26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 04:03

 

 

« Je crois qu’il est temps de changer le modèle économique qui s’est imposé pendant des décennies. Les gens ne veulent plus de sacrifices faits seulement au bénéfice de minorités. C’est très injuste ».

Andrès Manuel López Obrador

Andrès Manuel  López Obrador

Andrès Manuel López Obrador

Chaque matin à 7 heures le président du Mexique Andrès Manuel López Obrador, après sa réunion avec le Conseil de Sécurité tient une conférence de presse. Voici comment AMLO a ouvert cette conférence le 24 octobre 2019, par un message à l’ONU, à l’Amérique Latine et au monde.

 

Un des buts revendiqué par le gouvernement du Mexique est de mettre fin au néolibéralisme dans le pays. Mais mettre fin au néolibéralisme dans un seul pays n’est pas possible. L’Empire du Nord a attaqué le Mexique et son gouvernement, le Président réagit, il lance un appel à la solidarité des peuples pour en finir avec le Monstre. Un courant de refus du néolibéralisme soulève les populations dans toute l’Amérique Latine. Qu’est-ce que le néolibéralisme et pourquoi les populations veulent-elles y mettre un terme ?

L’exemple du Chili illustre fort bien les raisons qui font du refus du néolibéralisme une question de survie pour beaucoup d’habitants de la planète. Le Chili était pourtant présenté comme la Suisse d’Amérique Latine, un pays prospère où les habitants disposent du salaire de base le plus élevé d’Amérique Latine (300$ par mois, soit 3600$ par an dans un pays où en 2018 le revenu moyen par habitant en fonction du PIB est supérieur à 13 000$ ). Alors que les coût des loyers, des transports, de l’énergie, de l’éducation, de la santé y sont sont équivalents ou plus élevés que ceux d’Europe. Une petite partie de la population concentre la plus grande partie des richesses du pays. Cela fait de ce pays le 7ème sur la liste mondiale des pays les plus inégalitaires, le 7ème du monde !

Sans entrer dans les détails, le néolibéralisme est cette phase du capitalisme où la richesse financière, la propriété du territoire et des moyens de production se concentre entre un nombre toujours plus restreint de « privilégiés » au détriment de tous les autres dont la qualité de vie, la survie sont menacé par ce dépouillement, cette dépossession qui, quand elle ne tue pas immédiatement ses victimes, crée les conditions d’une infra-humanisation.

Une partie au moins des forces de gouvernement des USA ont lancé une attaque contre le gouvernement du Mexique. Je me demandais hier qu’elle serait la réponse d’AMLO à cette attaque contre la souveraineté du pays, la voici, un appel à la solidarité internationale pour mettre ensemble un terme aux exactions du néolibéralisme.

Même s’il n’est pas toujours évident de savoir qui est réellement aux commandes aux USA, nous pouvons observer à travers de plus de 70 ans de continuité des politiques de mise sous tutelle et pillage de l’Amérique Latine, que dans les termes de la doctrine de sécurité « défense des intérêts et de la sécurité des USA » le terme USA doit être remplacé par Corporations étasuniennes. Des Corporations que servent tant les gouvernements officiels US, que le Pentagone ou les services de renseignement et interventions « secrètes » de ce pays. C’est une constante. Des corporations qui remplacent les gouvernements du monde par des gouvernances qui sont les interfaces, les relais de transmission de leurs diktats aux peuples dépouillés de leur souveraineté. Dans ce contexte, le message d’AMLO est une déclaration de guerre de fait à ces Corporations :

« Le modèle néolibéral est épuisé, c’est un échec. Les gouvernements qui n’opèrent pas de changements et poursuivent les mêmes politiques affrontent des problèmes avec leurs peuples...parce que les gens ne veulent plus d’avantage de sacrifices seulement pour le bénéfice de minorités, c’est très injuste. Toutes les politiques de privatisation ont été un échec. Elles ont bénéficié seulement à des petites minorités, appauvrissant des millions d’êtres humains. C’est la cause des mouvements de rébellion, de non-conformité. Nous autres, notre peuple sage a compris que le moment est venu de changer ces politiques. Et cela, il l’a exprimé massivement l’année passée dans les urnes. Et nous sommes en train d’opérer une transformation de manière pacifique et de démontrer que c’est possible de mettre en pratique une politique différente, que oui, il est possible de mettre en pratique une politique qui prenne en compte tous les mexicains, que le gouvernement ne soit pas celui d’une faction, que le gouvernement ne soit pas se mettre au service de groupes d’intérêts fabriqués, que le gouvernement représente tous (les habitants) et que doit mis en avant le bien-être du peuple. C’est cela qui crée la gouvernabilité, c’est cela qui permet la paix sociale. C’est ma réflexion. Heureusement cela commence à être compris et accepté par tous les gouvernements. Dans le cas de l’Équateur ils ont pu faire marche arrière à la mesure d’augmentation des combustibles. Clairement pas seulement pour les manifestations, qui sont ce qui met en évidence cette non-conformité. Mais cela vient d’où ça, d’augmenter la décision d’augmenter le prix du combustible ? Cela vient de l’ancienne politique, du vieux régime, de l’orthodoxie du modèle néolibéral.

Je disais hier que j’allais faire un commentaire au sujet d’un personnage. Quel personnage ? J’ai des informations, cela fait partie du domaine public, il y a une enquête au sujet d’un personnage puissant, un potentat qui avait recommandé au gouvernement précédent de doubler le prix de l’essence au Mexique, cela au début du mandat du précédent gouvernement, et [ces gouvernants] de cela ils en ont tenu compte. Rappelez-vous combien coûtait l’essence lors des débuts de ce gouvernement et quel en était le prix à la fin. [entre 2012 et 2018, le prix moyen de l’essence est passé au Mexique de 9,8 pesos à 18,3 pesos NdT] cette mentalité était prévalente. Elle résout le problème des finances publiques : pour faire rentrer plus d’impôts, augmentez le prix de l’essence.

