17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 21:01

J’ai commencé ma journée d’info en écoutant une journaliste argentine-berlinoise nous apporter son témoignage qui nous éclaire sur quelques-unes des raisons qui font qu’en Allemagne le taux de mortalité du Covid-19 est de loin moins élevé que dans le reste de la région. J’ai eu envie de partager ce document, qui invite à la réflexion.

L’actuelle pandémie - ses origines, la gestion internationale et locale, les variations dans ses taux de contamination (formes asymptomatiques, guérison, mortalité, en fonction des densité de population…), divers effets « collatéraux » présents et à venir - fait surgir d’innombrables questions dont celles-ci et bien d’autres : « Dans quelle mesure pouvait-on prévoir un phénomène similaire ? » « Pourquoi étions-nous si mal ou pas préparés ? » « Comment réagissent les différents gouvernements face à la pandémie, pour quels résultats ? » et surtout « Que va-t-il se passer après ? », question à laquelle personne ne peut répondre avec certitude.

Les virus sont des êtres extraordinaires, la preuve : une branche d’entre eux a réussi à modifier simultanément les comportements de l’ensemble de l’humanité, une grande première. Quelle est notre part de responsabilité, voir de complicité dans les processus qui ont permis à cette nouvelle forme de 5ème colonne d’occuper l’ensemble de nos territoires modifiant irréversiblement nos manières d’habiter la planète et le concept d’espace public ?

Confinés nous n’avons jamais été autant submergés par des flux d’info – et de désinfo et autres propagandes - axées sur un seul et même sujet : Le Coronavirus, agent pathogène, animal politique et facteur économique.. Nous ne pouvons considérer aucune de ces informations comme fiable à priori. Mais tout de même, certaines sources sont bien plus fiable que d’autres. Par la suite je suivrai le fil qui m’a été donné par le journaliste mexico-étasunien Ruben Luengas, sur le mode « Chronique d’une pandémie annoncée » mais à laquelle ni les institutions internationales, ni les gouvernements, ni les habitants n’étaient préparés (?)…. Pourtant certains semblent avoir réagit mieux que d’autres. Ce sera le thème d’aujourd’hui : qu’est-ce qui différencie l’Allemagne d’autres pays d’Europe ? En suivant les progrès de la pandémie jour après jour, pays par pays, je suis frappée de voir la différence entre le faible taux de mortalité en Allemagne et ceux parfois très hauts qui affectent la majorité des autres pays de la région. Je ne vous propose pas une analyse exhaustive et formelle, mais quelques éléments de réponses qui nourrissent la réflexion.

 

Comment l’Allemagne réagit-elle à cette situation de pandémie de coronavirus, quelles sont les décisions prises par l’état ? Point de vue d’une journaliste et politologue argentine, Pia Castro, qui depuis plusieurs années habite à Berlin où elle travaille pour l’excellente chaîne de télévision Deutsche Welle (DW) et dont le mari a été atteint et a guéri de la maladie Covid-19. Ses domaines de prédilection : culture allemande et culture latino, son travail de journaliste : effectuer un rapprochement entre ces deux cultures. Ses propos sont donc à la fois ceux d’une personne bien informée, et ceux de quelqu’un qui vit l’expérience qu’elle décrit.

 

Synthèse de la vidéo, des propos de Martin et de Pia

Faire appel au sens des responsabilité de chacun-e

Contrairement à beaucoup d’autres pays, l’Allemagne n’a pas adopté de couvre-feu, des gens marchent dans les rues et on ne ressent pas le stress qui peut exister par exemple en Espagne ou en Italie.

C’est le propre de l’idiosyncrasie allemande. A la différence d’autres pays où des règles de confinements, de couvre-feu etc, sont imposées par l’état le gouvernement de Merkel réagit d’une manière différente : elle confie la responsabilité à la conscience de chacun des habitants qui doit juger par lui-même afin d’éviter les situation à risque pour soi et pour les autres. C’est le choix d’une société très mûre, le choix aussi d’une société de grand bien-être et avec un bon système de santé. Et le système institutionnel et régional, dans son ensemble, avalise cette décision de confier la responsabilité aux personnes.

Berlin a ses propres spécificités - comme d’avoir été lieu d’implantation du Mur de Berlin et du Rideau de Fer - qui en font un lieu où la liberté est particulièrement valorisée. Le Parlement Allemand se trouve face au site où était érigé le Mur de Berlin. Quant à Angela Merkel qui a grandi en Allemagne de l’Est elle a éprouvé ce que peuvent être les restrictions de liberté individuelle, les restrictions des déplacements, et certainement elle n’a jamais imaginé qu’au cours de sa carrière politique elle devrait prendre des décisions en ce sens. Alors elle se sent obligée d’expliquer en profondeur à ses concitoyens les raisons qui motivent ses décisions. Les allemands n’ont pas avec leur gouvernement une relation de haut en bas, c’est une relation de même niveau : « J’ai voté pour toi, tu es tenu-e de m’expliquer [les raisons de tes décisions] »

C’est aussi une conséquence d’une autre période historique [nazie] qui fait que les allemands ne sont plus prêts à se laisser dicter leurs comportements.

