10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 02:45
Progressisme, gauches plurielles et néolibéralisme  en Amérique Latine

 

Je vous propose un résumé d’un texte de Eduardo Gudynas, chercheur du Centre Latino Américain d’Ecologie Sociale (CLAES) qui est un prélude à un livre en préparation sur la divergence entre progressisme et gauches en Amérique du Sud.
C’est une approche importante pour comprendre ce qui se passe actuellement dans cette région. S’arrêter aux actes des gouvernements régionaux est incroyablement réducteur. Il y a dans la région, une vitalité des gauches plurielles, une créativité continue et une intelligence collective qui ouvre sur l’espoir et qui ne pourrait se tarir que par un idéocide de dizaines de millions de personnes.

En résumé :

Les gouvernements progressistes d’Amérique Latine traversent actuellement une crise qui mérite toute notre attention. La question qui se pose est de savoir s’il s’agit d’une fin de cycle ou d’un épuisement.

Pour répondre à cette question l’auteur va établir la différence entre le Progressisme, les Gauches Plurielles dont ce Progressisme gouvernementale est issu, mais qui sont actuellement en relation de rupture consommée et le néo-libéralisme.

L’auteur nous affirme tout d’abord que le Progressisme a une existence politique en soi, et qu’il représente une étiquette assumée par les gouvernements qu’il qualifie. Ce qu’il démontrera par la suite. Un exemple étant leur coordination continentale qui a pour nom : Rencontres Latino-Américaines Progressistes.

Une des différences essentielles qui s’est creusée entre les gauches plurielles et les Progressistes, c’est que les premiers critiquent et remettent en question les fondements même du concept de développement, ce que ne font pas les seconds.

 

 

Concrètement, il y a une démission des Progressistes face à la corruption, et un net recul dans leurs positions et pratiques de justice sociale, alors que les gauches au contraire cherche de nouvelles conquêtes dans le développement des droits humains et de la Nature. Les gauches sont profondément impliquées dans des mouvements sociaux dont les gouvernements progressistes, face à la contestation croissante dont ils sont objets, se coupent parfois, jusqu’à l’affrontement, ne reculant ni devant l’usage de la répression, ni celui de la restriction de droit . Ils mettent aussi un frein au développement des mécanismes de la démocratie participative, se tournant au contraire parfois vers des régimes « hyperprésidentiels ».

Se conformant en famille politique, (qui va de Maduro au Venezuela è Vasquez en Uruguay), les progressistes se démarquent tout à la fois des gauches qu’ils n’hésitent pas à qualifier de radicale, ultra, infantile , trotskystes,... et des gouvernements conservateurs comme ceux de Santos en Colombie ou D’Humala au Pérou.

La rupture Progressistes – Gauches ne cesse de se creuser et devient toujours plus évidente., alors que la différence entre progressistes et néolibéraux continue d’être clairement définie en pratique. Prétendre le contraire témoignerait d’une méconnaissance totale de ce que recouvre le concept de néolibéralisme.

L’épuisement du progressisme est un épuisement du modèle extractiviste, mais aussi et surtout un épuisement de créativité conceptuelle, une difficulté à évoluer dans la situation de crise actuelle qui le conduit vers des formes de pensée unique, et à utiliser des arguments d’autorité, réclamant toujours plus d’adhésion aveugle et d’obéissance qui ne s’interroge pas. Utilisant le fallacieux prétexte que toute critique à leur encontre serait un soutien de fait à la droite, une ouverture faite au retour du néolibéralisme.

