue à faire le monde plus beau. Je ne suis dépourvue ni de compétences, ni de talents, mais je ne sais pas pourquoi, c’est vraiment bizarre, moi qui peut me donner à fond pour quelque ronds de carottes, je serais incapable de travailler pour 1000 euros de l’heure pour un petit chef.

Attention Danger Travail

Aller voir. Aller voir les petits chefs dans la vidéo. Cela aurait été moi, dans certaines séquences, comme je suis un peu impulsive parfois, je crois que l’un d’entre eux ce serait retrouver avec une coiffure innovante, le chapeau pizza, vous connaissez. Ce serait moi le gouvernement, je leur impose ma méthode de rééducation number one : larguer dans la forêt à des centaines de kilomètre de toute vie humaine avec le matériel de survie minimum. C’est un copain qui avait suivi un entraînement à la guérilla en Argentine qui m’a soufflé la méthode. C’était quelqu’un de bien. Le plus dur, m’avait-il dit, cela avait été pendant ces randonnées d’avoir vu des paysage magnifique et de n’avoir eu personne avec qui partager toute cette beauté.

 


Je vais vous faire l’apologie du travail, parce que mon expérience est que le travail cela peut-être un bonheur. Un truc dont on en redemande parce qu’on s’éclate vraiment à bosser et que le monde du travail demain, cela pourrait être cela. Ce ne serait pas très compliqué à mettre en place. Il suffit de trouver le moyen de mettre les exploiteurs à l’écart. Ce ne serait pas très difficile, juste un petit déclic dans les consciences et hop, aujourd’hui serait le début d’un autre monde.

 


Ce n’est pas impossible, allez voir le blog de Sylvie, lisez les commentaires du dernier texte.

YURTAO, la voie de la yourte.

ma barque, ma yourte - Le blog de Anne Wolff

Ce n’est pas impossible. Certains le vivent déjà et d’autres s’apprêtent à le faire. Ce qui est dur, pénible, insupportable pour ceux qui créent de tels modes de vie, c’est le harcèlement judiciaire. Ce qui devient de plus en plus difficile, c’est de trouver le lieu où établir son camp, parait que cela ne fait pas joli dans le paysage, que cela choque les yeux des touristes à pognon, cela fait désordre… 

 


Je me souviens, quand j’étais petite, on nous promettait pour l’an 2000 une société robotisée qui permettrait au peuple une vie de loisirs, vous savez, ce vieux rêve de nos  ancêtres les grecs. Certains doivent sans rappeler comme moi, nous de ce rêve, cette promesse. Pour y parvenir, faudrait se démener un peu, mais après tranquille les gars, ce sera l’ère des vacances permanentes. Ils y croyaient ceux qui promettaient cela ? Ils ont changé d’avis en cours de route ? ou était-ce encore une fois un des mensonge par lequel le système musèle le peuple.

 


« Les p’tits gars, arrêtez de faire grève, arrêtez de revendiquer, vous ne faites que retarder l’avènement de la société des loisirs, vous combattez vos propres intérêts » C’est avec ce genre d’arguments qu’ils ont obtenu le pacte social, les patrons : tous ensemble, patrons travailleurs, construisons le meilleur des mondes possibles, un monde sans travail, tous en vacances. Et peu à peu le discours a changé, vous connaissez la suite, certains ont eu droit aux vacances absolues de l’exclusion payées par ceux qui travaillent et leur en veulent pendant que les prédateurs capitalistes s’en mettaient plein les poches.

Et ce fut de pire en pire, et là cela a passer un seuil dans l’horreur, ce n’est plus seulement votre force de travail que le patronnant entend exploiter, en plus il vous lave le cerveau.

 


Attention Danger Travail 

Cerveau

Si, si j’insiste, allez voir voici le commentaire de Neige :

 

Géniales les 2 vidéos!(Oups, c'est pas forcément le terme approprié, c'est plutôt les analyses qui sont excellentes, pas la situation qu'elles annoncent et qu'on voit se profiler). A faire circuler le plus possible. […]Là, je suis restée scotchée aux 2 vidéos jusqu'à leur fin...

 

Je vais reprendre pour quelques minutes ce rôle de prophète d’apocalypse que je n’aime pas. Imaginez pendant quelques minutes que ce sont vos enfants, que ce sont les enfants que vous avez dans le cœur qui sont là assis à faire de la vente par téléphone avec un petit surveillant (de merde, excusez-moi, je ne peux pas m’en empêcher, je suis vraiment allergique aux petits chefs, face à ce genre de personnage j’ai une réaction physique violente) .

 


J’ai beau savoir que ce sont de pauvres petits gars qui ne devaient pas avoir grand-chose dans le ciboulot pour qu’on le leur ait lavé si complètement, si facilement, que le système les a dépossédés de toute personnalité, qu’ils en sont les premières victimes, les plus atteintes, qu’ils ne sont que l’interface d’une force de déshumanisation, en face d’eux, c’est viscéral, je m’énerve.

Vous imaginez les enfants dont le beau sourire confiant vous a enchantés soumis aux diktats véhiculés par ces petits chefs qui feront d’eux la propriété de l’entreprise jusque dans la moindre fibre de leur corps, jusqu’à leur connexions neuronales Vous les imaginez, incarcérés, éliminés parce qu’ils ne se sont pas soumis. Ou placer sous camisole chimique, car je le répète, le système ne se contente plus d’exploiter la force de travail, il lave les cerveaux.

