18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 15:50



J’ai reçu ce week-end beaucoup de commentaires et tous étaient intéressants, je publie ces deux-ci parce qu’ils sont les plus complets, Mais je vous conseille d’aller lire les autres car chacun amène des éléments intéressants dans le débat.

Anne

 

 

photo : yurtao


 

 

Bonjour Anne


Je débarque à peine sur ton blog (merci Eva !). Et je me retrouve pleinement dans ce que tu exprimes. En ce qui me concerne, la difficulté actuelle, c'est de réaliser combien je sens et sais à quel point l'avenir est sombre et incertain, tout en réalisant que je me réveille à peine d'un long rêve cotonneux.

 


Il est difficile de rassembler ses forces quand soi-même on ne sait plus où est la vérité. Depuis de nombreux mois que je parcours la toile, à la recherche de tous ces autres qui creusent leur sillon, je mesure combien mon ignorance est grande et je me perds parfois. J'ai l'impression de tourner en rond autour des mêmes idées, et finalement, de ne plus rien savoir. J'entends bien tout ce qui peut être dit et essaye de me forger mes propres opinions. Mais j'ai de temps en temps l'impression de devenir dingue ! Le quotidien se déroule sous l'apparence de la normalité alors que moi, je me sens au milieu du désert, larguée dans un monde qui pour moi, a perdu sens, valeur, éthique. Ce monde marche sur la tête et chaque jour nous apporte son lot de folies nouvelles.



Ce qui me pèse le plus, c'est de réaliser que nous vivons dans un monde qui a tué le sens critique, qui dresse plutôt que d'éduquer, plutôt que de nourrir l'humain en nous, l'humain capable de se révolter contre des lois iniques. Existe t-il meilleur moyen pour mener les "masses" où on le souhaite ? Et je ressens combien j'ai été amputée moi aussi, combien je suis bien rentrée dans le moule.



Qu'est-ce que je veux transmettre à présent ? Pas cela en tout cas. Mais comment faire quand on n'a pas reçu les outils ? D'où mon grand désarroi et surtout cette impression d'impuissance. Moi aussi, je rêve d'un autre monde mais ne sais pas encore comment cela serait possible. Je n'ai plus de boussole depuis longtemps et n'ai pu me fier qu'à ce qui sonnait juste au plus profond de moi. C'est ce qui reste quand l'intellect est faussé par trop de compromissions sociales, trop d'interdits posés, trop de limites arbitraires qui ne profitent qu'à ceux qui les décrètent. Mais est-ce suffisant pour bâtir une société plus juste ? Je ne le sais pas. Je crois que l'humain est capable du pire comme du meilleur mais qu'il ne lui ait pas aisé de faire taire son ego. Une chose est sure cependant pour moi. Ce monde tel qu'il existe aujourd'hui est en bout de course et nous vivons ses derniers soubresauts. Bien malin celui qui peut dire ce qui nous attend ... Beaucoup de remous c'est évident mais qui aboutiront à quoi ?

 

 


J'en ai fini de mon laïus ! Merci à toi pour la justesse de tes mots qui, j'en suis sûre, trouve leur chemin chez beaucoup d'entre nous. Ne crois pas que les gens ne réagissent pas par désintérêt. Je pense que justement, tu nous rappelles qu'il y a un humain bien caché derrière les moutons consommateurs que nous sommes devenus, un humain qui a perdu la capacité d'être. Un humain en pleine confusion…

 


...
Vivi

 

 

 

 

 


 


Bonjour Anne


J'ai découvert ton blog hier et, bien que je n'ai pas l'habitude de commenter, j'ai eu envie de réagir. Tes aspirations, tes craintes, ainsi que tes analyses semblent partagées par beaucoup de gens en ce moment. De plus en plus d'internautes ont envie de bouger, mais personne ne sait ni quoi faire, ni même s'il est possible de faire quelque chose.

 

 



Je voudrai ajouter aux divers échanges de ce blog quelques réflexions personnelles sur le fond. Bien sûr que tout va de travers, et ce n'est, semble-il qu'un début. Chacun a déjà désigné son (ou ses) responsable(s). On retrouve à peu près les mêmes un peu partout: Les banquiers, les financiers, le système capitaliste, les marchands d'armes, les dirigeants mondiaux (occultes ou non), le sionisme, les agents du nouvel ordre mondial (les néo cons, Bush, Sarkozy, etc,), et j'en passe. Même si chacun de ceux que j'ai cités a sa part dans le chaos actuel, il me semble que l'on oublie le plus gros responsable de tous nos maux: NOUS.