Cela est d’autant plus sensible que les limites, prévisibles, du système extractiviste se font sentir, ainsi que la baisse du prix des matières premières, alors que d’autres formes de productions n’ont pas été mises en place, ni à l’échelle nationale, ni par des mises en action en complémentarités régionales, pour mettre un terme à la dépendance, ce qui oblige, pour obtenir la stabilité politico-économique et attirer les investisseurs étrangers, ces gouvernements a pratiquer des concessions vis-à-vis du capital. D’autre part pendant des temps meilleurs, les ressources de l’extractivisme ont été utilisées à bon escient pour réduire drastiquement la misère, mais elles ont aussi servi à encourager sans discernement des habitudes de consumérisme accru, conséquences de la conception progressiste de développement. C'est un des points cruciaux des débats en cours actuellement. Sortir du modèle consumériste, au profit d'une Bonne Vie fondée dans d'autres valeurs.

Les stratégies progressistes se confrontent à de nombreux problèmes, néanmoins même dans ces situations de crise, les progressistes peuvent remporter des élections comme ce fut le cas pour Dilma Roussef au Brésil en 2014, ou même jouir d’une bonne stabilité comme dans le cas du Frente Amplio d’Uruguay ou Vasquez succède à Mujica qui lui-même lui succédait...

Ici, une petite remarque, d’une part ces gauches plurielles dans la plupart des cas savent très bien qu’elles n’auraient rien à gagner au rétablissement de gouvernement de droite, alors qu’une bonne partie d’entre elles ne tiennent pas à participer comme candidates à des élections dans le cadre de la démocratie représentative. Elles ont conscience que leur rôle historique est d’inventer et de mettre en œuvre, les modes et structures d’une démocratie participative, destinée à lui succéder, encore incertaine et pourtant indispensable pour le bien de la région et de l’humanité.

D’autres part, il existe bien des personnalités et groupements qui se proclamant de gauches, et qui jouent un rôle de cinquième colonne de la droite, mais quiconque a milité dans sa vie, sait qu’il y aura toujours en politique, des individus et groupements pour qui l’importance personnelle passe avant le bien être collectif. De plus, si elle a un peu trop tendance à servir de justificatif pour tous les manquements et dérives du progressisme, on ne peut nier la réalité de la guerre menée par Washington contre ces gouvernements progressistes, dressant obstacle après obstacle, sur tous les fronts, afin de leur compliquer la tâche au maximum, prélude à leur élimination programmée. Maintenant, oui, il y a une complaisance certaine de la part de certains gouvernements progressistes a s’en servir comme prétexte pour justifier toutes leurs incompétences et manquements. Mais il faut aussi leur accorder que, jusqu'ici, ils ont réussi à maintenir le néolibéralisme en échec.

Donc nous ne sommes pas face à la fin d’un cycle, et la relève se prépare pour l'étape suivante, marquer une réelle rupture qualitative vers la souveraineté populaire en fondant de nouvelles formes de démocratie participative qui mettent en avant le principe de souveraineté alimentaire et d'autonomie régionale… une course contre la montre, parce que oui, il y a bien un épuisement du progressisme qui semble avoir atteint ses limites alors que le néolibéralisme attaque de toutes parts et assasine et réprime au quotidien des membres des forces de résistances populaires dans toute la région

D’un point de vue écosophique cette situation est tout à fait logique, le progressisme étant condamné en soi par les limites des ressources non renouvelables. Ce qui implique à terme un changement qualitatif adaptatif à des circonstances nouvelles : évolution. Cela implique aussi une transmission de pouvoir, vers une autre forme d’organisation qui le décentralise, le décristallise et le déstratifie.  Et c’est là, un double défi. Celui lancé au gouvernements progressistes : être capables d'encourager et de participer au développement de la souveraineté populaire, et d'opérer, le moment venu cette transmission de pouvoir. Le défi lancé aux gauches plurielles : acquérir les compétences et mettre en place les structures qui permettent cette transmission, en ayant parfois à lutter contre des gouvernements progressiste, alors que le temps presse et que l'ennemi est aux aguets.

Le défi sera-t-il relevé ? Seul l’avenir seul pout nous donner la réponse, sachant que chacun peut y contribuer.

Anne

Source de l'article : La identidad del progresismo, su agotamiento y los relanzamientos de las izquierdas -

Progressisme, gauches plurielles et néolibéralisme  en Amérique Latine

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