 

Un autre monde est (encore) possible. Mais c’est à chacun de se mettre à le construire en prenant conscience qu’il n’est pas tout seul, que beaucoup le souhaite, que plus nous serons, plus nos vies seront riches, car plus variés les échanges, plus nombreuses les possibilités d’affinités et de complémentarité. Le projet de nouvel ordre mondial des sinistres mégalomanes est un projet minable, un projet qui transforme la beauté en laideur, la vie en mécanique. C’est un projet qui conduit à la disparition de l’espèce. Ils devront inventer des cyborgs pour « survivre » à cela. Aucune personne pleinement humaine ne pourra jamais supporter cela.

 


La capacité d’adaptation humaine est vaste, survivre à l’exploitation de son corps beaucoup l’ont fait, encore que…l’exemple des africains qui se couchaient pour mourir dans les plantations d’hévéa, parce que ce que leur imposait l’homme blanc était insupportable…et demain ce seront peut-être les enfants que nous voyons aujourd’hui joyeux et confiant qui se coucheront comme cela pour mourir…


 

C’est absurde, le projet de mécanisation, de robotisation, d’informatisation de l’industrie est réalisé et ne cesse de connaître de nouveaux développements. Il  serait possible de se partager le temps de travail pénible de telle manière que chacun n’en fasse que très peu au cours de sa vie, en ne laissant aux modes de production industriel que le stricte nécessaire, en favorisant la créativité, les polyvalences dont chacun est porteur. Il est matériellement possible de créer une société d’abondance même nombreux comme nous le sommes à condition de passer à une production artisanale de qualité. Et s’il y en a qui veulent aller s’enfermer 8, 10, 12 heures par jour à l’usine personne ne les en empêchera.

 

Un autre monde est (encore) possible, mais plus pour longtemps parce que le lavage des cerveaux gagne du terrain, parce que des moyens horribles de répression des insurrections se mettent en place. Mais si tous ceux qui ont encore dans la tête un petit coin de rêve trouvaient le courage de le mettre en œuvre le monde pourrait changer très vite.

 

Seulement pour cela il ne suffit pas de lutter contre l’économisme, il faut également reconquérir le terrain du politique. C’est un scandale de voir des gouvernements qui ne représentent qu’une infime partie de la population décider pour tous. Profitons du peu de liberté qui nous reste encore pour reconquérir ce terrain. Mais pas n’importe comment.

 


C’est marrant, depuis que j’ai commencé ce blog, et que je le continue poussée par une énergie qui me fait profiter de tout le temps dont je dispose, j’écris sans trop savoir où je vais. Avant je n’écrivais pas ce genre de textes sans avoir autours de moi au moins 4 ou 5 bouquins de références où retrouver les bonnes citations. Je n’ai plus de bouquins de référence, pendant 4 ans je n’ai plus écrit, je dois aller chercher au fond de ma mémoire les éléments que je vous livre et y intégrer les derniers évènements, c’est parfois épuisant. Mais depuis quelques jours je ne cesse d’avoir de petits déclics, des choses qui se mettent en place, des idées qui en rencontrent d’autres et produisent des petites étincelles qui attirent mon attention.

 


Je viens d’avoir un de ces déclics. Il est absolument nécessaire de reconquérir le terrain du politique. Comment ? Je commence à entrevoir quelques propositions en ce sens. J’espère qu’il est encore temps. Mais pour mettre une image, je pense que ce sera quelque chose sur le mode «  collectif des clowns très sérieux » et pour cela, je vous parlerai de la différence entre humour et ironie (encore une fois merci Isabelle S. d’avoir attiré mon attention là-dessus). Clowns car ne se prenant pas au sérieux soi-même, très sérieux car il ne propose pas n’importe quoi. Comme certains enfants peuvent être sérieux.

Et je vous laisse-là, j’ai encore quelques trucs à faire et je voudrais profiter du soleil et de la musique.


 

Anne

 

Ps : je crois que même les paresseux pourraient trouver leur place dans l’histoire s’il ne se font pas contagionner par le goût du travail.

 


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Published by Anne Wolff - dans anne humeur du jour
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commentaires

Charlotte 29/06/2009 23:04

Travail !!! J'ai horreur de ce mot. Je préfère "oeuvrer" plus joli non ? Merci pour tes commentaires que je lis toujours avec beaucoup de plaisir. Plein de bisous

Anne Wolff 29/06/2009 23:24



Je pense faire un texte sur la conception d'Hannah Arendt qui voit le travail comme ce qui poduit les objets de consommation, l'oeuvre les objets d'usages et l'action humaine est ce qu'elle
apelle le politique : la manière des humains de s'organiser. J'aime bien cette conception, il faudrait que je retrouve quelques bouquins de base, dont celui dans lequel se trouve cette analyse
"Condition de l'homme moderne", c'est bien parfois d'avoir les textes sous les yeux pour en parler bien.
Travail le mot ne me plait pas trop non plus mais j'avais envie d'être un peu provocatrice, cela m'arrive et ce n'est pas fini.
Aujourd'hui je me sens un peu trop à plat pour écrire, il y a des jours où l'inertie des gens me révolte, surtout ceux qui ont des gamins...C'est injuste, mais bon...au moins je le sais.





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