Dans le cas de l’Équateur, ils ont fait marche arrière avec cette mesure. Dans le cas du Chili, il est également question d’une augmentation, celle du prix des transports publics, du métro. Et ils ont reculé. Je célèbre ce recul opéré par les mandataires, parce que ce serait téméraire de soutenir par le feu et le sang ces mesures. Dans le cas du président du Chili, il a été jusqu’à présenter des excuses. Dans un acte que je considère comme d’honnêteté, une rectification. Mais, à la fin, c’est le même schéma, et cela n’est plus possible d’appliquer ces politiques. Ces politiques, il faut les mettre de côté, mais également les organismes financiers internationaux doivent aider, ils doivent coopérer. Et ne pas être là à contraindre, à obliger les gouvernements à imposer ce types de politiques anti-populaires. J’espère que ces changements vont se poursuivre et aboutir, parce que de cette manière ils obtiendront le développement, le bien-être, et le plus important : la paix.

Il y a déjà une attitude différente de la part des organismes financiers internationaux, mais il y a aussi des résistance, comme toujours. Il faut que soit produit, avec beaucoup d’objectivité, un rapport sur l’échec du modèle qu’ils ont imposé pendant une longue période, une autocritique sans tomber dans l’auto complaisance., et il doivent continuer à rectifier et changer et mettre en avant le bien-être des personnes, le bonheur du peuple. »

AMLO, 24 octobre 2019

 

Cet appel devrait être un tissu d’évidences. Non ? Et pourtant nous savons bien que ceux qui tiennent de tels propos aujourd’hui deviennent des cibles pour les assassins du système.

 

Au cours de décennies d’ingérence étasunienne en Amérique Latine d’autres présidents ont été renversés, d’autres leaders politiques ont été assassinés pour moins que cela. Un appel à mettre fin au néolibéralisme, c’est un appel à en finir avec les privilèges des quelques rares bénéficiaires de ce système mortifère, brutal, cruel, grossier, destructeur de la vie et de la beauté du monde. Je ne comprendrai jamais ce qui motive ces gens, leur manque d’empathie. Mais j’ai appris qu’il ne sont pas prêts à céder une parcelle de leur pouvoir, un centime de leur fortune, une parcelle de leurs propriétés pour le bien du plus grand nombre, en particulier des plus pauvres. Il se sont contentés pendant longtemps de distribuer les quelques miettes indispensables au maintien d’une fiction de paix sociale. A présent les processus de leur enrichissement par dépossession de tous les autres s’accélèrent. Je n’ai aucun doute quant au fait que Andrés Manuel est parfaitement conscient du caractère de provocation de ce message. Non qu’il ait envie de provoquer qui que ce soit, mais le simple fait de vouloir en finir avec l’accaparement par quelques-uns des ressources du monde, est aux yeux de ces (indicibles) une déclaration de guerre, un crime qui doit être puni.

Je ne suis pas encore prête à dire ce que je pense du projet d’AMLO dans son ensemble. J’ai appris au cours de ma déjà longue existence, que si chacun est porteur d’un projet de monde, le monde qu’elle ou il voudrait voir exister, tous sont soumis à des contraintes, celles qui résultent de la possibilité réaliser ce projet sans faire obstacle au projet d’autrui et celles qui résultent d’un moment donné de l’histoire. Et cette contingence redistribue les alliés et les ennemis.

Il y a un demi-siècle quand le système a inventé l’exclusion sociale en masse de ceux qui ne se répondaient pas aux impératifs de conformité du système qui se mettait en place, cela nous faisait rire : exclusion de quoi ? Du consumérisme et des sacrifices qu’il impose à ceux qui en veulent toujours plus. Nous ne voulons pas d’un monde où « la fonction fait l’homme », nous ne voulons pas être employés, nous voulons travailler, acquérir des savoir-faire et des connaissances qui nous déterminent toujours d’avantage en tant que personne singulière, dont l’apport au Vivre Ensemble contribue avec originalité au bien être de tous dans la diversité des possibles, une invention continue de la Vie. Nous nous disions alors : pas de problèmes, nous construirons nos mondes dans les failles du système, les failles ce n’est pas ce qui manque. Nous ne voulons pas grand-chose, un bout de territoire où nous donner les moyens de vivre bien, simplement, par notre travail, en harmonie avec nos voisins, avec ce milieu ambiant dont nous faisons partie.

Quand les envahisseurs du territoire qui deviendra États-Unis d’Amérique du Nord se sont appropriés de cette Terre, ils ont massacrés les habitants et les survivants ils les ont repoussés vers des espaces toujours plus réduits, les réserves comme des prisons à ciel ouvert où se consomme la lente agonie de peuples autrefois fiers et dignes. Après ils ont étendu au monde ce principe d’appropriation de territoires au détriment des habitants originaires. Nous avons vu se réduire les larges failles de la géographie du système, notre accès au territoire. Aujourd’hui il reste à peine des interstices dans lesquels se glisser pour échapper aux moules des réducteurs de conscience. Des interstices qui se réduisent et nous étouffent, discrètement.

Ce que propose AMLO, un être humain imparfait comme tel, c’est de renverser ensemble ce processus d’expropriation, de mettre un terme à cette agonie par étouffement. Ce n’est pas grand-chose et c’est beaucoup à la fois.

Anne W

 

Pour terminer en beauté, le cri de la fête de l’indépendance du Mexique le 16 septembre, un moment de bonheur partagé.

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