2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 14:58

Message de Murillo, pseudo-ministre de l’intérieur de Bolivie à une délégation de Défenseurs de Droits Humains venue de la voisine argentine enquêter dans le pays: « Étrangers qui venez dans ce pays, a essayer d’incendier le pays, avancez avec précaution, nous vous observons, nous vous suivons,, nous voyons ce que vous faites. Au premier pas de travers que vous ferez pour faire du terrorisme ou de la sédition ; vous aurez affaire à la police. Les policiers sont attentifs et ont reçu des ordres pour ne pas permettre qu’on nuise à notre pays ».

Les Défenseurs de Droits Humains Argentins sont menacés par le gouvernement at agressés par la "Société Civile"

Il y a deux semaines, la ministre factice des communications, avait tenu un discours similaire aux journalistes étrangers qui se trouvaient encore dans le pays. Et les journalistes ont quitté le pays, non parce qu’ils redoutaient d’être accusés de sédition, mais parce qu’ils craignaient pour leur vie. Cette fois, le ministre s’adresse à une délégation argentine de droits humains qui après avoir été persécutée par les policiers à leur arrivée, avec des interrogatoires approfondis (on leur exige de donner les noms et autres données de ceux dont ils vont recueillir le témoignage) et des fouilles au corps, se sont vu insultés et menacés par un groupe de la « société civile ». La délégation argentine n’a pu faire qu’une partie de l’enquête qu’elle avait prévu de mener, ses membres aussi se sont sentis en danger. Ils ont néanmoins pu récolter de nombreux témoignages et preuves de crime de lèse humanité commis par l’extrême-droite qui s’est emparée du pouvoir.

Le régime fait tout pour pouvoir agir loin des regards. Il a essayer de faire gober au public international, sa version qui raconte que les morts, ce sont les indigènes qui se sont entre-tués et que les militaires, la police n’ont pas tirer un seul coup de feu sur les manifestants. Une bonne raison pour contribuer faire connaître les crimes qu’il pensait pouvoir commettre en toute impunité, et qui sont d’ores et déjà qualifiés par les organisations de défense des droits humains de crime de lèse humanité, des crimes pour lesquels il n’y a pas de prescription. Le plus horrible, c’est que certaines des victimes, le sont simplement, parce qu’elles sont indigènes et que le décret 4708 promulgué par la « présidente » qui exempte de responsabilité pénale, les forces de l’ordre pendant les actes de répression, sont pour certains policiers et militaires fascistes, racistes, que cela démangeaient depuis longtemps, un droit de tuer, de blesser, de torturer des « indios » à volonté. Ce décret a été abrogé jeudi dernier mais cela c’est le chapitre suivant.

Les témoignages des derniers journalistes restés sur le terrain, sont concordants, et font échos les uns aux autres. Chacun a vu des morts, des blessés à qui les soins étaient refusés par mauvaise volonté ou par manque de moyens, et d’autres qui n’osaient aller se faire soigner de peur de se faire arrêter. Un de ces journalistes qui a fait un travail d’une grande humanité, Esteban Trebucq a réuni les témoignages recueillis sur place dans une vidéo bouleversante que vous pouvez voir en espagnol. Parmi les récits a posteriori des journalistes que j’ai écouté, j’ai retenu celui-ci particulièrement illustratif des horreurs commises par ce régime putschiste. C’est celui du journaliste Fernando Ortega Zabala, plus connu comme OZ, que je vous résume ici. Il est interviewé un journalistes de America TV. Âmes sensibles s’abstenir.

Le témoignage de Fernando OZ

Fernando OZ raconte qu’il s’est retrouvé entouré de morts, qui étaient tombés juste à côté de lui. Qu’il a vu mourir des gens sous ses yeux. Quatre personnes sont mortes devant lui. Les forces de l’ordre tiraient sur tout ce qui bougeait. « A un moment, j’ai voulu traverser une rue, j’ai crié je vais traverser, j’ai montré ma carte de presse,, je montrais ma carte, et ils ont tiré vers moi 2 fois. S’ils avaient voulu me tuer, ils l’auraient fait, mais c’était leur manière de se divertir. C’étaient des militaires. Ils avaient le champ libre, parce qu’à ce moment-là la présidente avait promulgué un décret, une espèce de patente pour tuer. […] A un moment, je me suis rendu compte qu’il y avait une question… je ne sais pas si pour eux c’était du divertissement, mais ils tiraient dans les jambes, et cela produisait beaucoup de blessés. Il y a eu beaucoup de blessés. Ils ont clairement passé les limites » Les deux sont d’accord pour le dire : ce sont des criminels, totalement.