La crise économique et financière que nous vivons actuellement n'est qu'un signe avant coureur d'une crise systémique qui sera beaucoup plus dévastatrice. Or que faisons-nous? nous allons défiler par millions pour demander le maintien de notre pouvoir d'achat et autres petits avantages. Or le pouvoir d'achat est le symbole même de la société de consommation que tout le monde, sans exception, vilipende. Ce pouvoir d'achat, plus il est élevé, plus les gens sont contents, mais plus les riches sont riches, tous ces riches auxquels ils voudraient bien ressembler mais qu'ils honnissent.





On me dira qu'il est naturel que chacun cherche à vivre décemment, sinon mieux. Toute la question est là. Qu'est-ce que vivre décemment ou vivre mieux? Dans les sociétés de consommation cela peut se résumer à : pouvoir être en en mesure de satisfaire ses désirs. La satisfaction des désirs (d'ailleurs induits plus ou moins par les professionnels du système de consommation) devient une priorité, un objectif de vie. Et, in fine, toute la société s'organise autour de cette notion, quoi qu'elle pût coûter. Or le coût en est élevé. Pour faire face à cette demande de satisfaction des désirs, des systèmes se mettent en place, chaque système se prétendant meilleur que les autres.



Des aventuriers de tous poils parcourent le monde à la recherche de ressources susceptibles de répondre à la demande, à notre grande satisfaction. Et tant pis pour les vrais propriétaires de ces ressources. Des petits malins qui ont compris où se situe notre unique préoccupation nous disent: "ne vous inquiétez surtout pas; élisez-moi et je m'occupe de tout". Et chacun d'eux d'y aller de sa litanie de promesses pour décrocher le pompon, ce qui nous arrange bien, car nous ne voulons surtout pas avoir à nous occuper de détails. L'essentiel est qu'ils nous permettent de satisfaire nos désirs. Si jamais il ratait son coup, on élira quelqu'un d'autre aux élections suivantes. On pourra même aller manifester de temps en temps pour montrer notre déception, et notre courroux.




Combien de fois ce scénario s'est-il répété, et avec toujours les mêmes résultats? Et toujours les mêmes coupables incapables de mener à bien la mission sacrée qui leur a été confiée: assurer la satisfaction de nos désirs; assouvir notre égoïsme.
sPourtant, chacun d'entre nous sait, au fond de lui-même, ce qu'il conviendrait de faire.Rappelons-nous quand nous étions enfants, ou, pour ceux qui ont des enfants, voyez comment vous vous comportez avec eux. La première chose qu'on leur apprend est que tout désir ou caprice n'est pas toujours bon à satisfaire. On leur apprend ainsi à maitriser ces désirs en fonctions des circonstances, des moyens existants, de leur moralité, de leur légitimité. Ainsi, nous leur apprenons que, si le désir est légitime, puisque humain, l'obligation de le satisfaire ne l'est pas forcément.

 

 


A l'âge adulte nous oublions bien vite ces principes de base, comme tant d'autres d'ailleurs, qui nous ont été enseignés et qui avaient pour seul but de nous apprendre à gérer nos pulsions (colère, peur, jalousie, haine, égoïsme, etc). Est-ce à dire qu'il faut une profonde rééducation? Oui je le crois. Et il est urgent de le faire. Dans notre société actuelle, on en est à magnifier la colère (on parle même de saine colère); on prône l'égoïsme presque comme mode de vie; la peur est devenue l'une des première qualité. Celui qui n'a pas peur est un irresponsable.

L'utilisation de la peur est devenue un art manié avec dextérité par les médias et les politiques.


C'est pourquoi, chère Anne, je crois qu'il faut revenir aux valeurs fondamentales de base. Il n'est point nécessaire d'aller les chercher dans les livres. Elles sont déjà en nous. Quand nous les aurons ré acquises, alors nous pourrons aller dans les livres. Alors, et alors seulement nous comprendrons le sens des mots tels que: Liberté, Egalité, Fraternité, Humanisme, Amour.



