Samedi 27 juin 2009


 

 

 

La danse comme une échappée belle

à l'opacité du quotidien,

pour partager son chant intérieur,

un engagement de l'entièreté

de sa personne

vers le monde et vers l'autre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 





Je quittai le chant linéaire du rail.

Je sortis de la gare et gagnai la passerelle.

Il était huit heures du matin.

Le soleil, sous la brume grise, dardait ses pâles rayons;

le froid tenait encore la place.

Le va et vient journalier commençait juste.


Comme d'habitude, Lucas avec son djembé

s'isolait

dans sa cellule rythmique.

Au-delà de ses rastas, de sa dégaine un peu crade,

sa peau à la blancheur diaphane

vibrait des secousses d'ombre et de lumière,

son combat avant de passer la grille du lycée

Satie.


Assis sur le bord du grand bassin,

Taff buvait son petit caff ordinaire

en attendant ses familiers dont je faisais partie

et considérant que le bistrot du coin

était aussi une prison où il ne fallait pas moisir.



Un peu plus loin, Doudou mastiquait

son premier sandwich tout en interpellant

les passants sur l'évènement du jour,

le litron l'accompagnait toujours

sans jamais prendre le dessus.


Taff et Doudou, les clodos inséparables

avec leur chienne Kettie,

portrait de famille de l'endroit.


Je ne m'attardais guère près d'eux

plus de dix minutes mais ce jour-là,

il y avait un plein silence

qui m'invitait à danser et le souffle frisquet

d'un vent léger à peine perceptible

qui vous tendait la main.


J'ai posé mes affaires vers la fontaine

et je suis entrée sur la place.

Je construisais mes mouvements avec prudence

comme un funanbule puis peu à peu,

je me laissais guider

par ma pulsation intérieure

de plus en plus forte et sûre.


Je me déployais comme "un navire marchant

qui apporte de loin sa subsistance".

Et le chant du silence,

accordé à ma respiration,

remplissait tout l'espace.


Les gens étonnés

s'arrêtaient maintenant,

ça et là, sur la place, recueillis.

Ils contemplaient une scène

qui se jouait bien plus loin que moi-même.



Lucas, abandonnant son djembé,

avait rejoint Taff et Doudou

et la chienne Kettie.

Ils m'apparaissaient comme un phare,

éclairant tous mes gestes.

Ils y faisaient venir la beauté

par leur attention accrue,

des colonnes de ciel qui soutenaient

toute cette place au quotidien

et qui m'avaient engagée

dans ce don de moi-même.


Le temps et l'espace communiaient

avec nous dans une douce présence:

les anges étaient-ils descendus ce jour-là!

Les gens s'éloignèrent dans leurs sourires francs.

Maintenant, il faisait clair!

Lucas était sorti de son mutisme sonore

et parlait chaudement

avec Taff et doudou.

La chienne Kettie me léchait les mains

tandis que je rassemblais mes affaires.

Je partis très vite et loin sur les quais de Saône.

Je m'assis et pleurai

sur le bord de la pierre.

Un souffle qu'il me semblait reconnaître,

caressa mon visage avec une infinie tendresse.

Alors, je repris mon chemin de toujours.

.


.

Images: photos, place des Terreaux à Lyon et une danseuse contemporaine.


Par Bleue Farandole

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