 

Reconnaître d’emblée la gravité potentielle de la pandémie

Merkel pourrait adopter comme dans d’autres pays d’Europe et du monde des solutions de confinements strict, de couvre-feu obligatoire, mais elle choisit de donner des réponses qui correspondent à « l’ADN » de la population. Elle a prononcé son premier Grand Discours à la Nation depuis 2005 et elle va dire que ce que vit l’Allemagne est une crise comparable à celle de la Seconde Guerre Mondiale. Ce qui est quelque chose de très fort, en particulier pour l’Allemagne. Elle va aussi être la première à rompre avec le discours lénifiant de la plupart des autres gouvernements. Au contraire, elle va être directe, frontale, annonçant d’emblée que 60 à 70 % de la population va être contaminée. Le monde n’était pas prêt pour cela, cela a fait les titres dans le monde entier ce qu’elle a dit. Il faudra attendre trois semaines de plus pour que l’assesseur de santé de Trump commence à faire des déclarations en ce sens. Angela Merkel a été tout simplement réaliste.

 

Créer un bouclier de tests : se donner les moyens d’un dépistage efficace.

Pourquoi dès lors l’Allemagne a-t-elle un taux de mortalité aussi bas par comparaison aux autres pays de la région ? Est-ce que c’est génétique ?

Non, d’une part l’Allemagne a consacré beaucoup d’argent dans la lutte contre la situation de pandémie et surtout la population a été très effrayée de voir ce qui se passait dans d’autres pays comme l’Espagne ou l’Italie. Le dépistage est devenu une priorité, et beaucoup d’argent a été injecté pour constituer comme un bouclier de tests afin de faire face à l’arrivée de la pandémie. Pia n’a pas en tête le chiffre exact, mais c’est quelque chose comme 168.000 tests effectués chaque semaine. Chaque personne qui présente des symptômes ou a été en contact avec une personne contaminée passe le dépistage, un test est également effectué pour mettre fin aux quarantaines. Et donc, c’est cela la stratégie, dès que quelqu’un a été en contact avec une personne contaminée ou ressent des symptômes qui pourraient être ceux du Covid, elle se soumet au dépistage. En plus pour éviter que ces dépistages se fassent dans des lieux hautement contaminés, ils ne se pratiquent pas dans les hôpitaux mais dans des dispensaires locaux, dans des centres de consultations qui font le test et l’envoie aux laboratoires.

En plus l’Allemagne dispose d’une structure de système de santé avec une large couverture qui était mieux préparé pour faire face.

L’Allemagne est en tain de sortir des grands mythes propres aux grands pays, son système d’éducation est obsolète, il existe nombre de projets de grands travaux d’ingénierie qui n’arrivent jamais à terme,… il est beaucoup questions de Droits Humains mais ils vendent des armes à l’Arabie Saoudite, et parmi tout cela le pilier qui restait ferme, c’est le système de santé, et l’accent était mis sur le fait qu’il ne fallait pas y toucher, tout a été fait pour que ce système ne s’effondre pas, pour ne pas en finir avec un des derniers grands mythes de l’Allemagne.

 

Mise en quarantaine stricte et ciblée

Le mari de Pia a été détecté positif à Covid-19, son témoignage à titre personnel est donc aussi intéressant pour ceux qui vivent ou vivront cette situation.

Il y a une hot-line (allemand, anglais), que l’on peut contacter, il y a les hôpitaux et tout un réseau de structures qui permet de recevoir l’information, de savoir que faire si on se sent mal.

Pia peut aussi raconter son expérience personnelle. Son mari – qui à la fois présentait des symptômes et avait été en contact avec une personne contaminée - a été détecté positif, il faisait partie des tout premiers cas détectés en Allemagne. Les connaissances évoluent chaque jour, mais à ce moment-là on ne savait pas encore grand-chose, ils étaient morts de peur et ce fut une expérience effrayante, mais en réalité ses symptômes sont restés limités. Le plus important, c’était de maintenir la quarantaine, Pia et sa famille sont resté plus de 20 jours chez eux. Cela demande toute une logistique et la nécessaire bureaucratie pour avertir TOUT l’entourage. Ils ont du faire appel à un réseau d’amis pour leur amener la nourriture et autres nécessités. Il fallait aviser l’école des enfants, prévenir au boulot toute l’équipe avec laquelle on travaille, aviser toutes les personnes avec qui on a été en contact... Et chacun vous interroge et à plein de questions à vous poser : « Comment tu te sens ? Quand est-ce que tu as ressenti les premiers symptômes ? Depuis quand tu le sais ?…

Cela génère énormément de tensions, en particulier quand on commence à ressentir les symptômes sans savoir comment va évoluer la maladie, avec quelle issue. Il est très important aussi de tenir un calendrier très précis depuis le moment où l’on ressent les premiers symptômes, le moment de la détection, celui où on est entré en quarantaine… en fonction de cela le Ministère de la Santé Régionale va vous appeler, vous devrez alors passer un nouveau test avant de pouvoir mettre un terme à l’isolement.