OZ a été témoin du massacre de Senkata, alors que la presse ne pouvait y pénétrer. Il pensait y passer quelques heures, mais il s’est fait piéger sur place, en même temps qu’un journaliste mexicain travaillant pour une chaîne française, ils étaient les deux seuls journalistes présents sur place et ils étaient là par hasard et ils ne pouvaient pas sortir de la zone où ils étaient. Ils avaient peur qu’on les recherchent, les habitants les ont cachés. […] OZ n’a pas été blessé, mais il s’est retrouvé avec le visage enflammé (par les gaz) dans la manifestation qui descendait del Alto, avec des gens venus de différents lieux de la province . Il a essayer d’aider des blessés, mais les médecins n’avaient aucun matériel pour les soigner, ils n’avaient rien. […] Mauro demande : « Ils veulent tuer les gens pourquoi ? Ils veulent tuer pour tuer ? » OZ :  « Cela a été un massacre. Réellement je n’arrive pas à comprendre ce qui s’est passé. » Il fait alors remarquer que l’ensemble des militaires présents venaient d’autres régions, principalement de Santa Cruz, le fief fasciste de Bolivie. Comme toujours quand il faut éviter que les militaires qui vont devoir tirer sur le peuple se retrouvent face à leur mère, leur sœur, leur cousin, leur proches… « Et les militaires qui sont venus ont ouvert le feu et il y a eu beaucoup de blessés ». Les militaires tiraient littéralement sur tout ce qui bougeait et des enfants ont également été blessés. OZ, comme l’ont fait d’autres journaliste reconnaît que c’était une expérience réellement traumatisante. « On a une dose d’adrénaline qui maintient extrêmement vigilant, on ne sait pas ce qui va se passer. Nous étions encerclés. On ne sait pas ce qui pourrait se passer. Les deux, nous étions recherchés. » OZ va raconter comment ils ont passé la nuit, ils ont dormi dans l’endroit même où étaient les cadavres. Ils ont dormi à côté des corps privés de vie. En réalité, ils ont à peine dormi et toute la nuit ils entendaient les détonations. « C’était impressionnant de voir ça. Je l’avais vu dans des films. Voir comment les hélicoptères lançaient les gaz." Pour lui, cela évoque le Vietnam. Et pourtant, il ne voulait pas partir, il a eu mal à monter dans l’avion, il ressentait la nécessité de continuer à couvrir ce qui se passait. Il se sentait mal aussi de ne pas connaître les noms des morts., Surtout ceux des 4 qui sont morts sous ces yeux. […] « Il y a un manque de respect de la vie. » et de la mort, comme il a le pu voir, quand un million de personnes descendaient en manifestation pacifique, portant les morts dans leur cercueils, et les gazéifications massives font fuir la foule en deuil et les porteurs et que les cercueils gisent abandonnés dans les rues.

Il termine en disant qu’il y a eu aussi de la répression en Équateur, qu’il y a de la répression au Chili, mais là-bas, la presse est présente, la particularité de la Bolivie, c’est que le gouvernement fait tout pour qu’aucun journaliste, aucun témoin ne puisse en rendre compte. Comme je disais plus haut, se faire accuser de sédition par ce gouvernement de pacotille ne faisaient pas peur aux journalistes. Par contre voir circuler dans les réseaux sociaux des proches du régime leur photo accompagnée de cette même accusation les exposait à la violence de « la société civile ». Ceux qui connaissent les stratégies de coups d’état dit doux et assimilés savent que ce terme de « société civile » est utilisé pour qualifier les groupes de déstabilisation formés depuis Washington à travers des organisations comme la NED et l’USAID, des groupes systématiquement chapeautés par l’extrême-droite locale, qui confisquera le mouvement son heure venue. Des journalistes, avec des dizaines d’années de métiers, de couvertures de situations de crise dans le monde entier, ont des témoignages concordant : jamais ils ne s’étaient sentis aussi personnellement menacés pour faire honnêtement leur travail.

Depuis une semaine, depuis la signature de la loi électorale, qui a ramené la lutte sur le terrain politique, et la pachamama dans le palais présidentiel, un calme relatif est revenu en Bolivie, en surface, parce que la répression, les menaces contre les membres du Mouvement pour le Socialisme, en particulier dirigées contre ses Parlementaires continuent, Démocratiquement parlant, sur le plan politique, le rapport de force est favorable au MAS et autres organisations sociales et populaires en lutte contre la dictature et le fascisme qui ont volé le pouvoir du peuple. Et cela les usurpateurs, avec leur 4% de représentativité, ne peuvent l’accepter.

Et cela, c’est le chapitre suivant

Anne W.

Andronico probable candidat présidentiel du MAS rencontre la jeunesse d'Eterazama

Pour fini sur une note d’espoir : Andronico probable candidat présidentiel du MAS aux prochaines élections prend un bain de jeunesse. Les plus jeunes, parfois révoltés contre le gouvernement autoritaire d’Evo Morales, ne savaient pas avant les dernières semaines ce qu’était une réelle dictature. Cette expérience a éveillé leur conscience, et réuni dans un même combat contre la dictature des jeunes pro et anti Evo, Les jeunes d’une municipalité de Cochabamba ont convoqué une réunion politique dont Andrinico est l’invité.

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"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma."

 

Gilles Deleuze, février 1977.

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