20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 22:37
Humeur de nuit.

Après la tristesse vient la colère. Les états d’Anne ont repris du service, et je me suis familiarisée avec la nouvelle version, même si je n’en ai pas encore compris toutes les subtilités de mise en page ce qui est bien frustrant. Est-ce que je pourrai poursuivre le travail dans les jours, dans les semaines qui viennent ? L’avenir nous le dira.

J’ai été particulièrement stimulée par le traitement réservé au cas Lopez par des journalistes professionnels qui écrivent des textes au sujet de sa condamnation alors qu’ils semblent tout à fait ignorants du contexte. Celui de la reprise en main de son arrière-cour par les EU, ainsi que Kerry l’a lui-même déclaré remettant en usage ce terme d’arrière-cour qui recouvre l’histoire de la doctrine de Monroe, celle de la mise de l’Amérique Latine sous domination impériale de Washington. Une remise sous tutelle dont les processus se sont mis en chemin dès la première élection de Chavez, qui a catalysé des processus d’intégrations régionaux et d’opposition à ce qu’il faut bien appeler l’impérialisme US dans la région.

Humeur de nuit.

Moi ce n’est pas mon métier, j’ai commencé à tenir mon blog, pour accompagner mes recherches afin de comprendre ce monde du 21ème siècle dans lequel je suis tombée en 2005, lors de mon retour à Bruxelles, après 6 années de vie en montagne sans médias, sans même d’électricité. D’un côté oui ce fut un choc, mais c’est sans doute un avantage parce que n’ayant pas vécu ces changements par glissements qui s’opèrent sous le seuil de perception, le principe de la grenouille échaudée, je me suis heurtée dès mon retour à ce monde que je ne comprenais plus, que je ne reconnaissais plus, dans lequel je me sentais tout à la fois étrangère et désuète. Une sorte de faille temporelle, le monde que j’avais quitté et celui dans lequel je revenais avait beau occuper les mêmes espaces géographiques, ce n’était plus le même monde. Et comme je n’ai pas pour vocation d’être victime impuissante d’événements dont je ne comprends pas le sens, j’ai essayé de comprendre. Cela ne c’est pas fait en un jour. Et il m’aura fallu dissiper beaucoup d’illusions avant de pouvoir me dire que je commençais à retrouver les sens des réalités. Comprendre la globalisation et apprendre à lui résister.

Humeur de nuit.

De quoi désespérer. L’Amérique Latine m’a sauvée de ce désespoir, d’une part j’avais grandi dans un milieu ou la diaspora latino était fort bien représentée, ce qui fait que j’avais des bonnes connaissances de bases concernant les Opérations Condor et autres Contras et d’autre part ayant vécu en Catalogne, j’avais eu l’occasion d’apprendre l’espagnol, et donc j’avais quelques atouts pour plonger dans un monde qui me semblait plus familier que celui que je côtoyais au quotidien  dans un pays où je suis née, où j’avais grandi mais qui n’était  plus le mien.

Non parce que des immigrés seraient venus menacer notre identité. Jusqu’à récemment j’avais vécu cette Belgique de multiculturalité bien vécue, enrichissement plutôt que privation, celle où je pouvais entendre un ami marocain parler de sa belgitude qui fait bon ménage avec sa culture d’origine.

Non ce qui avait changé, c’est que les progrès de l’acculturation qui accompagne la globalisation produit elle une perte d’identité. Les FN et autres nationalistes obtus feraient mieux de s’inquiéter des proliférations des MacDo que de l’introduction du couscous dans nos habitudes alimentaires. De même l’architecture fonctionnelle qui s’est imposée au prix de la destruction des bâtiments anciens, nuit nettement plus au paysage qu’une éventuelle prolifération de mosquées qui restent très discrètes.

C’est une culture propre à la Vieille Europe qui était en train de disparaître. Les étasuniens ont la réputation d’être complétement ignorants de l’histoire et des réalités du reste du monde, et même de l’histoire réelle de leur pays. J’avais déjà été frappée lors d’un voyage à New York à la fin des années 70 par ce décalage entre ce que je pouvais constater de l’état de cette ville autour de moi et la mise en scène télévisuelle du mythe étasunien. Je constatais à présent que la télévision fort peu présente encore dans mon enfance, produisait ce même effet de leurre occultant la réalité. Ce n’est pas nouveau, de nombreuses expérience réalisées par des psychologues démontrent que nos perceptions sont influencées par ce que nous nous attentons à voir. Et la télévision contemporaine est un outil de propagande qui nous dicte ce que nous devons voir et la manière dont nous devons l’interpréter.

Humeur de nuit.