Petit détour par Guayaquil et Berlin

Les deux font remarquer :

On est bien loin de Guayaquil [Équateur, température 30° et forte humidité] où des gens devaient vivre souvent plusieurs (3,4 ou 5) jours avec les cadavres de leurs proches, s’en débarrasser sur les trottoirs où les brûler à même la rue pour éviter que la décomposition accélère la contagion…. Là-bas, il y a une absence totale de l’État, et personne pour te dire comment faire face à la contagion, à la maladie où au décès de proches.

Un autre aspect remarquable à Berlin – qui est une ville fort différente du reste de l’Allemagne, la plus « méditerranéenne » nous dit Pia - c’est que les personnes plus âgées font preuve de beaucoup plus de rigueur dans le respect de la distanciation sociale que les plus jeunes souvent plus sceptiques. Néanmoins la majorité des gens respectent la norme et souvent cela frappe le regard : les gens se déplacent deux par deux, le compas dans la tête. Et rappellent à l’ordre ceux qui ne le font pas.

 

Des mesures de protection économique qui n’oublient personne et limitent le stress.

Une autre caractéristique allemande, c’est l’aspect économique. Martin fait remarquer que le gens autour de lui qui ne peuvent travailler en raison de la pandémie semblent relativement tranquilles, pas stressés outre-mesure. Ils ne semblent pas avoir peur et cherchent ce qu’ils peuvent faire de ce temps. Est-ce qu’ils reçoivent des subsides ?

Le semaine passée ont été prises toute une série de mesures, un paquet d’aide le plus grand de la post-guerre en Allemagne plus de 700 milliards d’Euros (1,100 milliards selon la RTBf), une aide aux grandes entreprises, mais l’accent est mis aussi sur les indépendants, sur tout ce qui est lié à la culture et à l’art. C’est important en particulier dans une ville comme Berlin qui compte beaucoup d’artistes. Très vite les formulaires de demandes ont été accessibles sur les sites des municipalités, tant ceux destinés aux indépendants, [que pour toute autre catégorie concernées] comme par exemple ... les DJ et toutes les nombreuses personnes qui vivent de la musique à Berlin, ville de musiciens, de fêtes, de Clubs. Il y a beaucoup d’artistes, de restaurants, de cafés. Le petit entrepreneur n’a pas été oublié. Pia connaît au moins 10 personnes qui ont bénéficié d’un subside spécifiquement berlinois de 5,000 Euros – rien à voir avec le paquet fédéral – dont bénéficient des indépendants, des artistes, des personnes qui ont perdu leur travail pour cause de pandémie,

La vidéo ce termine sur un bref dialogue concernant le manière dont les étrangers vivent la pandémie… on en saura pas beaucoup plus si ce n’est que ceux qui peuvent prouver qu’ils travaillent dans le pays depuis au moins six mois sont traités de la même manière que les Allemands.

 

Fin de la vidéo

 

Plus je réfléchis aux contenus de cette vidéo, moins j’ai envie de la commenter de manière immédiate.

Je voudrais seulement mettre en évidence cette notion de création d’un bouclier de test qui m’a donné à réfléchir. Je vous laisse méditer sur ces quelques chiffres qui apparemment démentent l’utilité de cette stratégie :

Allemagne 83 millions d’habitants ; taux de contamination 1.665,65 cas pour 1 millions d’habitants soit 138 498 cas et 4194 décès.

France 67 millions d’habitants ; taux de contamination 1.628,78 cas pour 1 millions d’habitants soit 109.252 cas et 18.681 décès.

A taux de contamination similaire la mortalité due au coronavirus est de l’ordre de 4 à 5 fois plus faible en Allemagne qu’en France… Qu’est-ce qui fait la différence ? A première vue, ce n'est pas la détection précoce puisque les taux de contamination sont légèrement plus élevés en Allemagne qu’en France… On peut faire une comparaison de même ordre entre la Suisse et la Belgique qui semble pandémiquement parlant plus proche de New-York que de Genève…

Alors ? La réponse la plus plausible, c’est que certains pays présentent des taux de contamination apparemment plus élevés parce que le nombre de tests qui y sont pratiqués sont de loin en proportion supérieure et donne une mesure de contamination plus proche de la réalité, alors que dans les pays où les taux de contamination sont apparemment similaires et ceux de mortalité sont beaucoup plus élevés en fait la contamination serait bien plus étendue que le nombre de cas officiellement avérés, ce qui ne permettrait pas de lutter efficacement contre la propagation du virus. Les chiffres des statistiques internationales sont des points de repère, pas des références absolues… La détection précoce et quarantaine ciblée, combinée avec un strict respect des « distanciations sociales » de la part de la population semble donc bien être une forme de lutte plus efficace que le confinement généralisé sans discernement qui invite à la transgression. Mais cela c’est un autre sujet.

 

Traduction-synthèse des propos de Pia et Martin, Anne Wolff

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