Etant un surfer occasionnel des blogs, j'ai été heureux de tomber par hasard sur le tien. J'espère que tu arriveras à faire bouger beaucoup de monde. Mais pour réussir il faut revenir aux sources-même de l'homme car c'est lui qu'il faut changer. Pas le système qui n'est, tout compte fait, qu'une émanation de lui.

 

 


Avic

 

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commentaires

Vivi 26/05/2009 20:42

J'ai lu "Le sens du bonheur". J'ai aimé même si c'est un cycle de conférence en Inde, donc plutôt adressé à la population et de fait à la culture indienne. Cependant, tout est transposable à notre propre culture, nos carcans, nos illusions de ce qu'est le bonheur. Nos illusions de liberté aussi ...

Anne Wolff 31/05/2009 22:38


Oui... j'ai cherché longtemps à travers les cultures et les civilisations, une manière de voir et de le dire qui me parle, où je puisse me reconnaître. Je l'ai trouvé chez les peuples nomades d'un
grand continent devenu depuis l'Amérique du Nord.
Le concept de liberté m'interpelle depuis longtemps. Existe-t-il une Liberté? Ou bien y a-t-il seulement des espaces de liberté. Personnellement je penche pour la deuxième conception. Des espaces
plus ou moins vastes, plus ou moins réglementés.
Mais aussi : Tolstoï, homme éclairé veut libérer les serfs d'une de ses terres? Les serfs ne veulent pas. Qui va être responsable d'eux? Même discours chez Zinoviev, dissident soviétique, logicien,
un grand écrivain aussi: pour les soviétiques qui se retrouvent aux états-unis la liberté individuelle leur apparaît comme un fardeau, tous ces choix à faire!
On peut aussi citer les versions de l'histoire qui veulent que les yankees n'étaient pas des grands adeptes de la libération des esclaves, mais les partisans du monde industriel en lutte contre le
monde agraire à la recherche de main d'oeuvre corvéable à merci.
Ce qui m'interpelle dans l'histoire, surtout au vu et au su de la soumission actuelle des population à la dictature qui s'impose : n'est-ce pas là déjà que se trompent les résistants à cette
imposition d'une pensée unique : les hommes n'aspirent pas à la liberté, ils préfèrent être décidés qu'avoir à prendre des responsablités.
Autre dimension de la liberté, une hypothèse fertile : "La liberté n'existe qu'en tension avec la responsabilité. Une liberté sans responsabilité est une liberté vide." Une très belle illustration
de cela dans la "Nausée" de Sartre. Corentin, héros du roman, déjà pas très ancré dans le monde au départ, se déprend peu à peu de ses responsabilités pour se retrouver à la fin seul et libre, en
partance pour nulle part, sur le quai d'une gare.  Le "Petit Prince" est une de mes références : "Tu es responsable de ce que tu apprivoises." Apprivoiser, c'est s'ouvrir un espace de
liberté.
Illusions. Un texte ne me parle que s'il parle pour tous les humains. Sans quoi, c'est seulement un document historique qui nous renseigne sur une manière de voir géographiquement et historiquement
située.
Alors que... si le registre de nos sentiments est infini. Nos émotions humaines, et la biochimie qui les sous-tend nous rend forts semblables d'un bout à l'autre de la planète. Alors pourquoi tant
de haine?
Bonsoir
Anne


Neige 19/05/2009 23:05

Pour Anne, Vivi, Avic et tous les autres

Jiddu Krishnamurti, vous connaissez: "Se libérer du connu" Le livre de poche 3€50.C'est une aide précieuse pour faire les premiers pas et c'est d'une très grande simplicité. Il nous parle d'ici et de maintenant, de chacun de nous...

Anne Wolff 20/05/2009 11:40


J'étais un peu hermétique à son discours. Mais je l'ai lu il y a longtemps.
Anne


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  • Amoureuse de la vie, d'une fleur, d'un papillon, d'un arbre, du sourire d'un enfant, je m'oppose à tout ce qui conduit à la destruction systématique de ce que la nature a créé, de la vie, de la beauté du monde, de la tendresse et de la dignité
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"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

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