La télévision a été fort peu présente dans ma vie. J’ai eu l’occasion récemment d’en prendre de fortes doses alors que je ne l’avais quasiment plus regardée depuis le milieu des années 90, ben oui, la  période précédente où je l’avais regardée régulièrement devant se situer du côté des années 70, là aussi j’ai eu un choc à découvrir ses nouvelles versions,… Dans les années 90, j’ai au une petite télévision en noir et blanc qui ne captait que les chaînes belges, qui produisaient encore leurs propres reportages et documentaires, et il n’y avait pas de publicité…

Pour vous dire que oui, j’ai découvert une vraie machine à laver le cerveau   qui en plus vous vide de toute pensée critique, un outil de diversion qui vous détourne de la réalité. J’ai toujours beaucoup lu et apprécié d’avoir en ville à disposition des bibliothèques qui pour des sommes modestes de l’ordre de 10 euros vous donnaient accès pour un an à des dizaines de milliers de bouquins…quelle richesse ! Cela est un véritable accès à la culture. Et j’en ai bien profité.

Puis j’ai fait la découverte d’internet, et je suis bien contente d’avoir eu cette culture livresque de base, parce que Internet est à la fois le meilleur et le pire, Y coexistent le meilleur de l’information avec les pire formes de désinformations ,j’ai donc apprécié d’avoir des connaissances de bases qui me permettent de m’y retrouver, ce qui ne m’a pas empêché de me faire piéger quelques fois ,surtout dans un premier temps, n’ayant pas encore conscience du confusionnisme ambiant qui fait lui aussi partie de la grande intoxication des consciences. C’est là que l’Amérique Latine est venue à mon secours, des concepts comme gauche, impérialisme, fascisme y conservent encore des sens clairement identifiables, même si comme on le voit par exemple à travers cas Lopez, où le copy cat de la dernière campagne électorale de Capriles Radonsky,, les choses changent là aussi. La différence c’est le nombre immense de ceux qui luttent pour résister à ce phénomène dans une production riche et continuée d’intelligence collective. Et là sans nul le Venezuela est en tête de peloton, la vitalité du débat politique populaire est impressionnante.

Humeur de nuit.

J’ai comme cela quelques thèmes qui me tiennent à cœur et sur lesquels je travaillerai si j’en ai l’occasion. L’un deux c’est cette double dimension du débat qui existe entre ceux qui défendent une souveraineté régionale qui s’incarne dans des souverainetés nationales, avec des gouvernements solidaires entre eux, et le mouvement de souveraineté populaire qui crée ses propres rhizomes indépendamment des gouvernements nationaux, communalisme. Tout cela riche d’une grande diversité à la fois des cellules de bases et des interactions tout aussi diverses, multiples et dynamiques qui créent des alliances entre elles.

La globalisation une fois qu’on en a compris les grands principes, ce n’est pas trop difficile à appréhender et à décrire en ce sens qu’elle est par nature une perte de diversité, un réductionnisme. Le communalisme étant fait d’un  nombre indéfini d’entités singulières qui créent entre elles un nombre encore plus  grands de liens tout aussi singuliers, les uns durables ,les autres éphémères et réinventés selon les contingences, est quand à elle, impossible à décrire de manière exhaustive.

Et ce sont justement ces processus là qui sont menacés par les actions d’un Uribe, d’un Lopez,, tous les processus qui relèvent des dynamiques de souveraineté qu’elles soient nationales ou populaires. Je fais la différence mais il arrive que les deux se confondent en ce sens que la souveraineté nationale est une condition préalable de la souveraineté populaire. La grande solidarité avec le gouvernement de Maduro, lors de la tentative de coup d’état, à l’échelle de toute la région, a démontré que cela était fort bien compris par tous.

A titre d’exemple cette déclaration des ouvriers de la Guyana qui manifestent en soutien au gouvernement bien sûr, en mars 2014 , mais aussi en défense de leurs acquis de la révolution, je leur donne le dernier mot

La Classe Ouvrière de Guyana, la même qui a récupéré les entreprises de bases des mains des transnationales, la même qui a impulsé le Contrôle Ouvrier et le Plan Guyane Socialiste, la même qui se retrouve aujourd’hui luttant pour ses Conventions Collectives, la même qui a du affronter en plus d’une occasion la bureaucratie de l’État est debout et n’est pas dans la confusion : aucune amélioration ne peut être espérée par les travailleurs, de la part de la droite et c’est pour cela qu’elle descend dans la rue défendre SA RÉVOLUTION !!! 

Anne

 

Humeur de nuit.

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"Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […].

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Gilles Deleuze, février 1977.

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